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Lettre ouverte au Président directeur général d’Eiffage Sénégal


Rédigé par leral.net le Vendredi 23 Octobre 2015 à 12:10 | | 6 commentaire(s)|

Lettre ouverte au Président directeur général d’Eiffage Sénégal
J’ai choisi de m’adresser à vous par ce canal, peu confidentiel, j’en conviens. La raison est simple : je souhaite vous exposer publiquement une préoccupation qui est aussi celle de beaucoup de mes compatriotes avec qui je partage les effets induits par notre proximité avec l’autoroute à péage et prendre à témoin le Peuple sénégalais à la tête, duquel Monsieur le président de la République.

Monsieur le Président directeur général, j’habite Rufisque et comme beaucoup de mes voisins, j’emprunte l’autoroute à péage deux fois par jour en compagnie de mes deux filles inscrites à l’école de Dakar, et de mon épouse qui y travaille. En effet, ma Cité se situe en bordure de l’autoroute à péage, du côté de la Centrale électrique de Kounoune. Cette Cité, nous l’avons baptisée «Salama», nom qui résume notre volonté de construire un espace qui garantit à nos familles un plein épanouissement dans la paix et la sécurité.

Monsieur le PDG, vous devez sûrement vous demander pourquoi je vous raconte tout cela et en quoi, cela vous regarde-t-il. Je ne vous donnerai qu’une seule raison, mais elle me semble tout à fait suffisante : ma situation de riverain et d’usager de l’autoroute, Dakar-Diamniadio fait de moi un interlocuteur représentatif de toutes les personnes qui ont quelque chose à vous faire savoir. En leur nom et au mien, à défaut de pouvoir arriver jusqu’à vous, je vous écris donc cette lettre.

Monsieur le Président directeur général, avant la construction de l’autoroute à péage – personne ne peut le nier- Dakar était très loin de Rufisque. De longues heures étaient nécessaires pour couvrir les quelques kilomètres qui séparent la vieille ville de la Capitale sénégalaise. Si l’autoroute a certes réglé ce problème, elle en a créé d’autres plus graves. Et c’est de ces choses-là que je souhaite vous parler.

Monsieur le PDG, vous a-t-on dit que le pont piéton de Rufisque s’est effondré, heurté par un camion comme cela peut arriver sur toutes les routes ? Vous me direz que ce n’est pas la première fois qu’une passerelle s’effondre au Sénégal. Mais savez-vous que c’est arrivé un lundi matin, jour d’école. Il ne devait pas être loin de 13 Heures, l’heure à laquelle nos enfants, nos femmes et nous-mêmes avons l’habitude de regagner nos maisons, arpentant le pont dans les deux sens ?

Pouvez-vous, un seul instant, imaginer ce qui aurait pu se passer, si ce camion fou avait accroché le pont au moment où l’école d’à côté avait libéré ses potaches ? Savez-vous que par chance, aucune voiture n’a croisé ce bolide de la mort sous le pont ? Je ne veux pas penser à ce qui aurait pu arriver ce jour-là ? Vous aussi, je suppose. Vous rappelez-vous le prix élevé que le Sénégal a payé à la négligence avec l’accident du bateau «Le Joola» : des milliers de morts. Quelle relation, me direz-vous avec ce qui s’est passé ce jour ? C’est simple et évident : Il n’y a qu’un pont mal construit qui s’effondre aussi facilement parce que, heurté par une voiture, même si c’est un camion.

Pour «Le Joola» comme pour le pont de Rufisque, et peut-être pour tous les autres ponts sur l’autoroute, il y a eu négligence. Monsieur le Directeur général, fatalement une question se pose : De la sécurité des usagers, des Sénégalais tout court ou de la rentabilité des recettes qu’est-ce qui est prioritaire pour Eiffage ? Monsieur le Président directeur général, le Sénégal est encore en deuil avec le drame de Mouna en Arabie Saoudite. Peut-être que le Bon Dieu, dans sa mansuétude, ayant pris nos concitoyens en pitié, a éloigné tout être vivant du lieu où l’irresponsabilité et la négligence de vos ingénieurs et techniciens auraient pu produire un nouveau drame.

Nous venons d’apprendre la mort d’un des chauffeurs du camion qui a heurté la passerelle. Perdre une vie, dans ces conditions, même si c’est peut-être par lui que l’accident est arrivé, c’est inacceptable. Ce qui s’est produit est très grave et révèle à quel point on se soucie si peu de la sécurité des usagers. Et je suis amené à me demander, et je crois que tous les usagers de cette autoroute se posent la même question, – si les deux mille huit cents francs que je verse à Eiffage, quotidiennement ne sont pas le prix pour grossir le nombre de toutes ces victimes des négligences coupables.

Car, Monsieur le PDG, les dangers sur cette autoroute, ce ne sont pas seulement les ponts qui tombent. Mais c’est aussi des cailloux jetés à partir des ponts . Vous allez me dire par des irresponsables et des mauvais citoyens comme ceux qui heurtent les passerelles où essaient de les traverser en voiture. Je serai d’accord avec vous mais je vous demanderez ceci : Où est le contrôle de gabarit ? Où est l’éclairage sur l’autoroute ? Où est la sécurité ? Où est l’assistance dont pourraient avoir besoin les usagers en difficulté sur ce tronçon ? Ah oui, là, je vous entends vous empresser de me rétorquer ceci : «il faut juste appeler les numéros de secours bien en vue sur l’autoroute».

Oui, c’est vrai, je vous le concède : on est tout de suite «secouru». Mais à quel prix ? Combien faut-il débourser pour voir l’autoroute «nettoyée» d’une voiture en panne ? La rondelette somme de 15 mille francs, quand bien sûr vous avez une toute petite voiture. Elle est alors déposée au péage de Rufisque et le propriétaire sommé de la récupérer au plus vite, au risque de se voir taxer, le temps de stationnement. On me dira qu’une autoroute qui doit rapporter beaucoup d’argent le plus rapidement possible –trente ans, cela file vite, on a surtout besoin de voitures qui roulent et non de voitures en panne. Je ne ferai à personne l’affront de dire que c’est cher, mais tout le monde pourra conclure sur ce chapitre et se demander combien coûte vraiment le temps que l’autoroute fait gagner aux usagers.

Ce prix, nous le payerons tant que nous le pourrons. Quand nous ne pourrons plus payer, nous devrons quand même continuer à aller à Dakar, notre Capitale ; nous irons à Dakar pour aller travailler et nos enfants pour aller à leur école. A ce moment-là, se posera alors une question cruciale à laquelle il faudra bien répondre : Une autoroute, est-ce pour aller vite vers le bien-être et le développement ou pour filer à grande vitesse vers la mort et la pauvreté ? Monsieur le Président directeur général, je souhaite, pour terminer, vous parler maintenant de l’enclavement dans lequel nous a installés votre autoroute, qui pourtant devait être pour nous l’autoroute de l’avenir.

Le bus que vous avez mis en circulation dans notre quartier, ne nous fera pas oublier que cette autoroute qui devait nous ouvrir le monde nous a plutôt enfermés. Monsieur le PDG, savez-vous que du côté de la Cité Salama, de la Cité Yaye Dior, de toutes ces Cités que des Sénégalais s’évertuent à construire à la sueur de leur front, la vie s’arrête dès qu’une goutte de pluie touche le sol. Les populations qui y vivent ne peuvent plus en sortir.

Savez-vous, Monsieur, que des êtres Humains y tombent malades, des femmes devant accoucher y meurent ou y perdent leurs bébés ? Savez-vous que ni la police ? ni les sapeurs-pompiers ne peuvent y accéder même en cas d’urgence ? Savez-vous que nos morts risquent de pourrir entre nos mains, car même le chemin des cimetières nous est interdit aussi bien par les eaux que votre autoroute ne bloque que par le grillage qui l’entoure et le protège ?

Non, Monsieur le Président directeur général, vous ne pouvez pas ignorer toutes les peines et difficultés que nous pose et nous impose l’autoroute Dakar-Diam­niadio. On ne traverse pas l’autoroute, surtout quand il y a tous ces barbelés, on risque d’être écrasé ! On ne traverse pas une rivière en voiture, on risque de s’enliser ou de se noyer. Monsieur le PDG, ce n’était peut-être pas votre dessein, mais, sachez-le, vous avez fait des Cités que nous voulions, de paix, de liberté et de sécurité, des ghettos. Des humains libres ne supportent pas d’être embastillés dans un pays qui a toujours combattu l’apartheid.

Il vous appartient d’ouvrir une porte car, jusqu’à ce qu’on nous prouve le contraire, notre enfermement relève de votre seule et unique responsabilité. Monsieur le Président directeur général, excusez-moi, j’allais oublier de vous dire l’objet de ma lettre ! Monsieur le PDG, nous ne demandons rien d’autre que des ponts solides qui ne tombent pas sur la tête de nos enfants et une route pour sortir librement, pour aller travailler, soigner nos malades ou enterrer nos morts !

Mor Anta KANDJI
Président de l’Association pour Le développement de Salama.
Rufisque Nord






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