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Les leçons des précédents débats Sarkozy-Hollande

le 30 Avril 2012 à 14:43 | Lu 955 fois

Les deux finalistes de la présidentielle, qui se connaissent bien, se sont déjà affrontés quatre fois en face-à-face entre 1998 et 2005.


Les leçons des précédents débats Sarkozy-Hollande
Spécialistes des joutes verbales, Nicolas Sarkozy et François Hollande n'en sont pas à leur première confrontation télévisée. A la fin des années 90, les deux rivaux, considérés par les médias comme de «bons clients», se sont déjà affrontés à trois reprises. Leurs premiers duels remontent à février et mars 1998, à l'aube des régionales. Par deux fois, ils sont invités sur le plateau de Mots croisés, sur France 2. Même âge - 43 ans à l'époque -, même ascension rapide au sein de l'appareil partisan, même ambition: les deux challengers sont les étoiles montantes du moment. François Hollande, lunettes rondes et quelques kilos en plus, vient de prendre la tête du PS à l'issue de la victoire de la gauche lors des législatives de 1997. Nicolas Sarkozy, cheveux et regard noirs, opère quant à lui son premier grand retour après le schisme de 1995 et vient d'être nommé secrétaire général du RPR.

Ils se connaissent depuis dix ans, se respectent, se tutoient même en privé. Mais sur le ring, ils se livrent une bataille féroce. Leurs caractères, déjà, sont différents. François Hollande, comptable du bilan du gouvernement, use de l'humour et de l'ironie pour contrer les attaques de son adversaire. Il déjoue les coups portés par un Nicolas Sarkozy pugnace, qui veut prouver à sa famille politique qu'il mérite d'être réintégré. Alors, quand François Hollande se pose comme «huissier» des échecs passés de la droite, Nicolas Sarkozy lui rétorque, cinglant: «A votre place je la ramènerais un peu moins (...) le succès passe plus vite qu'on ne le croit». Le ton est donné.

François Hollande sait aussi montrer les crocs. Lors du premier débat, en février 1998, il coince Nicolas Sarkozy sur la question des emplois jeunes. «Je suppose qu'à Neuilly vous n'en avez pas créé», lance premier secrétaire du PS au maire des Hauts-de-Seine. «Ne critiquez pas la ville où vous avez fait vos études», sourit Sarkozy, qui parle des 350.000 emplois jeunes de la gauche comme d'une «erreur monumentale». «Donc vous n'en avez pas crée», relance Hollande, impassible. «J'en ai créé cinq», concède son adversaire. Hollande: «Pourquoi avoir participé à ce système aussi nuisible?». Sarkozy s'agace: «Attendez, mais vous êtes tellement impatient de connaître l'explication…» «Oui, mais vous êtes un peu long à la donner!», tacle le socialiste.

Troisième débat un an plus tard, en mai 1999, alors que la bataille pour les élections européennes bat son plein. Nicolas Sarkozy, devenu président par intérim du RPR après la démission de Philippe Séguin, conduit la liste RPR-DL, et François Hollande, toujours premier secrétaire du PS, mène la liste PS-PRG-MDC. Invités de l'émission «Public», animée sur TF1 par Michel Field, ils s'affrontent pendant près d'une heure. L'occasion pour eux de développer leurs thèmes de prédilection, toujours présents aujourd'hui. «Tout le logiciel de 2007 de Sarkozy était déjà là: réhabiliter le travail, la critique des 35 heures, la critique des emplois jeunes, ça allait être l'ossature de sa campagne», se souvient Michel Field, interrogé sur le site de TF1.

On retrouve aussi chez Sarkozy les mêmes angles d'attaque qu'aujourd'hui. Ainsi, sur la fiscalité: «Vous continuez, comme une espèce de fanatisme, à vouloir taxer tout ce qui bouge, réglementer toute personne qui prend une initiative». Ou encore cette façon de chanter les louanges des sociaux-démocrates réformateurs - Tony Blair, Gerhard Schröder -, pour mieux les opposer à la «logique d'assistanat» de «Mme Aubry». François Hollande ne s'en laisse pas conter. «Nous devons faire un pacte pour l'emploi, faire l'Europe sociale, mais c'est un thème qui n'intéresse pas Nicolas Sarkozy!», attaque-t-il. «C'est toujours pareil avec vous, vous êtes gentil au début et après ça tourne mal», répond Sarkozy. Et François Hollande de rétorquer, accrocheur: «Vous, vous ne l'êtes ni au début ni à la fin». Un but partout, balle au centre. «Le résultat» de ce débat «fut très équilibré», concède aujourd'hui Brice Hortefeux.

Nicolas Sarkozy en François Hollande lors de leur quatrième débat en 2005. Crédits photo : PIERRE VERDY/AFP
La quatrième et dernière joute verbale entre les deux candidats remonte à 2005, lors de la campagne du référendum sur le traité européen, sur RTL. Cette fois encore, Nicolas Sarkozy cherche à pousser son adversaire dans les cordes sur les 35 heures. «Vous avez planté l'économie française avec cette loi absurde. Est-ce que vous pouvez le supporter?», l'interroge le patron de l'UMP. «Je vous supporte», esquive Hollande. «En quel sens?», reprend Sarkozy. «Pas au sens britannique du terme», conclut le socialiste, référence au verbe anglais «support», qui signifie soutenir. Le trait d'esprit, une arme de choix que pourrait utiliser mercredi François Hollande pour contrer les charges de Nicolas Sarkozy.