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Les chefs du SPD allemand reçus par Hollande

le 13 Juin 2012 à 09:58 | Lu 572 fois

Le président réserve les honneurs de l'Élysée aux socialistes allemands avant de recevoir Angela Merkel.


Les chefs du SPD allemand reçus par Hollande
François Hollande marquera une nouvelle fois, ce mercredi, sa volonté d'échapper à son tête-à-tête avec Angela Merkel en recevant à l'Élysée les trois ténors du Parti social-démocrate (SPD). Le président socialiste et ses alliés de la gauche allemande entonneront le refrain qu'ils peaufinent soigneusement depuis plusieurs mois pour relancer la croissance en Europe. Et pour prendre des mesures d'urgence face à l'aggravation de la tempête dans la zone euro. Mais l'exercice aura ses limites: ils devront se garder d'évoquer leurs dissensions pour éviter toute fausse note.

Sigmar Gabriel, président du SPD, Frank-Walter Steinmeier, patron du groupe parlementaire SPD au Bundestag, et l'ancien ministre social-démocrate des Finances de l'actuelle chancelière au sein de la grande coalition, Peer Steinbrück, affirment venir à Paris pour peaufiner leur stratégie européenne avec François Hollande. «Nous allons discuter avec le président français des moyens que nous pouvons employer pour faire en sorte d'avoir plus de croissance et d'emplois en Europe, affirme Gabriel. Cela fait déjà un certain temps que nous échangeons avec nos amis français à ce sujet.»

Le 15 mai, jour de la première visite officielle d'Hollande à Berlin, la «troïka» du SPD avait présenté ses propositions pour relancer la croissance en Europe et prévenu que le parti ne voterait pas le traité budgétaire, âprement négocié par la chancelière, sans l'amender en conséquence. Le président français sait qu'il peut s'appuyer sur les sociaux-démocrates, dont Merkel a besoin pour faire adopter les textes européens au Bundestag, pour contraindre la chancelière à se montrer plus conciliante avec Paris. Gabriel, son plus fervent supporteur outre-Rhin, appelle Hollande «mon ami». En réservant à ses alliés sociaux-démocrates les honneurs de l'Élysée avant la chancelière, Hollande tient aussi une petite revanche personnelle face à Merkel, qui avait refusé de le recevoir à Berlin pendant sa campagne présidentielle.

Opportunisme
De son côté, le SPD voit surtout dans son entente avec le président français un moyen de marquer des points face à la chancelière avant les législatives de septembre 2013. Liés par un pacte selon lequel les deux autres soutiendront l'un des membres de la troïka pour la candidature à la Chancellerie, Gabriel, Steinmeier et Steinbrück espèrent être portés par la dynamique des socialistes français. Fin mai, l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder avait estimé dans Le Point que si le SPD s'abstenait de «copier le programme» du président français, il aurait une «chance» de gagner.

Avant la victoire d'Hollande, Steinbrück l'avait jugé «naïf» de croire qu'il pouvait renégocier le pacte budgétaire. Entre-temps, il s'est rallié au président français pour compléter le traité budgétaire européen par des mesures de relance de la croissance. À l'instar de son parti, Steinbrück est opposé «dans le cadre actuel» aux eurobonds réclamés par le président français, parce qu'ils sont «contraires à la loi fondamentale allemande». Le SPD est aussi estomaqué par le retour partiel de l'âge de la retraite à 60 ans en France et par le projet des socialistes de taxer à 75 % les revenus au-dessus d'un million d'euros par an. Les sociaux-démocrates réclament aussi l'adoption de la règle d'or en France.

À l'Élysée, la troïka du SPD s'efforcera de taire ces désaccords avec ses amis socialistes, partant du principe que plus Merkel perd de points face à Hollande, meilleur c'est pour eux. Cependant, la politique européenne de la chancelière, qui a développé un sens aigu des attentes de ses concitoyens et qui se bat pied à pied pour défendre leurs intérêts, reste massivement soutenue en Allemagne. Et les sociaux-démocrates courent le risque d'être taxés d'opportunisme.

La taxe sur les transactions financières en débat
Portée par Nicolas Sarkozy et reprise à son compte par François Hollande, la taxe sur les transactions financières (TTF) est désormais au cœur de la mécanique franco-allemande. Les sociaux-démocrates et les Verts allemands font de ce sujet une condition à leur aval au pacte budgétaire européen, et Angela Merkel a besoin de leurs voix pour s'assurer la majorité des deux tiers requise. Avant son départ pour Paris, la troïka du SPD tentera de parvenir à un accord sur son adoption avec la chancelière. L'entourage d'Angela Merkel a fait capoter un accord avec le SPD et les Verts sur la TTF en affirmant, ce week-end et lundi, que celle-ci ne pourrait de toute façon pas être introduite avant les législatives allemandes de septembre 2013, faute de soutien au sein de l'Union européenne. Le Royaume-Uni et la Suède sont opposés à son adoption. Le SPD pourrait trouver «rapidement» un arrangement avec la chancelière et voter avant les vacances parlementaires du 6 juillet en faveur du pacte budgétaire de l'Union européenne, a déclaré mardi Frank-Walter Steinmeier


Par Patrick Saint-Paul