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Les piroguiers des enfers

Ils sont charpentiers, pêcheurs. Ils construisent des embarcations ou servent de passeurs à leurs compatriotes sénégalais volontaires pour une migration clandestine vers l’Occident. Un business de rêve, et de mort.


Rédigé par leral.net le Dimanche 18 Avril 2010 à 21:59 | | 0 commentaire(s)|

Les piroguiers des enfers
Massamba Diop revient de loin. Ce pêcheur sénégalais de 38 ans a survécu à l’un des périlleux voyages en pirogue qui mènent les candidats à l’émigration clandestine aux îles Canaries. Un trajet de 1700 kilomètres vers l’archipel espagnol, qui est l’une des portes d’entrée des Africains en Europe. Quand ils arrivent, les migrants sont recueillis par la Croix-Rouge puis transférés en Espagne. Là, ils se taisent pour éviter l’expulsion. D’autres poussent jusqu’en Italie ou en Suisse, et plus rarement jusqu’en France : l’ancienne métropole coloniale est comparée par les Sénégalais à un « fond de marmite brûlé ». A Paris ou Marseille, il n’y a plus rien à gratter.
Au Sénégal non plus. Les chalutiers étrangers, qui sillonnent les côtes depuis des décennies, ont épuisé la mer. « La pêche ne rapporte plus rien », se lamente le pêcheur Massamba Diop. Habitant de Yoff, un village adossé à l’aéroport de Dakar, il a investi tout ce qu’il avait dans son voyage pour l’Espagne. Quelque 650 000 francs CFA (1 000 euros), pour l’aller simple vers Tenerife. Massamba a embarqué avec 400 euros supplémentaires, une somme obligatoire et vérifiée par l’affréteur de la pirogue, pour que chaque passager puisse assurer seul son arrivée. Le pêcheur a réuni l’argent en vendant son fonds de commerce, sa petite pirogue de pêche, son moteur hors-bord et un radiocassette. Sa mère a complété en se séparant de ses quelques bijoux en or. Mais Massamba Diop est revenu au bout de onze jours, blanc de sel, les jambes enflées, déshydraté et épuisé. Alors que Tenerife était en vue, les intempéries et les garde-côtes espagnols qui patrouillaient ont contraint sa pirogue à faire demi-tour. Le GPS bloqué sur Dakar, ils ont fait tout le trajet en sens inverse.
Sur un total de 77 passagers, Massamba Diop en a vu mourir 28 - 11 à l’aller, 17 au retour. Avec d’autres, il a balancé les corps par-dessus bord. « On ne peut pas garder les morts plus de quarante-huit heures. Quand la seule femme de notre pirogue est décédée, nous avons mis longtemps avant de jeter son corps, par respect pour elle. » A grands gestes, il raconte comment les passagers tombaient au fond du bateau, la nuit, à cause de la fatigue, de la faim, du froid et de la peur. « Presque toux ceux qui sont morts n’étaient pas des pêcheurs et ne connaissaient pas la mer. Ils venaient du Mali ou des villes de l’intérieur, Tambacounda et Kédougou. Ils ont eu le mal de mer, ils ont beaucoup vomi et n’ont pas mangé pendant plusieurs jours. »
Au retour à Yoff, les survivants ont été détroussés par les pêcheurs qui les ont vus revenir. Ils ne se sont pas défendus, trop faibles pour protéger portefeuilles et bagages. La pirogue a aussitôt été débitée en planches, sur la plage, par les habitants du village, dans la crainte d’une descente de policiers en quête de preuves. Après deux mois de repos, Massamba Diop s’est rendu à Touba, une ville située à 200 kilomètres de Dakar, pour rapporter à la mère d’un ami le peu qu’il restait de son fils : une paire de chaussures. La nuit, dans sa chambre, sur son matelas mousse posé à même le sol, le pêcheur fait des cauchemars. « Quand je pense à ces gens qui sont morts sans que les familles puissent voir leur corps, ça me fait pleurer », dit-il. Mais l’idée de partir ne l’a pas quitté.
Il n’a pas d’idée précise de ce qu’il pourrait faire en Espagne. « Avoir une boutique de vêtements », hasarde-t-il, prêt à retenter l’aventure en pirogue. En attendant, il vit de petits boulots. Décharger un camion, en charger un autre. Dans sa maison étroite et grise, il n’y a pas d’électricité, coupée à la dernière facture impayée. Dans le village, où tout le monde se connaît, on sait qui a affrété sa pirogue. Un homme d’affaires lébou, une ethnie de pêcheurs très nombreux à Dakar. C’est un notable, qui a villa, voitures et plusieurs femmes, et la réputation de brasser les francs CFA par millions. Sur un seul départ, il réalise un bénéfice net de 35 000 euros, estime Abdou, l’un de ses amis entrepreneur, qui fait le calcul à voix haute : « Il suffit de faire la différence entre le prix du passage [77 personnes à 1 000 euros, 77 000 euros] et la mise de fonds avancée pour la pirogue [23 000 euros], le renforcement de la coque [9 000 euros], deux moteurs [6 000 euros], les réserves d’essence [3 000 euros), deux GPS pour se diriger en mer [450 euros], sans oublier 500 euros pour les gilets de sauvetage, trois sacs de riz de 50 kilos, deux sacs de sucre et trois sacs de charbon pour faire la cuisine. » Sur l’embarcation prise par Massamba Diop, il n’y avait que 50 gilets de sauvetage pour 77 passagers, pas de trousse à pharmacie et pas de cachet contre le mal de mer. Aujourd’hui, Massamba n’a plus rien, mais pas de rancœur. Il ne voit pas pourquoi il en voudrait à l’armateur. « Nous n’avons pas eu de chance, dit-il, c’est tout. »
Daouda Dione (1), charpentier sur un chantier naval de Rufisque, une commune à 25 kilomètres de Dakar, a construit plusieurs de ces grandes pirogues destinées à faire l’aller simple vers l’Espagne. Un business florissant depuis quatre ans, avec des tarifs qui n’ont cessé d’augmenter, passant de 500 euros par passager en 2006 à 1300 euros aujourd’hui. Ce prix n’a rien de prohibitif. A Dakar, il faut graisser la patte des fonctionnaires des consulats et débourser 7 000 euros pour décrocher un visa vers l’Europe. Depuis 2008, les pirogues sont moins nombreuses à partir. La crise y est pour beaucoup, au moins autant que Frontex, le dispositif policier déployé par le Sénégal, l’Espagne et la France pour surveiller les côtes et arrêter les pirogues au départ. « Nous avons trois pirogues prêtes en ce moment, mais pas de clients, raconte Daouda Dione. Les gens n’ont pas les moyens de payer le passage. » Il s’est lancé avec son frère sur ce marché, ayant compris tout le parti qu’il pouvait en tirer, quand les commandes se sont multipliées pour de grandes pirogues.
Ces embarcations de 20 à 30 mètres sont en principe destinées à des pêches en haute mer, pour des campagnes de trois semaines. Au lieu de transporter jusqu’à 5 tonnes de poisson, ces navires en bois chargent le maximum de passagers, entre 80 et 120 personnes, qui se serrent comme des sardines sur des bancs rudimentaires. Les commodités sont sommaires : un trou dans la poupe sert de toilettes. Pour organiser les voyages, les frères Dione n’ont pas recherché le bénéfice maximal. Ils ont plutôt dilué les risques en s’y prenant de manière collective, constituant des équipes de 10 personnes qui se sont partagé le travail et les bénéfices, environ 3 000 euros chacun. Le rabatteur est chargé de trouver les clients et de collecter l’argent. Un cuistot s’occupe des provisions de vivres et de charbon, tandis qu’un troisième larron est chargé de l’essence et un autre des deux moteurs. Un membre de l’équipage doit pouvoir retaper la pirogue en cas de problème pendant la traversée. Une précaution de charpentier, qui n’est pas toujours celle des armateurs, moins scrupuleux, dont les pirogues se disloquent en mer. Chez les Dione, deux hommes font office de pilotes, un autre se procure la bâche pour protéger de la pluie les passagers et les gilets de sauvetage. Le neuvième homme achète les GPS, et le dixième sert de « graisseur » (pour verser des bakchichs à la police et aux gardes-côtes) avant le départ, à raison de 1 300 euros pour chaque autorité. « Si vous ne payez pas, on vous arrête, explique le charpentier. Les affaires sont les affaires ! »

Règne de l’omertà
En principe, l’équipage qui assure la traversée ne fait jamais le trajet du retour. Les pirogues sont abandonnées à l’arrivée, et les matelots en profitent, eux aussi, pour tenter leur chance en Espagne. En plus des deux pilotes, chaque navire comprend quatre matelots, recrutés parmi les passagers, pas tous expérimentés. « Les meilleurs marins de la côte sont déjà tous partis », raconte Daouda Dione.
L’omertà règne sur les organisateurs du trafic. Les candidats à l’émigration cherchent à protéger les passeurs, des marchands d’espoir qui ne se vivent pas comme des criminels. « Nous ne faisons qu’aider les gens ! » affirme Daouda Dione, qui s’en remet à la volonté de Dieu pour ceux qui périssent en mer. Un voyage organisé par son frère a mal tourné, en 2008. La pirogue de 24 mètres, surnommée « le Titanic », a été arrêtée au départ. « Des gens nous ont trahis, raconte le charpentier. Sans doute parmi ceux qui voulaient partir alors qu’on était déjà complets. Tous les passagers, 115 personnes, sont partis en prison. » Le frère de Daouda a été condamné à sept mois de détention. Depuis sa libération, il se cache en Casamance, dans le sud du pays, pour éviter de rembourser les clients, comme le lui a ordonné le tribunal.
Djibril Diouf, élégant quinquagénaire en babouches et boubou, est installé dans le salon tout blanc de sa confortable maison de Thiaroye, une ville du bord de mer, en grande banlieue de Dakar. Il quitte son canapé de cuir, chapelet en main, pour s’asseoir sur une natte et raconter son histoire. Cet universitaire qui a « fait la France », comme on dit au Sénégal, enseigne le droit des affaires à la faculté de Saint-Louis. Il a perdu son fils, Alioune, 26 ans, en mai 2006. « Le matin quand je prie, je récite les noms des proches qui sont morts. Chaque fois que je dis le sien, je pleure. » Alioune a péri en mer avec 83 personnes. La pirogue dans laquelle il avait embarqué en Mauritanie a coulé au large des Canaries. « Il a dû penser à moi avant de mourir… S’il y en a un qui n’avait aucune raison de partir, c’était bien lui. »
Djibril Diouf avait mis son fils en garde contre les dangers du voyage, quand celui-ci lui avait menti, annonçant qu’il se rendait pour un travail à Nouadhibou, en Mauritanie. « Je ne suis pas né de la dernière pluie, sourit le père. Je sais bien qu’il n’y a pas de travail à Nouadhibou. Il y a surtout des pirogues et le mirage de l’Occident. »

Des guerriers et des lâches
Alioune avait un BTS de technicien et l’avenir devant lui, même en France, où ses parents auraient pu l’envoyer avec un visa en bonne et due forme. Le père est persuadé qu’il s’est laissé embarquer par une bande de copains. Quarante autres jeunes de son quartier, à Thiaroye, ont péri dans le voyage. Un phénomène de groupe a joué. Les rares qui refusent de partir passent en effet pour des « femmes », des lâches. « Ceux qui meurent en mer sont des guerriers, affirme Moustapha Diouf, un pêcheur de Thiaroye, expulsé du Maroc après l’échec de son voyage aux Canaries. Les guerriers sont partis, seules les femmes restent. » Blessé par la mort de son fils, Djibril Diouf en veut surtout aux « venants » de France ou d’Italie qui reviennent flamber pendant les vacances, entretenant le rêve de l’argent facile à l’étranger. « On les voit au bout d’un an ou deux, construire des maisons à étages, acheter une voiture, envoyer leur mère à La Mecque, explique Djibril Diouf. Les gens se disent : "Voilà ! Il faut envoyer les gosses en Europe." Ils ne se posent pas de questions. Ils ne se demandent pas comment les immigrés ont gagné tout cet argent, parfois dans des affaires louches. » Ce qui taraude ce père de famille, même s’il n’a pas osé en parler directement à son épouse, c’est de savoir si elle était « dans le coup ».
Sa femme, Yayi Bayam Diouf, marchande de poisson séché, a fondé avec d’autres mères de disparus le Collectif des femmes pour la lutte contre l’émigration clandestine (Coflec). « Au lieu de rester ici à pleurer, créons des activités économiques », dit-elle, assise derrière son bureau, devant le portrait de son fils. Alioune l’avait avertie de ses projets, deux semaines avant le grand jour. « J’ai dit non dans un premier temps, raconte-t-elle, et puis je me suis laissée convaincre. » Un mois plus tard, un cousin l’a appelée de Tenerife. « Leur pirogue a pris l’eau, et le temps qu’une autre pirogue avec laquelle ils voyageaient alerte la police espagnole, tous les passagers avaient disparu. » Deux corps seulement ont été retrouvés. Un fait-divers presque banal à Thiaroye, où on estime à 900 - depuis 2006 - le nombre de morts dû à l’émigration clandestine. Là encore, il n’est pas question de mettre en cause la responsabilité des armateurs, mais plutôt celle des pays qui ont fermé leurs frontières. « Je lance un appel aux femmes européennes, déclare Yayi Bayam Diouf. L’Europe doit ouvrir ses frontières. Il faut au moins une souplesse. Peut-être pas la porte ouverte à tous… Si l’Europe se barricade, les gens ne peuvent plus circuler librement, pour vivre dignement. »
Nongo Faye, 28 ans, est électricien automobile et président d’une association des « rapatriés d’Espagne ». Il passe ses après-midi à regarder la télévision, allongé sur un matelas, dans une arrière-boutique de Yarakh, village de la banlieue de Dakar. Il rechigne à sortir et poser dans la rue pour une photo. « Quand on part et qu’on revient sans rien, c’est l’enfer », explique-il. Ceux qui n’ont pas réussi le voyage sont l’objet de moqueries et de quolibets dans leurs quartiers. « Ta mère n’a pas bien travaillé », leur dit-on. L’expression, en wolof, relève d’une croyance populaire, selon laquelle les femmes n’ayant pas été des épouses et des mères attentionnées sont punies par les mauvais coups du sort.

« Barcelone ou la mort »
Nongo Faye avait un travail mais pensait gagner plus en Europe en devenant soudeur. L’homme qui a affrété les premières pirogues parties de Yarakh est un proche parent. Ce dernier raconte, sous couvert d’anonymat : « Des gens de Saint-Louis sont venus rabattre des passagers chez nous. Nous avons vu qu’avec l’argent des passagers, on pouvait acheter une pirogue et tout financer nous-mêmes. Les matelots et les capitaines du village sont partis les premiers. Ici à Yarakh, au moins quatre personnes sont parties dans chaque maison. Chez moi, ils sont sept. » Les pêcheurs ont été les premiers à se lancer, suivis par d’autres, chacun organisant son départ dans son coin, dans un secret qui semble avoir empêché la formation de vastes réseaux organisés. Nongo Faye, lui, a quitté la baie de Hann une nuit de mai 2006, avec 99 hommes. « Tout le monde était du quartier, tout le monde se connaissait », raconte-t-il. Au bout de sept jours, ils sont arrivés à Tenerife, mais les douaniers espagnols ont pris contact avec le gouvernement sénégalais. Un mois plus tard, ils ont été rapatriés par charter au Sénégal, après intervention du président Abdoulaye Wade. Du travail avait été promis à ces jeunes, qui attendent toujours les premiers financements pour de petits projets. Sur les 99 clandestins de sa pirogue, beaucoup sont repartis par la même voie. Ils téléphonent parfois d’Espagne, de Suisse ou d’Italie pour donner des nouvelles. « Certains s’en tirent bien, d’autres n’ont rien, d’autres se sont mariés. Moi, j’ai toujours envie de partir, mais pas en pirogue. C’est trop risqué. Dans notre quartier, une vingtaine de jeunes sont morts. »
Des centaines de Sénégalais, de Maliens et de Guinéens ont péri dans l’aventure, tentée en toute connaissance de cause. « Barça ou barsakh », « Barcelone ou la mort », telle est la devise, à Dakar, de ceux qui sont prêts à braver l’Atlantique, pour gagner de quoi faire vivre leur famille. S’il était possible, nul doute que le voyage en pirogue les conduirait jusqu’aux Etats-Unis, nouvelle frontière des immigrés sénégalais, depuis le début des années 90. « Mais les States, c’est autre chose, précise Abdou, entrepreneur à Yoff. Soit tu rentres avec le pognon, soit tu reviens dans un cercueil. »

Une forêt de mains suspendue
Au Sénégal, un pays dont le nom signifie « notre pirogue », en wolof, les drames des voyages vers l’Espagne sont bien connus. Les plus grands chanteurs du pays ont fait des chansons pour dissuader les jeunes de partir. Les tragédies se racontent, de quartier en quartier, comme celle d’un groupe de jeunes de Kolda, tous morts, alors que leurs aînés avaient vendu le troupeau du village pour payer le voyage. Les arnaques donnent aussi lieu à des récits enjolivés, sur tel groupe embarqué en Guinée-Bissau et débarqué à Mbour, au Sénégal, où les passagers croyaient avoir atteint l’Espagne.
Il n’empêche. Bien des Sénégalais veulent toujours partir. L’écrivain Abass Ndione, qui a enquêté et publié un roman (2) sur le phénomène des départs en pirogue, dit « comprendre » les jeunes qui veulent émigrer, coûte que coûte. « Pendant sa campagne électorale, l’actuel président avait dit : "Que ceux qui n’ont pas de travail lèvent la main." Une forêt de mains est restée suspendue, jusqu’à ce jour. La mer est saccagée, les usines ont fermé et la culture de l’arachide, qui faisait vivre une majorité de Sénégalais, est en pleine déliquescence. A l’université, on va d’année blanche en année blanche. Mêmes diplômés, nos jeunes n’ont pas d’avenir ici ! » La question de la responsabilité des armateurs se dissout en partie dans la religion, explique l’auteur. « Nous n’avons pas le même rapport à la mort qu’en Occident. Si Dieu a décidé qu’on mourra pendant la traversée, alors on mourra. Nous l’acceptons. » Il assure aussi qu’un certain sens du partage prévaut chez les armateurs lébous, qui redistribueraient les profits tirés du trafic de pirogues dans les quartiers défavorisés. Pour Abass Ndione, on assiste à une nouvelle traite négrière, dont les gouvernants d’Afrique et les employeurs d’Europe se partagent la responsabilité. Une traite des Noirs volontaire, où « les esclaves des temps modernes payent pour se jeter dans les mains des Blancs ».

Sabine Cessou http://www.aloufok.net/

(1) Ce nom a été changé.
(2) « Mbëkë Mi : à l’assaut des vagues de l’Atlantique », Gallimard, Paris, 2008.






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