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Les taalibe : la guerre des chiffres

L’effectif des taalibe constitue de nos jours un véritable casse-tête, une véritable guerre des chiffres qui varient d’une institution à une autre, d’une Ong à une autre, d’une association à une autre, etc. Les estimations peuvent souvent varier du simple au triple. Le thème de l’enfance touchant une corde sensible dans l’opinion publique, surtout celle publique internationale, les leaders d’Ong exagèrent les effectifs des taalibe de manière à faire augmenter les financements.


Rédigé par leral.net le Jeudi 14 Mars 2013 à 03:20 | | 3 commentaire(s)|

Les taalibe : la guerre des chiffres
En effet, face à la sensibilité de la problématique de la mendicité des taalibe, les bailleurs de fonds allouent des ressources financières aux organismes qui œuvrent dans la lutte contre ce phénomène. Cela a entrainé, à coté de l’Etat et de ses démembrements, une prolifération d’intervenants, appelés dans le jargon des opérations développementalistes "courtiers" ou "intermédiaires", avec l’unique motivation, le captage de fonds destinés aux enfants démunis. Il s’agit d’Ong, d’Ocb, d’associations religieuses.
Les Ong et les Ocb servent d’intermédiaires entre les bailleurs de fonds occidentaux et les taalibe ; les associations islamiques servent d’intermédiaires entre les pays arabes et les taalibe. La survie des intermédiaires dépend directement de leur insertion dans l'arène développementaliste et ils sont engagés dans des stratégies de captation des ressources allouées aux enfants démunis. Ils se mènent une véritable concurrence et l’Etat se refuse de jouer son rôle dans la régulation et la coordination de ces ressources. Ils amplifient à dessein les conditions de vie déjà drastiques des taalibe et amplifient leur nombre.
Au Sénégal, déjà en 1967, un recensement effectué par le Secrétariat à la promotion humaine chiffre l’effectif des enfants taalibe mendiants, âgés de 6 à 14 ans, à 6.300 pour la ville de Dakar. Au début des années 1980, les recensements effectués par l’Union Nationale des Écoles Coraniques (Unec) estiment l’effectif des taalibe au Sénégal à 60.000. En 1989, la Gouvernance estime qu’il y avait dans la région de Dakar plus de 90.000 mendiants. En octobre 1991, une étude de l’Unicef sur la situation de l’enfant et de la femme au Sénégal évalue de 50.000 à 100.000 le nombre de taalibe mendiants.
De nos jours, une partie des médias reprennent les statistiques données par Pape Tall dans la revue Jeuda 109, dans son analyse de l’économie de la mendicité des taalibe. Il a soutenu que les taalibe sont au nombre de 100.000 et qu’ils reçoivent 100 francs Cfa les jours ordinaires, 500 francs Cfa les jours ordinaires de vendredi, 600 francs Cfa lors des jours de sacrifices et offrandes ordinaires et 1.000 francs Cfa lors des jours de sacrifices et offrandes de vendredi. D’après sa conclusion, la mendicité des taalibe rapporte 2.280.000.000 francs Cfa par mois.
Mais, ce chiffre est contestable puisque rien ne prouve que les taalibe sont au nombre de 100.000 ; même si les taalibe étaient au nombre de 100.000, ils ne se livrent pas tous à la mendicité ; même s’ils se livraient tous à la mendicité, il y en, a sans aucun doute, certains qui ne versent pas d’argent à leurs seriñ-daara. Aucune institution officielle, l’Etat et l’Inspection des daara y compris, ne connait l’effectif des taalibe au Sénégal.
L’Etat, les journalistes et les universitaires etc. doivent savoir que le calcul des revenus de la mendicité réalisé par Pape Tall n’a rien de scientifique et est sans aucun fondement plausible. Il a pour ambitions d’aggraver l’ampleur du phénomène de la mendicité afin d’inciter les bailleurs occidentaux à débloquer davantage de fonds pour la lutte contre ce phénomène. Cette attitude n’est pas seulement spécifique au Sénégal car des chercheurs ont noté dans d’autres pays que, selon les intérêts qui sont en jeu, le processus de sur évaluation, de sous estimation et même de négation de certains phénomènes est très fréquent.
L’impossibilité de déterminer l’effectif et les revenus de taalibe est prouvée par le fait que les chiffres de Pape Tall et des Ong ne précisent pas de quels types de taalibe dont il s’agit. S’agit-il de taalibe-mendiants ou de taalibe-non mendiants ? On ne sait pas non plus sur quelle localité porte les recensements ? Est-elle la ville de Dakar, la région de Dakar, l’ensemble du territoire sénégalais ? Ces chiffres ne dissocient pas les taalibe des enfants de la rue. Il peut s’agir du nombre d’enfants mendiants, du nombre de taalibe-mendiants, du nombre d’enfants de la rue, ou encore du nombre global de taalibe.
Or, la composition des enfants de la rue est très hétérogène ; il y a : des enfants issus de familles disloquées, des enfants non-reconnus par leurs pères, des enfants abandonnés, des enfants orphelins de père et/ou de mère, des enfants-jumeaux, des enfants maltraités par leurs parents ou par leurs tuteurs, des enfants issus de familles de drogués, des enfants de mendiants, des enfants dont le père et/ou la mère est en prison, des enfants rejetés par leurs familles à cause de leur délinquance, des enfants ayant honte de retourner chez eux après un séjour en prison, des enfants handicapés utilisés comme mendiants, des enfants conducteurs d'aveugles, des fugueurs échappés d'une daara, des exclus du système éducatif, etc.
Egalement, comme l’a noté Khadim Mbacké, rien ne prouve que la majorité des enfants mendiants sont des élèves de l’école coranique. Il est vrai qu’au départ, ce sont ces élèves qui mendiaient, mais on trouve de nos jours beaucoup d’enfants mendiants qui n’appartiennent à aucune école coranique. Ce qui ne les empêche pas de s’arroger le titre de taalibe sachant que seul ce titre peut justifier leur comportement aux yeux des donateurs et susciter leur sympathie.
Au Sénégal, certaines personnes considèrent, à tort, comme taalibe tous les enfants sales qui se livrent à la mendicité. Mais, le taalibe ne se définit nullement à travers la mendicité ; ces deux concepts sont même indépendants l’un de l’autre, car il existe des taalibe qui se livrent à la mendicité, comme il y’en a d’autres qui ne la pratiquent pas. Aussi des aveugles et des handicapés quémandent, mais cette mendicité ne fait pas d’eux des taalibe ; ils sont tout simplement des mendiants et non des taalibe. Si le taalibe se définissait par la mendicité, tous les taalibe seraient des mendiants et tous les mendiants seraient des taalibe.
Pour nous, le taalibe est toute personne confiée à un seriñ d’une daara auprès de qui il étudie le Coran et/ou les sciences islamiques en vue d’une maîtrise du Coran, des connaissances, des valeurs et des pratiques de l’Islaam. Á la lumière de cette définition, nous retenons que tout taalibe est sous la responsabilité d’un seriñ-daara et étudie impérativement le Coran et/ou les sciences islamiques et cette éducation se déroule dans une daara.
Ces taalibe sont de deux ordres : d’un coté, les baydo qui sont les petits taalibe qui apprennent uniquement le Coran ; de l’autre, les sanda qui sont les grands taalibe qui allient l’apprentissage du Coran et des sciences islamiques et littéraires ou qui ont déjà mémorisé le Coran et qui restent dans la daara pour la révision et l’apprentissage des sciences islamiques et littéraires.

Mouhamadou Mansour Dia
Docteur en Sociologie, chercheur à l’Ucad, spécialisé en sociologie des religions
Email : almansourdia@hotmail.com



1.Posté par Pape Tall le 14/03/2013 22:18 | Alerter
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Well! Me sentant visé dans cet article qui m'accuse de gonfler des chiffres pour "capturer" des fonds de la part des bailleurs, je veux apporter quelques éclaircissements. D'abord je ne travaille pas pour les ONG ni pour l’État. Je suis un indépendant et cette étude qui date de 2003 et publiée partiellement par Enda ne me lie pas (plus) à cette organisation. Je n'ai pas la prétention d'être "scientifique"; mais sur la base de documents de l'UNICEF et du ministère de la femme et de la l’enfance de l'époque; évaluant le nombre d'enfants mendiants à 100.000; j'ai fait des hypothèses et des projections qui ont abouti à ce chiffre; j'avoue; faramineux. Par ailleurs; l'objectif n'était nullement de jeter l'anathème sur les Maîtres d'écoles coraniques; mais de souligner la "solidarité" envers les mendiants qu'il faut organiser...Dans cette même étude, je donne la parole à certains Maîtres d'écoles coranique qui justement fustigent l'attitude des ONG et autres associations qui se "nourrissent sur leurs dos". J'ai quitté Enda en 1998 et c'est en 2003 que j'ai mené de manière indépendante cette étude sous le titre "Begging children; their hope; their future! do children rights mean anything to them? : et qui m'a valu de recevoir le prix CLAUDE AKE pour la recherche en Afrique sponsorisé par l'African Studies Association et the African American Institute. well! je n'ai pas la prétention d'être scientifique, mais je suis un homme de terrain et à l'occasion; peut -être que Monsieur le Docteur en Sociologie, si vous voulez me rencontrer nous pourrions discuter de ces aspects sociologiques de la mendicité. Ces actions; Monsieur Dia; le très scientifique, me poussent depuis 2005 à m'occuper de filles mendiantes qui en même temps vont à l'école. J'ai fait un documentaire la-dessus que je tiens à votre disposition et à celle de votre département à l'UCAD. Question? Malgré l'existence des scientifiques dont vous faîtes brillamment partie; qu'est ce qui a fondamentalement changé? A part me taxer d'opportuniste sans me connaître; qu'avez vous fait pour l'éradication de la mendicité des enfants; qui comme nous le savons; viennent mendier jusque dans vos salles de cours? N'alimentons pas le débat dans cette lancée. La question est de se dire; que depuis la première expérience de DAARRA moderne en 1972 par madame Koité et dont Monsieur Mamadou Wane devenu plus tard le Monsieur Enfance de l'UNICEF fût; il y a bien peu de choses réalisées pour l'éradication de ce fléau; et que si ce terrible accident qui a tué des talibés avait touché d'autres enfants "normaux", la science sociale ne se serait pas soucié de cette frange de la société dont la situation est fort déplorable...Mes condoléances; à leurs familles, à leurs Maîtres; au Sénégal...La suite quand vous voulez...Paix et Amour sur Terre.

Pape Tall (Abdoulaye de son vrai nom).

2.Posté par Sociologue??? le 15/03/2013 09:46 | Alerter
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M. Dia,
Si vous voulez vous faire un nom, vous avez utilisé la pire de méthode... si je me rappel encore la logique scientifique Durkheim, le fait scientifique est conquis, construit et constaté. la démarche scientifique vous recommande de faire des recoupements, de rencontrer M. Tall, de recueillir ses motivations et enfin d'apporter des contres arguments à son analyse. Vous n'avez opposé à M. Tall aucun chiffre vous avez simplement tiré sur des chiffres bien sourcés. Je pense que tout chercheur se base sur des chiffres disponibles (et qui sont le plus crédible possible) aujourd’hui la population du Sénégal est estimée à environ 13 million de personnes, toutes les analyses tournent autour de ce chiffre à titre d'exemple. Comment dénier les chiffres de l'organisation des nations unies pour l'enfance sur un phénomène pareil??? quels sont vos chiffres M. le Chercheur..... Je peux comprendre que des "Vulgaires" (au sens Durkheimien du terme) s'attaque à des entité comme des ONG, c'est pardonnable, mais qu'un chercheur de surcroit Docteur en Sociologie fasse des attaques si gratuites et si légères sur des organisations que manifestement vous ignorez leur nature, leur composition et leurs idéaux..... ces caricatures d'une légèreté énorme ne sont pas digne de votre titre M. Tall, je travail depuis plus de 10 ans dans une ONG où je m'occupe des questions de l'enfance. Que les enfants en rupture familiale (enfants de la rue ou dans la rue) ne sont pas tous des enfants talibés tout le monde le sait, on a pas besoin d'être Docteur en Sociologie pour le savoir... cependant ceci doit il empêcher de combattre la mendicité des enfants, car à mon avis, combattre la mendicité des enfants "talibés" réglerait le problème de tous ces enfants qui utilisent la situation de talibé comme vous le dites et avec eux les prédateurs qui exploitent des enfants qui n'ont rien à voir avec l'apprentissage du coran. En définitive, je vous conseillerai, M. Dia de bien vouloir quitter les murs de l'UCAD et d'aller vous familiariser avec le phénomène, d’emprunter à Malinowsky sa fameuse observation participante pour mieux connaître les ONG. parfois j'ai honte quand on exige que je couche sur une feuille ma profession, j'ai des fois honte d'écrire SOCIOLOGUE.

3.Posté par Pape tall le 16/03/2013 12:38 | Alerter
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Well! je vois que la polémique s'enfle, mais je pense humblement qu'il faut y mettre un terme pour construire un débat positif. En passant, merci Monsieur le SOCIOLOGUE anonyme pour la pertinence de vos remarques qui nous réconcilie avec sociologie. Je pense que la meilleure des démarches est de chercher parmi toutes les voies préconisées, qu'elles sont celles qui peuvent être en synergie pour le bien être des enfants en général et des enfants mendiants en particulier. Moi ma démarche est de me mettre constamment en contact et auprès des personnes avec qui je chemine, d'inclure leur part de réflexion et d'analyse pour les entraîner dans la recherche de solution. Pour avoir fait 15 ans au sein de Enda-jeunesse action que j'ai contribué à mettre en place en 1985 et au sein de laquelle justement j'ai occupé (entre autres) le poste d'animateur du volet enfants et jeunes de la rue (que nous avons plus tard appelé enfants et jeunes en rupture), je sais que la meilleure manière de réaliser des progrès dans ce domaine et de les rendre partenaires et responsables de leur avenir...Bon, je ne vais pas m'épancher outre mesure, mais j'aimerais quand même vous demander M Dia d'arrêter de m'éclabousser dans tous les médias du pays et d'utiliser mon nom dans un débat insipide et nauséabond. Paix et Amour sur Terre

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