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Les obstacles à l’émergence


Rédigé par leral.net le Vendredi 7 Mars 2014 à 21:56 | | 0 commentaire(s)|

Au moment des indépendances des années 60, le Sénégal était en avance par rapport à la plupart des pays africains en termes d’infrastructures routières et ferroviaires, de scolarisation, d’enseignement supérieur, d’industrialisation, de systèmes administratif et démocratique, de politique agricole, de ressources halieutiques, d’urbanisation et d’aménagement du territoire, etc.
Plus de cinquante ans après, le constat est là et il est amer. Nous avons perdu notre avance, nous progressons à pas de caméléon et l’émergence est attendue à plus ou moins long terme. Pourquoi s’est-on fait rattraper et parfois dépasser par les autres pays africains, notamment de la sous région, et avance-t-on si lentement avec des taux de croissance si bas ?
Coté potentialités présentement, le Sénégal a les atouts lui permettant pourtant de figurer sur la liste des pays émergents : ressources humaines bien formées, système éducatif performant malgré les nombreux problèmes liés principalement aux manques de ressources et de planification, pays très stable, système démocratique qui a fait ses preuves, armée professionnelle et républicaine, administration républicaine avec un personnel bien formé, des agriculteurs et des éleveurs maitrisant leur art, des terres arables disponibles, de l’eau abondante sur et sous terre, des phosphates pour fabriquer de l’engrais, de l’or, du fer, des pêcheurs professionnels avec 700 km de cotes maritimes, etc.
Pourquoi n’exploitons pas les atouts innombrables de notre cher Sénégal ? Chacun de nous, Sénégalais, a des éléments de réponses et ne rate aucune occasion pour les donner à la moindre occasion. Dans les transports en commun, dans les bureaux, dans les écoles, dans les campus universitaires, dans les exploitations agricoles, sous l'arbre à palabre, dans les mosquées et dans les églises, dans les ateliers et chantiers, dans les stades, les Sénégalais identifient brillamment et sans complaisance les causes de notre développement si lent et proposent en même temps les solutions pertinentes à mettre en œuvre mais qu’ils sont les premiers à ne pas appliquer. Nous trainons des handicaps et nous en sommes tous conscients. Nos guides religieux, musulmans et chrétiens, profitent de toutes les occasions pour nous rappeler que nous ne sommes pas sur la bonne voie. Les raisons sont, de façon non exhaustive, les suivantes:
Les sénégalais sont indisciplinés
Sans verser dans la généralisation, tout le monde sait que les Sénégalais sont, dans leur majorité, indisciplinés. Ils ne pensent qu’à eux; ils sont allergiques à la queue devant les guichets, les cars et bus des transports en commun, ils ne respectent personne quand ils sont au volant de leurs véhicules, ils violent les lois et règlements et manipulent la constitution pour leurs intérêts politiques du moment, etc.
Le manque de discipline est un handicape certain pour le Sénégal. Elle est responsable de plusieurs comportements anti développement: violation et manipulation des lois et règlements, casse de véhicules et d’édifices publics ou assimilés, dépôts d’ordures dans des canaux d’assainissement et dans la rue, etc. Il est utile de rappeler que la discipline est une vertu sans laquelle le développement d’un pays est difficilement envisageable. Un pays qui veut figurer sur la liste des pays émergents doit inscrire dans ses priorités l’éducation de son peuple.
Les sénégalais parlent plus qu'ils n'agissent
Les Sénégalais sont des experts en tout. Lorsqu’un problème est posé, tout le monde a la solution. Souvenez-vous des échecs de nos équipes de football et basketball. Sur les plateaux des télévisions et sur les ondes des radios et même dans la rue, les experts et les Sénégalais lamda avaient analysé, disséqué les causes de la contre performance de nos sportifs. Des solutions avaient été proposées mais l’échec récent de notre équipe de football montre que le problème est toujours là. On peut alors affirmer que le bla bla n’est pas le meilleur moyen de régler les problèmes sinon on aurait remporté plusieurs fois la coupe d’Afrique des nations.
Une incursion dans le monde politique, syndical et associatif donne la preuve que les sénégalais parlent beaucoup. Les hommes politiques sont souvent promus sur la base de leur débit vocal et rarement sur la base de leurs compétences et de leurs expériences. Dans ces conditions doit-on attendre des résultats ? Le Président Macky Sall a raison de dire au Khalif Général des Mourides, Serigne Cheikh Sidy Mokhtar Mbacké, qu’il parle peu et préfère agir. Donnons la primauté à l’expérience et à la compétence pour l’occupation des postes de responsabilités et parlons moins.
Les Sénégalais ne travaillent pas beaucoup et bien
Les Sénégalais sont en général bien formés. Notre administration est très compétente, nos ouvriers bien qualifiés, nos enseignants performants, nos pêcheurs professionnels, nos agriculteurs et éleveurs compétents, notre secteur privée dynamique avec un personnel compétent. Pourquoi alors notre pays avance-t-il si lentement ? Eh bien pour beaucoup parce que les sénégalais ne travaillent pas assez et bien. Les présidents Wade et Sall ont, chacun à sa manière, invité nos compatriotes à travailler, encore travailler, toujours travailler mais ils oublient de rajouter bien travailler. Pour le moment les sénégalais parlent trop et travaillent peu. Peut-on se développer dans ces conditions?
Les Sénégalais manquent de rigueur
Sans la rigueur, on ne peut pas faire appel à la science et à la technologie pour la création, la production, l’innovation. Pratiquement on fait tout à l’informel : agriculture, pêche, élevage, commerce, assainissement, transport, BTP. Des preuves existent pour corroborer mon propos : Bateau le Joola ; accidents de la route, immeubles qui s’écroulent, des dalles de terrasse qui tombent, erreurs médicales, etc. Sans rigueur point de progrès durable et donc pas d’émergence.
La corruption est dans tous les secteurs
La corruption est le principal mal du Sénégal. Elle a investi tous les secteurs d’activité, y comprise la Société Civile et les Sénégalais semblent s’en accommoder. Tout le monde joue le jeu, consciemment ou non. Les revenus ne sont pas justifiés comme dans les grandes démocraties. On peut, sans le moindre risque, construire un immeuble alors que théoriquement on a des revenus modestes, acheter une 4X4 ou une autre voiture de luxe alors qu’on ne travaille pas ou qu’on gagne un petit salaire. Lutter contre la corruption est une exigence pour un Sénégal émergent. Tout le monde doit s’y mettre.
Le Transport ferroviaire meurt
Les différents régimes qui se sont succédés à la tête de l'Etat ont laissé mourir notre chemin de fer. Le récent reportage de la RTS sur le transport ferroviaire montre à suffisance que la disparition du rail est un facteur d'appauvrissement, un recul économique, en un mot une catastrophe nationale. Le chemin de fer est le moyen de transport le moins cher, le moins polluant, le plus sûr, le plus rapide. Il n'est pas raisonnable d'envisager un Sénégal émergent sans un transport ferroviaire moderne maillant tout le pays. Monsieur le Président, réhabilitez nos chemins de fer, les sénégalais vous seront reconnaissants.
Le mensonge est le meilleur moyen de régler les problèmes
Amoul problème est l’expression la plus utilisée par la plupart des Sénégalais. Elle est normalement synonyme d’engagement de celui qui la prononce mais en réalité elle est synonyme souvent de mensonge. Les sénégalais ne savent pas dire non quand il faut le dire. Ce comportement est contraire à la qualité qui veut que l’on dise ce que l’on fait et que l’on fasse ce que l’on a dit. C’est un obstacle à l’émergence.
Les sénégalais n'épargnent pas
Au Sénégal tout est prétexte pour dépenser : Tabasky, Korité, Pâques, Magal, Mawloud, mariage, baptêmes, funérailles, retour de la Mecque, rentrée scolaire, parrainage, marabout et charlatans. On n’épargne pas, on ne pense pas à l’assurance et à la retraite. On dépense tout et on recommence. C’est pourquoi les Sénégalais sont vulnérables face aux dépenses imprévues et essentielles tels que logement, santé, retraite, etc. Le caractère dépensier du Sénégalais est un facteur d’appauvrissement et donc un obstacle à l’émergence. L’Etat ne doit plus tolérer ces gaspillages.
Les programmes de développement ne sont pas souvent fondés sur la science
Le développement n’est possible que fondé sur les acquis de la science et de la recherche mais aussi sur la qualité et le management moderne. La recherche se porte mal dans les universités et dans les instituts spécialisés (ISRA, ITA). Comment peut-on créer, avoir des entreprises compétitives, faire de la veille technologique et innover sans la recherche ? Un Sénégal émergent a besoin de la recherche comme soubassement et comme moteur.
L’agriculture et l’élevage sont insuffisamment encadrés
L’agriculture sénégalaise est caractérisée par ses faibles performances et son incapacité à garantir la sécurité alimentaire du pays. Les raisons à cela sont évidentes : mauvaises semences, matériel agricole vieillissant et souvent dépassé, manque d’intrants en qualité et en quantité, paysans non encadrés depuis les années 80, disparition de l’ISRA à petit feu, non implication de la recherche dans la définition des politiques agricoles, élevage peu soutenu par les pouvoirs publics, produits agricoles insuffisamment valorisés, non maitrise de l’eau, non application de la loi AgroSylvoPastorale, etc. Un pays comme le Sénégal, majoritairement rural, ne peut être émergent que si son agriculture est performante : sécuritaire alimentaire garantie, une industrie agroalimentaire dynamique pour valoriser les produits agricoles. Une agriculture performante doit être le principal levier d’un Sénégal émergent.
L’enseignement supérieur est très malade
Pendant des années, les pouvoirs publics ont mis l’accent sur l’enseignement primaire et secondaire en considérant que l’enseignement supérieur n’est pas un vecteur de développement. Une grossière erreur qui explique les difficultés actuelles du secteur: trop de bacheliers et peu de places pour étudier, surpopulation de l’UCAD avec ses conséquences sur les conditions et qualités de l’enseignement. Les vrais problèmes de l’enseignement supérieur sont le retard accumulé pendant des années dans l’ouverture de nouvelles universités et le caractère non sincère du budget de l’UCAD. Il a été prouvé qu’il y a une corrélation positive entre l’émergence d’un pays et son système d’enseignement supérieur. Le Sénégal doit faire encore beaucoup d'efforts dans la formation de ses cadres dans des universités et des écoles modernes. C’est un préalable incontournable à l’émergence.
Les Sénégalais manquent de patriotisme économique
Le Sénégalais, y compris l’Etat, pense, souvent à tord, que les produits importés sont meilleurs que ceux fabriqués localement. C’est ainsi que l’Etat meuble ses service avec de l’importé, délaisse souvent nos experts en faveurs des étrangers qui ne sont pas toujours meilleurs que les nôtres.
Le consommateur sénégalais préfèrent s’il a le choix les produits importés et ce comportement est non patriotique et anti développement.
Consommer local est un facteur de développement économique, social et culturel et donc un levier très important pour un Sénégal émergent.

La non émergence du Sénégal n’est pas seulement liée au manque de moyens financiers et autres, elle est aussi le résultat de nos comportements de tous les jours, du fonctionnement de la société sénégalaise, de la manière dont l’Etat définit et exécute la stratégie de développement économique et social du pays et gère les deniers publics etc.
Pour un Sénégal émergent, changeons, c’est nécessaire et c’est possible.



ProfesseurDemba SOW
Ancien Député






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