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Les donateurs d’Obama récompensés par une ambassade

Rédigé par leral .net le 27 Août 2009 à 14:36 | Lu 590 fois

Obama,ambassadeurs)Un homme d’affaires hollywoodien nommé à Paris, un banquier de Chicago en poste à Londres, un avocat californien en route pour Tokyo.
Plus de la moitié des ambassadeurs choisis par Barack Obama depuis son arrivée à la Maison Blanche ont été désignés selon des critères politiques, bien souvent en récompense de services rendus pendant la campagne électorale.


Les donateurs d’Obama récompensés par une ambassade


Les « political appointees » sont une pratique courante aux Etats-Unis. Mais le nouveau président, élu sur le thème du changement, n’a fait qu’accentuer la tendance, au détriment des diplomates professionnels.

Parmi les promesses de campagne de Barack Obama, figurait en bonne place la volonté de réduire le rôle de l’argent en politique. Fort de cet engagement, certains de ses partisans avaient espéré l’abandon de la vieille pratique, à laquelle ont eu recours tous les occupants de la Maison Blanche, qui consiste à récompenser d’une ambassade les généreux contributeurs et autres amis politiques. Mais sur la question des nominations d’ambassadeurs, le président américain a résolument préféré la continuité au changement.
L’ « American Foreign Service Association » (AFSA), tient scrupuleusement à jour une liste des titulaires d’ambassades à travers le monde, agrémentée de statistiques sur les nominations. Au 25 août 2009, sur les 65 ambassadeurs désignés par Barack Obama depuis son arrivée à la Maison Blanche, 27 seulement sont des diplomates de carrière. La majorité d’entre eux (38) ont été choisis sur des critères politiques. La nomination de ce qu’on appelle des « political appointees » est une tradition aux Etats-Unis, surtout dans des postes assez alléchants comme Londres, Paris, Rome ou encore les Bahamas. Ces dernières décennies, il y en avait en moyenne 30%. Mais Barack Obama n’a fait qu’aggraver la tendance, avec 58,5% de nominations politiques à ce jour. L’AFSA, qui préconise de ramener ce taux à 10%, a fait part de sa déception face à l’évolution actuelle.

La tradition des nominations politiques

La pratique des « political appointees » remonte au tout début de la démocratie américaine. Parmi les premiers titulaires du poste d’ambassadeur des Etats-Unis à Paris, on trouve Benjamin Franklin ou encore Thomas Jefferson, choisis en raison de leur poids politique dans leur pays, plus que pour leur expérience diplomatique. « La tradition vient de là », explique François Bujon de l’Estang, ambassadeur de France à Washington de 1995 à 2002.


Le profil des ambassadeurs nommés par Barack Obama

Parmi les 38 « political appointees », on dénombre une bonne quinzaine de personnalités ayant généreusement contribué à la campagne présidentielle de Barack Obama. Exemples choisis.

Charles Rivkin, ambassadeur à Paris. Né à Chicago il y a 47 ans, cet homme d’affaires californien s’est installé la semaine dernière dans la prestigieuse résidence des ambassadeurs des Etats-Unis, rue Saint-Honoré, à deux pas de l’Elysée, où il doit présenter prochainement ses lettres de créance à Nicolas Sarkozy. Diplômé de Harvard et de Yale, où il a étudié les relations internationales, Charles Rivkin est aujourd’hui un grand patron de Hollywood. Il a notamment dirigé la « Jim Henson Company » qui a produit le célèbre « Muppets Show », avec ses vedettes Peggy la cochonne et Kermit la grenouille. A ce titre, il connaît bien la France puisqu’il vient chaque année au Festival de Cannes. Son père a lui-même été ambassadeur des Etats-Unis, notamment au Sénégal et en Guinée, où Charles Rivkin a vécu enfant. C’est là qu’il a appris le français, qu’il parle couramment selon la Maison Blanche.

Outre ces qualités, Charles Rivkin était aussi le trésorier pour la Californie de la campagne de Barack Obama, pour laquelle il a récolté un demi-million de dollars. Il a également réuni 300 000 dollars pour l’investiture. « On demande traditionnellement aux grands donateurs ce qu’ils veulent comme récompense », commente John McArthur, directeur du magazine Harper’s et auteur d’Une Caste américaine, publié aux Arènes. Comme Rivkin aime bien la France, il a répondu : « J’aimerais bien être ambassadeur à Paris ».
Louis Susman, ambassadeur à Londres. A 71 ans, ce banquier de Chicago à la retraite est surnommé « l’aspirateur » pour ses performances, exceptionnelles, semble-t-il, dans la collecte de fonds pour les démocrates. À un journaliste qui lui demandait les qualifications de Louis Susman pour le poste d’ambassadeur des Etats-Unis au Royaume-Uni, Robert Gibbs, le porte-parole de la Maison Blanche, a répondu en plaisantant : « Il parle anglais ».

Source: RFI