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Les leçons politiques des élections présidentielles de 2000, de 2007 et de 2012 pour aborder celle de 2017 ou de 2019

Depuis 2000, les hommes politiques et observateurs des consultations électorales dans notre pays savent que les sénégalais sont maintenant matures politiquement pour choisir leurs dirigeants, notamment le Président de la République. Nos compatriotes sont en mesure de choisir sereinement parmi plusieurs prétendants et ils ont à leur actif, 2 alternances à la suite d’élections libres, transparentes et sincères. Ce n’est pas peu dans une Afrique où les Présidents en exercice cherchent à s’éterniser au pouvoir en usant des moyens imaginables et aussi déraisonnables les uns que les autres. En tant qu’acteur et observateur de la vie politique au Sénégal, j’ai le sentiment que le peuple est souvent en avance sur les hommes politiques et la société civile. En effet, les hommes politiques utilisent toujours les mêmes recettes en s’adressant au peuple sans la moindre rupture et la société civile continue à diaboliser les hommes politiques dans le but de trouver un raccourci lui permettant d’accéder au pouvoir. Les électeurs ont compris ce jeu depuis belle lurette. Ils laissent faire et le moment venu, tranchent.


Rédigé par leral.net le Mardi 21 Juillet 2015 à 00:04 | | 21 commentaire(s)|

Les leçons politiques des élections présidentielles de 2000, de 2007 et de 2012 pour aborder celle de 2017 ou de 2019
Les années 2000

L’élection présidentielle de 2000 a été précédée d'une période d'intenses activités politiques comme on n’en a rarement connu au Sénégal. La création du Courant du Renouveau dans le PS puis la création de l’URD furent le fer de lance de ce dynamisme exceptionnel de la vie politique sénégalaise en 1998. Le leader de l’URD, Djibo Leïty KA (DLK), et ses camarades socialistes, décidèrent, volontairement, de quitter le PS pour des raisons liées au congrès sans débats. Avec un programme alternatif à celui du Président Diouf, DLK sillonna le Sénégal en attaquant frontalement le Président Diouf sur le terrain de l’économique et du social mais aussi sur la pensée unique en vogue au PS. Il fût très fortement soutenu par les populations urbaines et rurales.

L’URD secoua véritablement le monde politique en 1998 comme nul autre leader politique ne l’avait fait après une disgrâce dans une formation politique. Avec 11 députés, le Renouveau Démocratique frappa fort en créant un groupe parlementaire en association avec la LD et le RND. Malgré les attaques très virulentes du PS et du Président Diouf, l’URD avait tenu bon et fit face.

Les partis de gauche furent surpris par l’accueil populaire de l’URD auprès des masses laborieuses. Pour casser l’élan de l’URD, sachant qu’aucun d’entre eux ne pouvait faire face à DLK, ils décidèrent de se ranger derrière Abdoulaye Wade pour barrer la route au leader de l’URD. Avec Idrissa Seck à la tête du PDS, le père du Sopi étant en exile volontaire ou stratégique à Paris, un cadre politique pour les partis de gauche fut trouvé pour combattre l’URD. Il s’agissait de la Coalition Alternance 2000 (CA2000).

Moustapha Niass qui était à l’étroit au PS depuis plusieurs années, décida finalement lui aussi de créer son parti politique. Beaucoup d’observateurs pensent que sans le cas de l’URD, l’Alliance des Forces de Progrès n’aurait jamais vu le jour. L’AFP eut un accueil populaire fantastique auprès des masses populaires.

Le succès populaire de Djibo Ka et de Moustapha Niass était lié à l’aversion que les sénégalais ont de l’injustice. Nos compatriotes ont horreur de l’injustice et c’est pratiquement les yeux fermés qu’ils soutiennent ceux qui en sont victimes. Les partis politiques, souvent sans démocratie interne, devraient en tenir compte pour arrêter de martyriser les responsables qui réclament plus de démocratie dans les formations politiques.

Le PS avait fait une mauvaise analyse de la situation politique en 1998. Les responsables socialistes sous-estimèrent les conséquences de la démission de Djibo Ka et de ses amis et de l’exclusion de Moustapha Niass du PS. On n’avait pas besoin d’être expert en sciences politiques pour prédire que la sortie de ces deux leaders historiques et emblématiques affaiblirait le PS. Le parti fondé par Senghor s’agitait cependant beaucoup avec des mouvements de soutien à Diouf et à Tanor qui en réalité étaient des coquilles vides qui s’étaient volatilisées après la défaite de 2000. La perte du pouvoir par le Président Diouf en 2000 était fondamentalement due à la fausse représentativité accordée aux nombreux mouvements de soutien, au dynamisme de l’URD et de l’AFP et mais aussi au réveil du PDS avec la CA2000.

D’autres raisons aggravèrent le cas du Président Diouf. La société civile, souvent dirigée par d’anciens étudiants politiciens qui n’ont pas envie ou l’aptitude de descendre à la base, sentirent le vent du changement en 2000 avec le succès populaire de l’URD et de l’AFP. Plusieurs leaders se lancèrent ainsi dans la course à la Présidence du Sénégal. On connait la suite peu glorieuse de ces candidatures mais ils avaient fragilisé le Président Diouf avec des attaques très dures.

La presse joua aussi un rôle déterminant dans la défaite de Diouf. Un lynchage médiatique d’une rare violence s’abattirent sans discontinuer sur le Président sortant qui, on ne sait pas pourquoi, ne semblait pas sentir la défaite venir. C’est après le 19 mars 2000 que le Président Diouf comprit qu’on ne lui disait pas la vérité depuis 1998. C’était trop tard et malheureuse c’est souvent ainsi avec les présidents en exercice.

Le monde du Hip Hop joua aussi sa partition dans la défaite de Diouf. Plusieurs rappeurs composèrent des chansons assassines contre le Président sortant qui contribuèrent à accentuer son impopularité en 2000.

Au soir du 12 mars 2000, logiquement, le Président Diouf fut mis en ballotage par Maitre Wade. Les mal aimés du PS arrivèrent respectivement 3ème et 4ème. Le Président Diouf eut un score certes honorable mais insuffisant pour passer au premier tour, comme d’habitude. Avec un Général au Ministère de l’Intérieur, un Observatoire National des Elections (ONEL) mais aussi avec des candidats (au mois 4) représentés dans tous les bureaux de votes du pays, il fut impossible de truquer les élections de 2000.

Le 19 mars 2000, comme c’était prévisible, le Président Diouf fut battu malgré la volte face surprenante de Djibo Ka en sa faveur. Abdoulaye Wade fut élu 3ème Président du Sénégal.

La CA2000 gagna la présidentielle parce que soutenue au second tour par l’AFP et d’autres petits partis et d’éléments transfuges de l’URD. Entre les 2 tours, il se passa beaucoup de choses que bien des sénégalais ignorent toujours.

Après environ 11 mois de gestion du pays avec ses souteneurs du 1er et du 2nd tour, le Président Wade se débarrassa sans état d'âme de Dansokho, de Niass, de Bathily et d’autres alliés encore. La nature ayant horreur du vide, même en politique, le Président Wade se retrouva avec de nouveaux alliés n’ayant pas participé à son élection. Il s’agissait notamment de Djibo Ka et Abdourahim Agne.

Heureux d'arriver enfin au pouvoir, le Président Wade se rendit compte très vite qu’il n’avait pas assez de ressources humaines pour gérer le pays. Il ouvrit alors le PDS aux cadres et hommes politiques expérimentés pour l’aider à massifier son parti, presque moribond en 2000 mais aussi à gérer le pays pour honorer ses promesses électorales.

Des élections de 2000, avant et après l'échéance, on peut tirer des leçons pour l’avenir :

- pour les partis politiques notamment de masse, la perte d’un ou de plusieurs responsables est toujours une cause d’affaiblissement, surtout à la veille d’une échéance électorale. Les partis au pouvoir ne semblent pas retenir cette leçon qui a contribué à la défaite du Président Diouf en 2000 et celle du Président Wade en 2012;

- sans démocratie interne dans les partis politiques, les hommes de conviction finissent toujours par quitter ou être exclu et fonder les leurs. C’est pour cette raison que de nouveaux partis politiques sortent régulièrement des flancs des formations qui refusent tout débat démocratique interne. Des illustrations confirmant notre propos ne manquent pas. C’est un facteur de perte du pouvoir qui ne pardonne pas ;

- quand un Président en exercice fait du wax waxet, il est honni par le peuple et le prix à payer est très lourd. Les sénégalais sont très attachés au respect de la parole donnée par les hommes politiques. C’est la tolérance zéro qui leur est imposée. Les acteurs politiques doivent bien réfléchir avant de parler ;

- seules les coalitions avec des partis politiques représentatifs peuvent gagner les élections au Sénégal. Les petits partis ne sont pas à négliger car ils ont une capacité de nuisance très élevée. Les mouvements de soutien sont en général des coquilles vides et qui peuvent même affaiblir le parti politique du leader soutenu. Les Présidents en exercice ont plus intérêt à compter sur leur propre parti politique et sur les alliés que sur des mouvements de soutien qui sont souvent animé par des hommes politiques en rupture de parti ou sans base politique crédible ;

- les électeurs ne sont pas prêts à confier le pays à la société civile pour le moment. Toutes les consultations le prouvent à suffisance. Pour gagner les élections, le candidat à la présidentielle a besoin d’une machine électorale que la société civile ne peut pas avoir pour le moment. La société civile pour le moment doit s’activer sur d’autres créneaux que la conquête du pouvoir. Ceux qui ont de telles ambitions peuvent créer leurs partis politiques et solliciter le suffrage des sénégalais en mettant en place une machine électorale comme les autres candidats ;

- la presse est un acteur important dans le processus électoral notamment présidentiel. Un président sortant ou un
simple candidat a intérêt à caresser la presse dans le sens du poil. C’est un jeu très difficile, coûteux mais nécessaire.

Un candidat combattu par la presse a toutes les chances de perdre les élections au Sénégal. Les exemples ne manquent ;

- la jeunesse a pris part activement à la défaite de Diouf. C’est une nouvelle donne dans la vie politique sénégalaise. En tenir compte est une nécessité. La jeunesse sénégalaise a pris goût au débat politique notamment lors des élections présidentielles. Avoir les jeunes dans son camp est un plus significatif pour accéder à la Présidence du Sénégal. Les candidats combattus par les jeunes ont toutes les changes de perdre les élections au Sénégal ;

- les populations apportent leur soutien aux victimes du manque de démocratie dans les partis politiques. C’est un apport insuffisant pour gagner les élections mais il peut être substantiel et affaiblir le candidat sortant.

Ces différentes leçons, non exhaustives, tirées des périodes ante, pendant et post 2000, peuvent aider les hommes politiques à éviter certaines erreurs fatales.

Année 2007

En 2007, bien avant l’élection présidentielle, le Président Wade avait déjà structuré et massifié son parti. Il avait aussi enclenché le démarrage de grands chantiers dans beaucoup de les secteurs. Avec des alliés comme DLK qui avait reconstitué son parti après l’électrochoc de 2000, c’est en toute confiance que le chef de l’Etat Wade se présenta à l’élection de 2007. La situation lui était très favorable. Idrissa Seck, son challenger principal mais aussi son ancien DIRCAB et PM, n’eut pas le temps de se préparer et ou même de nouer une alliance avec d’autres forces politiques ou de la société civile. Il ne constituait pas en réalité une menace sérieuse pour Maitre Wade.

En ouvrant le PDS aux hommes politiques expérimentés, Wade saigna le PS qui n’était plus que l’ombre de lui-même en 2007. Au moment de l’élection présidentielle, le PS était très faible et le suffrage du candidat Tanor Dieng le confirma amplement. Quand à l’AFP, tout semblait montrer que les responsables du parti étaient découragés de n’avoir pas continué à gérer le pays avec le Président Wade. En 2007, l’AFP était dans une léthargie générale dans toutes les régions avec la perte de grands responsables en faveur du PDS.

L’AFP comme le PS était un parti très faible et c’est pourquoi Moustapha Niass ne confirma pas son très bon score de 2000 en 2007. En boycottant les législatives de 2007, le PS et l’AFP commirent une erreur fatale qui les envoya dans le lot des petits partis. Comment des hommes d’expérience comme Moustapha Niass et Ousmane Tanor Dieng, entourés de collaborateurs brillants, prirent-ils une décision aussi insensée que dangereuse pour l’avenir de leurs formations politiques ?

Avec un PDS bien structuré dans toutes les circonscriptions administratives, avec des responsables promus dans l’administration, le Président Wade était un candidat confiant en 2007. La structuration du PDS ne se faisait pas sur la base de renouvellement régulier des instances. C’est la Constance du parti qui nommait les responsables nationaux et locaux en fonction de leurs aptitudes et expériences pour faire face à l’opposition. L’ancienneté au PDS n’était pas un atout pour être promu responsable politique par le père du Sopi.

En 2007, le Président Wade avait de bonnes relations avec la société civile et la jeunesse. Il ne faisait pas l’objet d’attaques destructrices comme en 2012.

Avec un Général au Ministère de l’Intérieur et une CENA pour superviser les consultations électorales, c’est haut la main que le Président Wade fut réélu en 2007 au 1er tour. Malgré les protestations véhémentes de l’opposition, le Président Wade avait bel et bien gagné l’élection présidentielle de 2007 au 1er tour.

Des élections de 2007 et de leurs préparatifs, on peut tirer les leçons suivantes pour mieux comprendre celle de 2012 :

- pour gagner les élections présidentielles, un Président sortant doit avoir impérativement un parti fort, massif et bien structuré ;

- la structuration du parti au pouvoir doit être une priorité. Le Président, responsable suprême du parti, doit trouver les formules adéquates pour nommer, sur la base de compétences politiques avérées et de crédibilité à la base, les responsables dans les différentes collectivités locales. L’animation et la massification d’un parti n’est pas possible sans structuration. C’est une règle d’or en gestion de la qualité et dans l’organisation de la société humaine et animale ;

- pour gagner les élections, un président sortant doit éviter de renforcer son opposition ou de pousser ses alliés à aller rejoindre l’opposition. Autant que possible, dans le contexte du Sénégal, le Président sortant doit recruter dans les rangs de l’opposition. Les différents présidents qui se sont succédé à la tête du Sénégal connaissent bien cette réalité de notre pays ;

- Pour l’élection présidentielle, un président sortant, appuyé par un parti fort, doit avoir aussi des alliés forts et crédibles. Un seul parti politique, fut-il fort, ne peut pas gagner seul l’élection présidentielle au Sénégal ;

- Le président sortant à intérêt à tenir compte des préoccupations de la société civile et de la jeunesse. Ces 2 entités ont une capacité de nuisance très élevée. Vaut mieux les avoir avec soi que contre soi.

Les années 2012

Après sa réélection en 2007, on ne sait pas trop pourquoi, le Président Wade changea brusquement. Il clignota à droite et tourna à gauche. Il se débarrassa de la plus mauvaise manière de Monsieur Macky, son ancien directeur de campagne et numéro 2 du PDS. Il utilisa aussi une loi antidémocratique pour l’éjecter du perchoir de l’Assemblée Nationale. Il en fit une victime et il s’affaiblit selon une des leçons tirées des années 2000.

Le Président Wade revint sur sa décision de ne pas être candidat en 2012. Ce fut aussi une violation d’une autre leçon tirée des années 2000.

Avec la loi qui faillit mettre notre pays à feu et à sang le 23 juin 2011, le Président Wade réussit la prouesse de créer contre lui, un bloc, très soudé et très fort, formé de la société civile, des partis d’opposition, de sénégalais anonymes, de la jeunesse et du mouvement hip hop,… Le Président Wade viola encore plusieurs leçons tirées des années 2000.

En 2012, malgré ses résultats élogieux à la tête du Sénégal, le Président Wade ne pouvait pas gagner l’élection présidentielle. Il avait affaibli son parti en se débarrassant de beaucoup de grands responsables. En réunifiant l’opposition auparavant divisé, en s’attirant les foudres de la société civile, du mouvement hip hop, de la presse et de la jeunesse, le Président Wade avait perdu d’avance l’élection en vue.

En 2012, l’opposition significative était organisée en groupe : Benno Siguil Sénégal, Macky2012. A cause de l’antagonisme vivace et indélébile entre Moustapha Niass et Ousmane Tanor Dieng, Benno Siguil Sénégal éclata à l’approche de l’échéance électorale en 2 entités : Benno ak Tanor et Benno Siguil Sénégal avec Niass. Monsieur Idrissa Seck créa à son tour Idy4èmePréident et Macky Sall investi par son groupe, Macky2012.

Le Président Wade ne pouvant pas gagner l’élection avec ses nombreuses erreurs fatales, la victoire devrait échoir à un de ces 4 ténors : Tanor, Niass, Macky et Idy.

Tanor Dieng : Son parti était faible en 2012, il a été saigné par Wade et d’autres partis politiques sont sortis de ses flancs. Avec des alliés faibles en termes de poids politique (Aly Aidar, Landing Savané) le candidat du PS ne pouvait pas gagner en 2012. Il ne pouvait pas être présent au 2nd tour.

Moustapha Niass : Il a beaucoup bénéficié des retombées des Assises nationales. Ses partisans ont été de grands animateurs de ces rencontres. Ce candidat a eu aussi le privilège d’avoir dans sa coalition les principaux artisans de la victoire de Wade en 2000 (Bathily, Dansokho, Madior Diouf). Moustapha Niass avait de réelles chances d’être 2nd au 1er tour de l’élection de 2012. L’éclatement de Benno Siguil Sénégal avait cependant amoindri ses chances.
La principale faiblesse de Niass en 2012 fut son parti qui avait beaucoup perdu après sa rupture avec Wade et son boycott des législatives de 2007. L’AFP, comme le PS, avait perdu beaucoup de responsables en faveur du Président Wade. Dans l’opposition depuis 2001, l’AFP avait perdu peu à peu son attractivité entre 2000 et 2012.

Idrissa Seck. S’il n’était pas retourné chez son père putatif après leur rupture en 2004, Idy aurait pu être le 4ème Président du Sénégal. Mais son yoyo avec Wade avec tout ce qu’il a dit de méchant sur DLK, ce candidat n’avait aucune chance en 2012. Avec un parti faible voire local, sans alliés significatifs, Idy avait perdu d’avance les élections de 2012.
Macky Sall. Il a créé son parti en 2008 à la suite de sa séparation assez douloureuse d’avec Abdoulaye Wade. A la manière d’un géologue, le Président Macky Sall fit le tour des villages sénégalais en écoutant quasi religieusement les populations. Il récolta des informations que seuls nous les villageois connaissons.

Martyrisé par le Président Wade, le Président Sall installa discrètement son parti dans toutes les collectivités locales. Il fut aussi appuyé et soutenu sur tous les plans par des sénégalais amis ou non choqués par le traitement que lui avait infligé le Président Wade en 2008. En peu de temps, le Président Macky Sall monta un parti puissant. Macky bénéficia d’une leçon tirée des années 2000. Les Sénégalais soutiennent les martyrs des partis politiques.

En 2012, le Président Macky Sall était un outsider derrière Moustapha Niass pour la deuxième place, au 1er tour.
Finalement, au soir du 1er tour, le Président Wade arriva 1er et Macky occupa la seconde place, laissant les autres loin derrière. Ce ne fut pas une grande surprise car Moustapha Niass avait raté sa campagne électorale et celle Macky fut presque parfaite.

Au soir du second tour, c’est très facilement que le candidat Macky, avec sa coalition Benno Bokk Yakaar, remporta l’élection présidentielle avec un score de plus de 65% des suffrages.

On peut tirer des leçons pour les hommes politiques à partir des péripéties des élections de 2012 :

- quand un président se débarrasse de ses alliés sans motif crédible, il s’affaiblit et est sanctionné par les électeurs qui prennent fait et cause pour les victimes. Les exemples confirmant cette allégation ne manquent ;

- Pour avoir des chances de gagner l’élection présidentielle au Sénégal, il faut se lever tôt et investir les villes et les campagnes. C’est dur, c’est couteux mais c’est rentable. En 2012, le candidat Macky a été le champion toutes catégories dans ce domaines ;

- Pour avoir des chances de gagner l’élection présidentielle au Sénégal, il faut un projet de société cohérent, crédible et englobant toutes les préoccupations des sénégalais. Avec Yonu Yokkuté, le candidat Macky a pris de court les autres candidats qui discutaient du sexe des anges à la place de l’élaboration d’un projet de société à proposer aux sénégalais ;

- Pour avoir des chances de gagner l’élection présidentielle au Sénégal, il faut compter sur un parti fort mais aussi avec des alliés, des hommes et des femmes crédibles venant de tous les horizons. Là aussi le candidat Macky était bien servi ;

- Pour avoir des chances de perdre les élections, il faut compter sur un blocage du système. Des candidats ont eu des scores médiocres parce qu’ils comptaient sur une révolte populaire bloquant le processus électoral. Ils ne le recommenceront pas en 2017 ou 2019. ;

- Pour avoir des chances de gagner l’élection présidentielle, il faut mener une campagne électorale tambour battant pendant les 3 semaines légales. Un candidat qui rate sa campagne électorale peut perdre la présidentielle et en 2012 Moustapha Niass aurait fait mieux s’il avait réussi sa campagne ;

- Une bonne animation est un plus dans une campagne électorale. Wade en a bénéficié en 2007 avec Pape et Cheikh et Macky aussi en 2012 avec Doudou Ndiaye Mbengue. Mais attention au réchauffé, il n’a pas porté bonheur au candidat Wade en 2012.

- La logistique et la sonorisation ne doivent pas être négligées. Un candidat avec 3 voitures, une sono dans une L200 n’a aucune chance de remporte l’élection. Le Président Wade s’est moqué de la logistique du candidat Macky le 1er jour campagne. On connait la suite ;

- Les marches bleues ont été un franc succès en 2000 mais elles ont beaucoup perdu en 2007 et 2012. C’est une initiative de Monsieur Idrissa Seck en 2000 dans un contexte particulier. Fonder toute sa campagne sur les marches bleues c’est presque prendre des risques inutiles ;

- Pour avoir des chances de gagner l’élection présidentielle, il faut avoir la possibilité de faire le tour du Sénégal et financer des campagnes électorales sectorielles dans toutes les communes. Un candidat sans moyens ne peut pas gagner l’élection présidentielle au Sénégal ;

Depuis le 25 mars, Monsieur Macky Sall est le Président du Sénégal. Il gouverne avec la Coalition BBY sans Idrissa Seck qui a quitté le navire depuis longtemps pour divergence de vision politique avec le Président Sall.

La prochaine élection présidentielle est prévue soit en 2017 s’il y a réduction du mandat du Président Sall, soit en 2019 sans réduction du mandat. Je pense que le Président Macky va respecter sa promesse électorale de 2012. Il n’a pas intérêt à se dédire car il n’ignore pas les conséquences du waxwaxet du Président Wade. La réduction du mandat va dépendre du Conseil Constitutionnel qui va délibérer, à mon avis de non juriste, sur la constitutionalité de la réduction.

Un avis favorable des sages nous amènerait au référendum dont le verdict annoncera la réduction ou non du mandat du Président Sall.

A la prochaine élection présidentielle, il y aura probablement beaucoup de candidats si on se fie aux intentions de candidature annoncées. Les candidatures probables en 2017 ou 2019 me semblent les suivantes :

Macky Sall. C’est le Président sortant qui a droit à un second et dernier mandat. Il sera naturellement candidat à la prochaine élection présidentielle.

Ses chances : Il est à la tête de l’Etat et cela lui confère des avantages sur les autres candidats. Il a promu beaucoup de personnes et certainement il recevra le retour de l’ascenseur de leur part. Il a aussi un parti bien implanté dans toutes les localités du pays. Aux consultations de 2012 et de 2014, l’APR a eu beaucoup d’élus (députés, maires et Président Conseils Départementaux). Il y a également le Conseil Economique, Social et Environnemental dans lequel le Président a pu placer des responsables politiques de son parti. L’APR pourrait être plus forte ou aussi forte en 2017 ou 2019 qu’en 2012. Le Président pourra compter sur cette machine électorale qui n’est pas bien huilée cependant comme le PDS en 2007.

Le Président sortant peut compter aussi sur l’AFP et les amis de ce parti (LD, PIT, RND,..). C’est un apport très intéressant pour la prochaine présidentielle mais l’AFP n’est pas un parti fort surtout après la sortie de Gakou et de Mata Sy Diallo qui étaient des poids lourds dans le parti de M. Niass.

L’autre atout du Président sortant est sa coalition originelle, Macky2012. Ce sont des alliés fidèles au Président mais dans leur majorité, ils semblent frustrés. Macky2012 ne s’est pas massifié entre 2012 et 2015. Leur apport sera significatif mais pas déterminant pour la victoire.

Le Président a de réelles chances d’améliorer significativement son score de 2012. Cependant, pour aller à la présidentielle de 2017 ou 2019 avec des chances de passer au 1er tour, le Président Sall a intérêt à préserver BBY autant que possible mais aussi et surtout à stimuler le plus rapidement son parti qui est dans une léthargie inquiétante dans les 14 régions du Sénégal.

Ses faiblesses : L’APR n’est pas structurée et il n’y a pas officiellement de responsables dans les instances de base. C’est une armée mexicaine où tout le monde est général. Comme me disait mon frère DLK, on ne commande pas les généraux, on commande avec eux. Cette situation n’est pas propice pour avoir un parti présidentiel hégémonique indispensable pour gagner au 1er tour.

Entre 2012 et 2015, l’APR ne s’est pas massifiée. C’est un parti hyper verrouillé où on ne peut pas entrer et même si on entre on est mis en quarantaine. C’est connu de tous.

L’autre faiblesse de l’APR est son manque apparent de cadres. Etre au pouvoir n’a pas permis au parti de Macky Sall de densifier ses ressources humaines comme le PDS à partir de 2000.

Karim Meïssa Wade : C’est le candidat officiel du PDS. De Reubeus, il gère ce parti avec des mains de maitre.

Ses chances : Si en 2017 ou 2019, Karim est effectivement partant pour l’élection présidentielle, il est le favori pour être 2nd au soir du 1er tour. Karim Wade pourra compter sur une redoutable machine électorale qu’est le PDS du Président Wade. Il semble faible si on se fie aux échos de la presse et à la guéguerre en son sein mais en réalité beaucoup de libéraux sont restés fidèles à Maitre Wade. Depuis quelques temps, le PDS a repris ses animations à la base et certains responsables transhumants vers l’APR reviennent au parti de Maitre Wade.

L’homme Karim Wade est actuellement très populaire à l’intérieur du pays, gare à ceux qui feignent de l’ignorer.
Le PDS est un parti de masse mais aussi de cadres capables de défendre les options du parti. Karim Wade pourra disposer de ressources humaines de qualité pour expliquer et expliciter aux sénégalais son projet de société déjà finalisé depuis Reubeus nous dit-on.

Ses faiblesses : L’incertitude qui plane sur l’effectivité de la candidature de Karim Wade est un facteur de découragement. Le temps ne joue donc pas en facteur du fils du Président Wade.

Idrissa Seck : Ce leader candidat potentiel est sorti de BBY. Il dit haut et fort qu’il sera candidat en 2017, excluant la possibilité d’organiser les élections en 2019. M. Seck est cohérent dans sa démarche. Il a compris une leçon fondamentale citée ci-dessus : pour avoir des chances de gagner la présidentielle au Sénégal, il faut se lever tôt et il l’a fait.

Ses chances : Le candidat Seck s’est levé tôt et est en train de faire le tour du Sénégal à la manière de Macky Sall pour 2012. Rewmi est un parti d’opposition qui recrute et même qui inverse la tendance naturelle de la transhumance. Si M. Seck ne s’essouffle pas, Rewmi va monter en puissance parce présent dans toutes les localités du pays.

Monsieur Seck est un leader qui est entouré de ressources humaines de qualité qui brillent sur tous les plateaux de médiat, à l’assemblée,…. C’est un réel avantage car les sénégalais accordent une grande importance à la qualité des hommes qui aspirent à les gouverner. Le candidat. M. Idrissa Seck a une équipe crédible.

Ses faiblesses : L’homme est qualifié de peu ouvert et trop suffisant, irrespectueux des autres. Cela à corriger au plus vite.

Le parti du Président Seck n’est pas encore une machine électorale pour le placer 2nd derrière Macky s’il y a 2ème tour. Il a encore 2 à 3 ans pour produire une machine électorale à la hauteur de ses ambitions.

Un seul parti ne peut pas gagner les élections au Sénégal. Monsieur Seck n’ayant pas de coalition structurée à ma connaissance, il a intérêt à mettre son talent de négociateur en action pour former une coalition autour de Rewmi.

Khalifa Sall : Sa candidature est sûre mais pas certaine. Il semble être le meilleur candidat du PS en 2017 ou 2019 si le parti n’investi pas Macky Sall comme l’AFP.

Ses chances : S’il est candidat, il pourra compter sur une machine électorale requintée depuis l’avènement du Président Macky Sall. C’est un socialiste qui a beaucoup d’amis dans les différentes formations où se trouvent certains de ses anciens camarades avec qui il a gardé les meilleures relations. Il pourrait compter sur eux le moment venu.

Pour se positionner derrière le candidat Macky Sall s’il y a 2nd tour, le candidat du PS devra batailler dur pour avoir une coalition plus consistante que celle qui avait accompagné Ousmane Tanor Dieng en 2012.

Le PS, malgré la bataille au sommet, est en plein renouveau. Le parti se massifie et récupère petit à petit ses transhumants. C’est un des rares partis politiques qui a des activités tous les weekends à travers le pays.

Ses faiblesses : Khalifa Ababcar Sall n’est pas très connu à l’intérieur du pays. Avec l’incertaine qui plane sur sa candidature, Monsieur Sall ne peut pas encore sillonner le Sénégal pour se faire connaitre et c’est un handicap lourd qui peut diminuer ses chances. Le PS a intérêt à se déterminer s’il ne veut pas une humiliation en 2017 ou en 2019 en tant que « grand parti ».

Le PS de 2015 est très divisé sur des questions essentielles et on sent de l’extérieure une certaine indiscipline de quelques responsables de haut niveau. Pour cette raison le PS court le risque de faire peur aux sénégalais.

Abdoulaye Baldé : Monsieur Baldé a déjà dit en terme clair qu’il sera candidat en 2017 ou 2019. C’est un homme de parole, il va se peser à la prochaine présidentielle.

Ses chances : C’est un excellent communicateur qui peut atteindre les sénégalais en touchant du doigt leurs préoccupations quotidiennes. Il est en train de construire une belle image d’un prétendant proche des populations.

Le parti de Baldé, l’UCS, est en construction et il est déjà bien installé dans la région Sud. Baldé a sa forteresse comme Idy à Thiès, Macky à Fatick, DLK à Linguère, Niass à Nioro,…

Baldé positionné 2nd au soir du premier tour sera une grande surprise mais c’est loin d’être impossible tant l’homme est tenace. Il a déjà installé son parti dans beaucoup de localités.

L’UCS est un jeune parti mais il peut se faire valoir de ressources humaines exceptionnelles capables d’accompagner un leader dans une campagne électorale présidentielle, comme Macky en 2012.

Ses faiblesses : l’UCS n’est pas encore une machine électorale comme l’APR, le PS ou le PDS. M. Baldé a beaucoup à faire pour avoir un parti à la hauteur de ses ambitions. Il devra dénicher des responsables locaux crédibles dans les différents départements pour massifier sa formation. Ce ne sera pas facile mais c’est possible.

Monsieur Baldé comme les autres prétendants devra œuvrer à former une coalition autour de l’UCS pour espérer surprendre au soir du 1er tour.

Pape Diop : Il semble prêt à solliciter le suffrage des sénégalais pour être le 5ème Président du Sénégalais. Sur le terrain, il se bat et son parti est assez implanté dans le pays.

Ses chances : Pape Diop a un cursus très honorable. Il connait l’Etat et c’est un avantage à faire valoir avec une bonne communication.

Le parti de Pape Diop dispose dans beaucoup de localités de grands responsables très influents et très actifs. Le candidat Diop pourra compter sur une machine électorale très efficace en 2017 ou 2019 si le travail de massification de BGG se poursuit.

Ses faiblesses : La CBGG est un jeune parti qui a connu beaucoup de saignées en termes de perte de grands responsables fondateurs du parti. Il faut arrêter cette hémorragie au plus vite si Pape Diop veut avoir un score conforme à l’image qu’il veut incarner.

Malick Gakou : Il vient de créer son parti, le Grand Parti, après avoir été exclu de l’AFP comme Moustapha Niass l’avait été du PS il y a quelques années. La candidature de Gakou en 2017 ou 2019 est une quasi certitude puisse que c’est ce motif qui l’a fait exclure du parti de Niass.

Ses chances : Il peut bénéficier du soutien des Sénégalais qui en général sont du coté des martyrs des formations politiques : cas de DLK, Niass, Idy et Macky. Il est aussi prévisible qu’une partie non négligeable des électeurs de l’AFP voteront Gakou. Certains élus ne disent rien mais ils sont avec Gakou en réalité, ce n’est un secret pour personne.
Il semblerait que Malick Gakou a des moyens substantiels et c’est un avantage essentiel qui peut être déterminant. Sans moyens, il est inutile de viser le fauteuil de Macky Sall.

Le parti de Gakou est en train de prendre forme. L’installation des responsables locaux est lancée. Tout semble indiqué que le Grand Parti veut compter en 2017 ou 2019. Le GP est la formation politique la plus dynamique en cette période l’année.

Ses faiblesses : Malick Gakou ne peut pas compter sur tous ces partisans qui sont obligés de cacher leurs jeux pour préserver leurs avantages de députés ou autres. Cette situation va empêcher à Gakou de profiter de l’expérience et de l’influence de ses camarades pour installer plus rapidement le GP.

La jeunesse du parti de Gakou est un inconvénient pour les prochaines consultations électorales. Cependant, des surprises sont toujours possibles dans ce cas d’espèce.

Certainement il y aura d’autres candidats en plus de ceux énumérés ci-dessus mais ils seront d’envergure plus modeste.

Les candidats déclarés et potentiels ont intérêt à étudier les différentes leçons que nous avons tirées des années 2000, 2007 et 2012.

L’élection présidentielle est une affaire d’un homme qui soumet un projet de société à son peuple dans le but d’améliorer ses conditions de vie au sens large du terme. Pour être crédible et mériter éventuellement la confiance du peule, le candidat à l’élection présidentielle attendu dans le carré d’as devra remplir certaines conditions :
- Avoir de l’expérience dans la gestion des affaires de l’Etat ou avoir au moins exercé dans le privé ;
- Avoir une équipe autour de soi pour être en mesure de gouverner dès la victoire ;
- Avoir un projet de société en bonne et du forme avant de s’engager dans la campagne ;
- Avoir un parti fort maillant tout le territoire à la tête d’une vaste collation ;
- Faire en sorte que les membres de la coalition puissent travailler dans le respect de leur différence et de leur sensibilité respectives ;
- Avoir les moyens financiers, humains et logistiques pour mener une campagne à la hauteur de l’enjeu ;
- Investir les coins et recoins du pays avant le démarrage de la campagne électorale ;
- Prendre les dispositions utiles pour avoir des représentants dans tous les bureaux de vote du Sénégal. C’est dans les détails que l’on gagne ou perd les élections. Les représentants dans les bureaux doivent être préalablement formé pour la maitrise et l’utilisation du code électoral ;
- Etre en mesure de rendre mobiles les responsables de la coalition dans toutes les communes du pays ;
- Gérer les grands électeurs que sont les chefs religieux, les notables, les associations de jeunes, de femmes, de métiers,…. ;
- Planifier la campagne avant le jour J et exécuter le plan tel qu’il est adopté ;
- Bien gérer la communication de la campagne et bien soigner le choix des extraits qui passent à la RTS ;
- Avoir une équipe compétente pour les débats dans les différents médias durant toute la campagne ;
- Disposer d’un service de sécurité pour dissuader toute provocation ;
- Evaluer tous les soirs la campagne nationale du candidat et la communication au niveau des médiats ;
- Surveiller les attaques politiques des autres prétendants contre le candidat de la coalition et préparer la riposte la plus convenable ;

Peu d’électeurs sont des militants dans les partis politiques ou autres associations. La grande masse qui fait basculer le choix des sénégalais d’un coté ou de l’autres est hors des partis politiques et associations diverses. Elle observe, elle écoute et elle compare les candidats, leurs programmes, leurs discours. C’est finalement compte non tenu de l’appartenance idéologique, ethnique ou religieuse qu’elle choisit le locataire du palais de la Républiques. Elle n’est pas cependant à l’abri d’influence des partis politiques, des mouvements associatifs, des chefs religieux et de la presse. C’est ce qui explique que pour gagner l’élection présidentielle au Sénégal, il faut un parti fort, une coalition la plus vaste possible et une bonne campagne électorale.

Pr Demba Sow






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