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Les autorités de Shifang plient devant la «révolte verte»

le 5 Juillet 2012 à 12:22 | Lu 372 fois

Après de violentes émeutes, les adversaires d'une usine métallurgique très polluante ont obtenu gain de cause.


Les autorités de Shifang plient devant la «révolte verte»
La bataille de Shifang a deux vainqueurs, le peuple et l'environnement. Les internautes chinois s'enthousiasmaient hier pour l'issue du violent conflit qui a opposé les habitants de cette ville de la province du Sichuan aux autorités. Les premiers s'opposaient à un projet d'usine métallurgique et ses polluantes menaces. Le gouvernement local annoncé mercredi qu'il était annulé.

La lutte «verte» a été chaude. Pendant trois jours, la ville a été le théâtre de véritables scènes d'émeutes, avec des «dizaines de milliers» de personnes prenant le contrôle de la rue. Face à eux, des centaines d'hommes des forces antiémeutes ont été déployés. Les affrontements auraient été violents et il y aurait de nombreux blessés. Selon une organisation de défense des droits de l'homme, Chinese Human Rights Defenders, deux manifestants auraient même été tués, ce que nient les autorités locales. Après avoir promis une répression implacable des irréductibles, ces dernières ont libéré hier vingt-et-une personnes sur les vingt-sept arrêtées.

Le chef local du Parti communiste local, Li Chengjing, a déclaré mercredi que «ce projet ne sera pas réalisé à Shifang». Tout en le déplorant, et en rappelant que cette usine de traitements de métaux lourds aurait apporté beaucoup d'emplois et de retombées économiques sur la ville.

Projet annulé ou simplement ajourné? Les habitants de Shifang restaient mercredi mobilisés par centaines dans les rues, craignant que cette annonce ne soit destinée qu'à désamorcer la tension. Et que le projet ne ressorte vite des cartons, poussé par une puissante société cotée à la Bourse de Shanghaï.

Une société en mutation
Les «émeutes vertes» se multiplient en Chine depuis deux ou trois ans, qu'il s'agisse de protester contre une tannerie ou une raffinerie de pétrole, une pollution au plomb ou le stockage de déchets. Cette révolte de populations excédées des ravages de la pollution industrielle, qui suit le sillage de la folle croissance chinoise, est de plus en plus prise en compte par les autorités. Elles plient parfois face à l'ampleur de la fronde et aux risques que fait peser son écho sur Internet. Pour l'affaire de Shifang, Weibo, le Twitter chinois, semble d'ailleurs avoir été moins censuré qu'à l'habitude. L'été dernier, au terme d'une affaire qui avait fait grand bruit, les habitants de la grande ville nordiste de Dalian avaient obtenu le déménagement d'un complexe pétrochimique qui devait être implanté dans leur cité. En décembre, c'est à Haimen que les manifestants faisaient reculer un projet de centrale thermique.

Ces mobilisations croissantes «montrent la mutation de la société chinoise, où la priorité au développement passe peu à peu à la santé, l'environnement, explique un professeur d'université pékinois. À Shifang, on peut voir sur les images que ce ne sont plus seulement des retraités qui manifestent mais des jeunes». La fameuse génération des «post-90» qui, sans être très politisée, ne veut plus s'en laisser compter en matière de qualité de vie et de justice sociale.




Par Arnaud de La Grange