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Les démocrates à Chicago fêtent la victoire d'Obama

le 7 Novembre 2012 à 08:40 | Lu 409 fois

REPORTAGE - Les militants réunis à Chicago pensaient devoir attendre longtemps le nom du vainqueur. Ils ont été rassurés plus vite que prévu et ont pu fêter leur champion revenu dans son fief pour cette soirée particulière.


Les démocrates à Chicago fêtent la victoire d'Obama
Envoyé spécial à Chicago

La victoire est survenue presque sans crier gare, prenant la foule des supporters démocrates de Chicago par surprise, alors que l'Amérique tout entière se préparait à une longue et épuisante nuit électorale. Vers 22 heures locales, lorsque les grandes chaînes d'information annoncent la victoire par projection du président sortant dans une série d'Etats-clés (Iowa, Colorado, New Hampshire, Virginie, Wisconsin), chaque résultat déclenche un tonnerre d'applaudissements dans les travées du McCormick Place, le palais des Congrès un peu vieillot planté sur les rives élégantes du lac Michigan, près des gratte-ciel du «Loop», le centre ville huppé de Chicago.

«Je suis tellement excitée, tellement heureuse que j'ai du mal à parler», s'exclame Shayna Kramer, 33 ans, la voix nouée par l'émotion. La température monte au rythme des airs de disco diffusés par les haut-parleurs. Rien de comparable, bien sûr, avec l'incroyable kermesse de 2008, lorsque 240 .000 personnes se retrouvèrent sur Grant Park, pour célébrer l'élection du premier président de couleur des États-Unis. Shayna y était mais, ce soir, elle n'en a cure. L'heure est au soulagement, et à la délivrance. «Il fallait gagner, pour continuer le travail engagé dans la bonne direction», assure cette militante démocrate qui n'a pas épargné sa sueur durant les derniers jours de la campagne, répondant à l'ultime appel à la mobilisation d'Obama pour rallier les indécis.

«Une Amérique de la diversité, une société compassionnelle»
Au bout de l'effort, Shayna et ses amies ont gagné le précieux laissez-passer pour la fête organisée au McCormick Place en cas de victoire démocrate, et réservée à 10 000 heureux élus, tous bénévoles du parti démocrate. «Nous avons travaillé d'arrache-pied, contacté plus de 75.000 personnes en une semaine, et ce n'était pas toujours facile au bout du fil, croyez-moi, sourit Shayna. Et voilà le résultat! Obama va pouvoir offrir la couverture santé à tous, défendre les minorités, et s'entendre avec le reste du monde. Les républicains, eux, vont devoir montrer qu'ils sont prêts à coopérer, comme ils n'ont cessé de le promettre durant la campagne».

Il est minuit trente-cinq à Chicago. Une clameur s'élève dans la salle. Barack Obama apparaît enfin, délivrant la foule d'une longue attente. Il a passé sa dernière journée de campagne dans son fief de Kenwood, une banlieue cossue de Chicago, où sa femme et lui possèdent une somptueuse résidence, estimée à deux millions de dollars. Il a joué, et gagné, sa rituelle partie de basket-ball entre amis, puis dîné en famille, avec Michelle et ses deux filles, Sasha et Malia, arrivées en avion de Washington, sitôt après la fin des classes. Et il a peaufiné son discours de victoire, remisant discrètement sans doute celui prévu en cas de défaite.

Les applaudissements redoublent d'intensité. La foule scande le slogan attendu: «Quatre ans de plus!» Cravate bleu cobalt et costume marine, le président fraîchement réélu livre un vibrant plaidoyer pour une «Amérique de la diversité», où l'on peut être «ouvrier, médecin, diplomate, ou président», défend une société «compassionnelle», basée sur les valeurs «de charité et d'égalité». Il s'excuse presque pour une élection qui a pu paraître «chaotique, désordonnée», mais qui prouve combien l'Amérique peut «se nourrir de ses différences et revenir plus forte». Il promet de travailler «la main dans la main» avec l'opposition républicaine.

«Vous m'avez beaucoup appris»
«Vous m'avez beaucoup appris durant cette campagne, conclut-il sous les vivats. Je retourne à la Maison-Blanche plus déterminé, plus inspiré».

Une pluie de confettis rouge et bleu s'abat sur la scène, tandis que le vice-président Joe Biden et sa femme rejoignent la famille Obama sur scène. Les paroles de We take care of our own, la chanson de Bruce Springsteen, qui hésita à soutenir à nouveau un candidat démocrate jugé décevant, s'élèvent dans la salle. Barack Obama sait que, cette fois, il ne bénéficiera d'aucun état de grâce. Il est l'heure de s'atteler à la tâche, et de tenir la seule promesse électorale qui vaille aux yeux de ses supporters, comme de ses adversaires républicains: sortir l'Amérique du marasme économique où elle a sombré en septembre 2008, entraînant le reste du monde avec elle.


Par Maurin Picard