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Lettre ouverte à Macky Sall : soyez un homme d’honneur, pour une fois !

« Le Chef ne fait pas l’acquisition des moyens dont il a besoin pour assumer ses responsabilités la veille de sa prise de fonction. C’est tout au long d’un parcours qui commence à l’école maternelle qu’il noue les relations qui s’avéreront bénéfiques, ou funestes, lorsqu’il sera parvenu au sommet ».


Rédigé par leral.net le Samedi 16 Janvier 2016 à 19:12 | | 3 commentaire(s)|

Lettre ouverte à Macky Sall : soyez un homme d’honneur, pour une fois !
On ne vous connait pas d’amis d’enfance, malheureusement, ou de vieux compagnons. Ceux qui se réclament vos amis vous ont côtoyé fort opportunément au moment de la fin de votre traversée du désert, quand enfin vous accédiez au cercle restreint des collaborateurs de Me WADE. Ce brave vieil homme échaudé par l’épisode traumatisant de sa rupture avec Idrissa SECK avait alors décidé de s’entourer de farfadets serviles qui ne « lorgneraient pas le fauteuil présidentiel » !

Sur ce point, Souleymane Jules DIOP avait raison lui qui disait qu’il fallait être Me WADE pour insuffler à un terne employé qui n’aspirait qu’ à devenir chef de division dans sa société la conviction qu’il était taillé pour être un vrai homme de pouvoir !

Aujourd’hui, après trois ans, qu’est-ce que vos compagnons vous auront-ils apporté ? Il paraitrait que vous ne les écoutez même pas ! Les autres sont des flatteurs qui vivent à vos dépens et qui sont si bien engoncés dans leurs habits de nouveaux riches qu’ils vous travaillent au corps pour vous pousser à vous dédire.

Retenez que « l’esprit critique du chef doit être démultiplié par celui de ses collaborateurs. L’esprit courtisan est l’ennemi, votre ennemi, MACKY. En flagornant, le collaborateur servile aide le chef à se tromper ». Combien de milliards avez-vous jeté dans la construction du centre de conférences de Diamniadio ? Aujourd’hui qu’il est sorti de terre, qu’est ce que cela vous a apporté, à part la fierté d’y plastronner et de faire un pied de nez provocateur à Me WADE, en le baptisant du nom d’Abdou DIOUF ?

Si seulement ils pouvaient vous défendre, ou massifier votre parti ! Nous nous rendons compte qu’avec vos collaborateurs ridiculisés partout, « nous sommes dans une société de spectacle, où il est dorénavant jugé préférable de parler jusqu’à ce qu’on ait quelque chose à dire afin d’occuper l’attention et d’éviter de se faire supplanter par plus bavard que soi. Inutile de souligner la misère intellectuelle qui régit ce monde des apparences », votre monde à vous. Que sont devenus tous les slogans grandiloquents que vous nous avez servis ? Ils sont tous passés de mode, à l’épreuve de la dure réalité de chez nous marquée par la misère, toujours la misère, et l’extrême pauvreté qui frappe toutes les couches sociales.

Vous êtes tout seul face aux attentes immenses de votre peuple, avec pour seuls outils un PSE qui tarde à prendre en charge leurs attentes, parce que vous vous êtes entourés de collaborateurs plus opportunistes que compétents, qui vous retardent et fragilisent votre position, en vous rendant chaque jour plus impopulaire face à un électorat revanchard qui attend stoïquement les élections pour vous amener à la retraite politique. Sun TZU avait vraiment raison, lui qui disait « qu’un souverain qui arrive à mettre la main sur la personne qualifiée connait la prospérité, celui qui n’y parvient pas sera anéanti ».

Vous êtes arrivé au pouvoir, obnubilé par le mirage suicidaire du pouvoir et de l’argent comme but principal, malheureusement. Ce faisant, vous avez certes conquis une place de chef, mais en êtes-vous véritablement un ?
Vous avez choisi la logique de la confrontation en lieu et place du dialogue constructif avec les forces représentatives de votre peuple. Vous les provoquez, vous les tancez. Vous les menacez, et enfin, vous les emprisonnez.

Rappelez-vous seulement que « le chef qui se drape dans le pourpre dissimule son manque d’assurance derrière son orgueil. Le chef qui ne parle qu’à ses pairs ne peut prétendre diriger des gens qui n’existent pas à ses yeux. Le chef qui passe à l’offensive à la moindre résistance est un dangereux boutefeu » : vous vous en êtes violemment pris à tous ceux qui vous harcèlent pour que vous respectiez votre serment, MACKY. Vous en avez même oublié que vous étiez dans une cérémonie religieuse la dernière fois, tellement vous en vouliez à tout le monde. Vous avez houspillé tout le peuple sénégalais et voué aux gémonies la presse libre, le seul espace de liberté par lequel notre démocratie respire encore.

Souvenez-vous, MACKY, que « le leader ne parle pas, il met en forme l’action par sa parole. Communiquer, c’est agir ».
Faites ce que vous aviez dit. Et la polémique futile qu’entretiennent vos collaborateurs et que vous attisez par votre discours va t’en guerre cessera alors.

Sinon, campez courageusement sur la logique de la confrontation, et bientôt vous arriverez au village de si je savais, MACKY.

Dialoguez avec l’opposition. Il est temps. Il y va de votre propre intérêt. C’est ce que le peuple sénégalais attend de vous, MACKY. Par là vous montrerez que vous êtes grand, et que vous prenez de la hauteur : « l’esprit de négociation est une preuve de sang froid, pas d’une marque de faiblesse, MACKY. L’absence de négociation, c’est l’action unilatérale. Elle peut réussir si on est en position de force, mais elle aura un prix à terme lorsque le contexte aura évolué et que cette force ne suffira plus à conserver l’avantage ».

En ce moment-là, vous regretterez tardivement, de ne pas avoir su que « le courage dans la prise de décision requiert de la pédagogie, plutôt que de la violence verbale ».

Vous êtes enivré par la toute puissance jouissive de votre position. Vous avez votre presse des cent. A force de vous l’entendre dire, vous avez fini par vous convaincre que vous seul déteniez la vérité, et que votre parole valait parole d’évangile.

C’est que quand tout le monde vous écoute et semble vous dire à l’avance qu’il est convaincu par vos propos, vous en oubliez que votre interlocuteur ce n’est pas votre entourage proche de flatteurs, mais c’est le peuple sénégalais dans son ensemble.

Vous en oubliez votre rang, et descendez de votre piédestal, pour entrer dans un débat dans lequel vous n’avez rien à faire. Vous avez tellement de gens qui peuvent parler pour vous. Malheureusement, « la surmédiatisation des sociétés démocratiques conduit parfois à se laisser griser par son propre discours. La tentation est grande alors de sortir de son domaine de compétence pour entrer dans le débat public. Après tout, le flot d’inepties entendus ça et là donne envie de mettre le pied dans le plat », si on perd de vue qui on est.

Et cela vous arrive souvent, trop souvent, MACKY.

Un journaliste disait l’autre jour que dans un pays où régnaient la corruption et la dictature, la place des honnêtes gens était la prison.

J’y ajouterai que « dans une démocratie, le pouvoir sans vertus est en sursis, on peut certes y accéder, mais on ne peut s'y maintenir. »

Reprenez-vous, MACKY. Demain, il sera trop tard. Vous accrocherez-vous au pouvoir envers et contre tous, ou tournerez-vous le dos aux vils courtisans qui vous poussent à choisir le déshonneur ?

Rappelez-vous cette phrase historique de Churchill au premier ministre d’alors, qu’il a remplacé :

« Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ».
Soyez un leader MACKY, choisissiez comme nos ancêtres l’honneur qui vous appelle. Et reprenez-vous, après avoir tant balancé !

Cissé Kane NDAO
Président de l’A.DE.R






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