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Les «sudistes» sont devenus des parias à Khartoum

le 9 Juillet 2012 à 14:47 | Lu 468 fois

Depuis l'indépendance du Sud-Soudan, le 9 juillet 2011, les autorités de Khartoum appliquent à la lettre la théorie de la séparation.


Les «sudistes» sont devenus des parias à Khartoum
Originaire du Sud-Soudan, elle venait à peine d'arriver à l'aéroport de Khartoum, son bébé dans les bras. Elle a été interpellée par les services de sécurité. On lui a pris l'enfant. Motif: le bébé était beaucoup plus clair que la maman. Il avait les traits des tribus du Nord. Il fallait donc les séparer et mettre le bébé sur des listes d'adoption. La mère a mis plusieurs mois pour récupérer son enfant…

Incroyable mais vraie, cette histoire est relatée par Albaqir Alafif Muhktar, directeur du centre KACE (al-Khatim Adlan Center for Enlightment). Le chercheur conclut: «Dans ce pays, tout est basé sur la différence de couleurs, de cultures, d'ethnie ou de sexe. La séparation avec le Sud-Soudan n'a rien arrangé aux réflexes de discrimination.»

Depuis le référendum d'autodétermination qui a abouti à l'indépendance du Sud-Soudan, le 9 juillet 2011, les autorités de Khartoum appliquent à la lettre la théorie de la séparation.

Marginalisation
Les «sudistes» en sont les premiers à en faire les frais. Ceux qui n'ont pas pu (ou n'ont pas voulu) profiter des vols gratuits se sentent discriminés. Les ex-fonctionnaires n'ont plus aucun avenir. Sabit, par exemple, travaillait dans l'Éducation nationale. «On a reçu notre lettre de licenciement il y a exactement une année», explique-t-il en montrant une copie de l'avis, le limogeant à partir du 8 juillet 2011, la veille exactement de l'indépendance du Sud-Soudan. Sabit a eu pour indemnités 2700 livres soudanaises (moins de 500 USD). «Même pas de quoi acheter un ticket pour Juba sur un vol commercial», conclut-il.

Si les enseignants ont été les premiers limogés, docteurs, avocats, employés de banque ou autres professions libérales ont aussi été touchées. Une employée de banque, originaire des Montagnes Nouba, nous explique que l'une de ses collègues a été contrainte de démissionner. «La plupart de mes amis sont à l'étranger. Certains sont au Kenya, d'autres en Ouganda. Beaucoup d'entre nous n'ont jamais vécu au Sud-Soudan et n'ont aucune intention d'y aller», confie-t-elle. «Mais que faire ici? En plus, on nous soupçonne maintenant de fomenter la révolution contre le président el-Béchir», conclut l'employée de banque.

Le maire de Khartoum avait déclaré fin juin que les protestations étaient organisées par les «étrangers». Le mot arabe utilisé par le président Béchir pour qualifier les manifestants signifie «qui ne sont pas des vrais Soudanais».


Par Caroline Dumay