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Les rebelles syriens livrent la bataille de Damas

le 18 Juillet 2012 à 13:35 | Lu 591 fois

Pour la première fois, le pouvoir a eu recours aux hélicoptères contre des insurgés repliés autour de la capitale syrienne.


Les rebelles syriens livrent la bataille de Damas
Que se passe-t-il dans les faubourgs de Damas? Les combats qui s'y déroulent depuis trois jours sonnent-ils le glas du régime de Bachar el-Assad, comme le jurent certains opposants? Ou s'agit-il simplement d'un nouvel épisode dans un affrontement qui se rapproche du cœur du pouvoir, entre les rebelles et une armée qui jouit toujours d'une nette supériorité militaire?

Mardi, pour la première fois, des hélicoptères sont entrés en action, mitraillant le quartier de Qaboun au nord de la capitale, où se trouve le gros des rebelles. Un responsable de l'opposition assure même qu'un de ces hélicoptères a été abattu au-dessus de Qaboun. Un autre a accusé l'armée d'avoir «bombardé les transformateurs électriques» du quartier. Les combats y auraient fait 33 morts parmi les insurgés, selon une source militaire citée par l'AFP.

Midane, à moins de trois kilomètres du centre de Damas, a également «été la cible de tirs d'obus de mortier» et, dans la soirée,l'armée encerclait la mosquée Zine al-Abdine, après avoir lancé un ultimatum aux habitants afin qu'ils quittent les lieux avant un assaut. Les soldats sont entrés aussi à al-Tadamon, où restent encore «quelques poches de résistance», selon la même source militaire.

En milieu de journée mardi, des tirs nourris d'armes automatiques ont en outre été entendus au cœur même de la capitale. «La bataille pour la libération de Damas a commencé, et les combats ne cesseront qu'avec la chute de la ville. Nous allons vers la victoire», a déclaré à l'AFP Kassem Saadeddine, le porte-parole de l'Armée syrienne libre (ASL), qui regroupe les déserteurs et des civils en armes.

Stocks d'armes chimiques
Dans un communiqué, les Frères musulmans, influente composante de l'opposition, ont, de leur côté, appelé «les Syriens libres» à saisir ce «moment historique» en soutenant «la bataille centrale» des insurgés à Damas. Elle a été lancée, selon eux, en «riposte directe à l'apathie de la communauté internationale et au complot de la Russie et de l'Iran», deux pays alliés de Damas.

«Préparez-vous à devenir les soldats d'aujourd'hui dans la bataille décisive», ajoutent les islamistes. Il n'est pas sûr, toutefois, que la population commerçante de Damas et ses minorités, notamment chrétienne, inquiètes du chaos, les suivent dans cet appel aux armes contre Bachar el-Assad et ses fidèles.

La forteresse damascène reste en effet férocement gardée par les unités d'élite de la IVe Division, dédiée spécialement à la protection de la capitale. S'il est certain que jamais, en seize mois de révolte, le vent du boulet n'a soufflé aussi près du palais présidentiel, il n'est pas dit que ces combats constituent un réel «tournant», comme le répète l'opposition.

Sur place, un diplomate occidental relativise. «Ce n'est pas encore demain que le régime va s'effondrer, dit-il. Ces violences ne marquent pas un point de rupture, mais plutôt une forme nouvelle de harcèlement répété des opposants. Damas n'est pas à feu et à sang». Selon lui, le calendrier de cette offensive rebelle ne doit rien au hasard. «Elle coïncide avec les discussions à l'ONU sur la prolongation de la mission des observateurs, et elle intervient après la défection de l'ambassadeur de Syrie en Irak qui, depuis, multiplie les déclarations sur les armes chimiques, qui auraient été déplacées par le régime».

Washington a averti el-Assad qu'il le tenait responsable de la protection de ces stocks d'armes chimiques. Israël, de son côté, soupçonne le raïs d'avoir ramené une partie de ses forces du Golan, frontalier de l'État hébreu, vers Damas et d'autres zones de conflits à travers le pays. «Le régime veut que cette opération soit terminée avant le début du ramadan, vendredi», fait valoir un journaliste syrien proche du pouvoir.

Annan presse Poutine d'agir
Vladimir Poutine a promis mardi à Kofi Annan qu'il «ferait tout» pour soutenir sa mission en Syrie. À Moscou, l'émissaire de l'ONU a estimé que la situation avait atteint un «point critique», alors que les positions entre Occidentaux et Russes continuent de diverger sur le règlement de la crise.

Le Kremlin a durci sa position, refusant de soutenir à l'ONU une résolution prévoyant des sanctions contre Damas. Moscou s'en tient à l'accord de Genève, qui prévoit un processus de transition politique dans le pays. L'ambassadeur britannique aux Nations unies a néanmoins annoncé qu'un projet prévoyant des sanctions serait mis aux voix à New York. «J'attends que le Conseil envoie le message selon lequel les tueries doivent cesser et que la situation sur le terrain est inacceptable», a déclaré Kofi Annan.



Par Georges Malbrunot