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Les dangers de la République des humeurs partisanes

La République est une construction constitutionnelle et une idée acceptée de tous les acteurs de la démocratie. La charpente est faite de textes et lois concourant, toutes, à asseoir des règles de la vie en communauté. L’armature institutionnelle est la garantie et le moteur de toutes les activités entrant dans la création de conditions d’épanouissement de toutes et de tous. Le suffrage universel est le bol d’air qui légitime toute action au cœur de l’Etat. Le vote désigne la personnalité chargée d’incarner, pour cinq ou sept années, la légitimité populaire. L’autorité de l’Etat tient de cette règle du jeu démocratique qui s’applique à tous, dans la détermination intelligente des gouvernants et des gouvernés. Bien sûr, dans une République, la seule grande idée qui gouverne l’action et la pensée de chacun, est l’élan patriotique qui porte les questions essentielles : bonne gouvernance, qualité de vie, sécurité…


Rédigé par leral.net le Vendredi 22 Juillet 2011 à 12:48 | | 0 commentaire(s)|

Les dangers de la République des humeurs partisanes
Il y a, ces derniers jours, comme un tourbillon maléfique qui voudrait que le lexique public se résume en quelques mots de l’apocalypse : désastre, chaos, déstructuration, décombres, ruines, etc. Le champ sémantique du chaos relève plus d’une théâtralisation d’une marche au-dessus de l’abîme pour notre jeune République que d’une réalité. Les mots violents dépeignant le Sénégal trouvent un prolongement naturel dans l’énoncé de quelques préoccupations démocratiques.

La liberté de marche, par exemple. Cette liberté est inscrite dans la Constitution de janvier 2001. Ce pays n’en est pas au régime de l’autorisation ; il en est simplement à celui de la déclaration, étant entendu que les conditions de préservation de la paix sociale devront être prise en compte par l’organisateur. Le droit de pousser le cri de désapprobation ne confère pas la licence de griffer le visage de la démocratie. Cet édifice est comme un chapiteau de délicatesses pour tous les citoyens et il est inintelligent voire amoral d’en saper les fondations. Son effondrement sonnerait la fin de tous les rêves et de toutes les illusions démocratiques dans la dimension légitime et légale du rêve.

Le 23 juin a été une épreuve pour cette démocratie dans la mesure où des désaccords se sont exprimés sur un projet de loi. Le Mouvement des Forces vives a appelé à la résistance devant l’Hémicycle dans lequel les députés se penchaient sur le texte. Le Chef de l’Etat, tenant compte de l’avis populaire, y compris contre l’esprit positif de son initiative constitutionnelle (constitutionnaliser la suppléance dans la perspective d’une vacance de pouvoir), a retiré le document. Les jubilations ont fusé. En vérité, en démocratie, il n’existe pas de rapport de force entre le dépositaire de la volonté populaire et les destinataires des mesures des autorités publiques. Le seul vainqueur possible reste la paix sociale. Ils ne l’ont pas compris et ne veulent pas le comprendre, les apôtres des casses.

Leur fonds de commerce est la peur. Ils sont les promoteurs de l’idée d’un dispositif institutionnel en faillite. Ils en tirent le profit d’un désenchantement qui se traduirait par un désastre électoral pour l’actuelle majorité. Ils s’accrochent à une irrecevabilité de la candidature du président de la République, comme à une bouée du désespoir. Ils refusent d’accorder aux Sages les prérogatives que leur donne la Constitution du Sénégal et leur acte de nomination paraphé par le président de la République. Cette attitude est suspecte en ce qu’elle ressemble à un pare-feu érigé avant l’incendie. Ici, en fait d’incendie, il y a l’expression de la légalité en janvier prochain pour dire les Sénégalais habilités à demander les suffrages de leurs concitoyens.

Cette posture a un coût qui dépasse le cadre des officines politiques et de leurs slogans savants et déconnectés du réel. De paisibles citoyens se sont subitement sentis glisser sur les versants de la démesure. Des responsables politiques ou étatiques ont souffert, avec leur famille, sous la fumée des hordes chantant la force de la machette, du gourdin ou du briquet. Combien de citoyens ont souffert, en silence, devant leurs vies menacées, leurs économies réduites en fumée, leur honorabilité salie ? Combien d’enfants se sont vu refiler le complexe d’un père en intelligence avec les « fossoyeurs » de l’économie et les manipulateurs des charpentes de la République ? Combien de privés ont perdu (comme les attributaires de bus de transport en commun de marque « Tata » ou « King Long ») le pari d’un business plan ?

Derrière la poussée d’émotions face à une « dévolution monarchique de pouvoir », face à la médiatisation à l’extrême des casses pour faire peur et provoquer une révolution à défaut d’espérer des urnes qu’elles leur accordent le titre de Chef d’Etat, il y a le jeu malfaisant de la déconstruction des acquis démocratiques.

Cette République n’est pas à construire. Elle n’est même pas à reconstruire. Sa marche, exaltante et difficile selon les circonstances, est une perpétuelle compétition avec nous-mêmes, nos grandeurs comme nos faiblesses de chantres du chaos. Elle a le vécu de cinquante années, dans la richesse des adversités comme dans la délicatesse des complicités positives. Elle a l’Histoire de plus de deux siècles d’exercice du droit et du devoir de choisir un représentant. Ce peuple a l’intelligence des communautés auxquelles il est difficile de vendre un affaissement de ses grandes vertus sous l’emballage, simplement, de la météo politique : « nous pensons que Wade va choisir son fils comme colistier », « nous sommes sûrs qu’il a négocié avec un leader de l’opposition »…

Demain, des Sénégalais sont invités dans la rue. Dans la formulation de la justification d’un tel rassemblement, est mis en exergue le « remake » du 23 juin ! Le film a ses côtés affreux : incendies, hold-up, agressions physiques, insultes, etc. Comment des aspirants à la charge suprême peuvent-ils, de manière si cynique, descendre dans les caniveaux de la pratique politicienne ? Il faut bien comprendre la propagande pernicieuse des rentiers du désordre : la démocratie est un débat perpétuel et il n’existe pas une République pour le président Wade et une République des patriotes élisant domicile dans la rue et les demeures vandalisées de paisibles pères et mères de famille.

Doudou Samba Diop

Enseignant à Kaolack touchepasm42@yahoo.fr






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