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Lettre ouverte aux chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO


Rédigé par leral.net le Mardi 15 Décembre 2015 à 22:26 | | 1 commentaire(s)|

Excellence Messieurs les Présidents de la République,

Au moment où vous vous réunissez au sommet pour réfléchir sur les voies et moyens permettant de préserver notre sous-région du fléau du terrorisme, les populations africaines se demandent si nos chers chefs d’Etat ne sont ils pas en train de mimer leurs collègues Occidentaux, qui à l’initiative de la France et sous le contrôle des Etats-Unis, Ont fait de la lutte contre le terrorisme, un prétexte pour harmoniser leurs politiques sécuritaires et améliorer les contre performances de leurs dirigeants dans les sondages d’opinion?

Sachez aussi que les populations de la sous-région gardent encore en mémoire la dégradante humiliation subie lors de la préparation de la Résolution 2071 du Conseil de Sécurité, votée le 12 octobre 2012 et relative à la crise du Nord Mali. Après plusieurs tentatives infructueuses de la part des experts de la Cedeao, il revenait finalement à la France de prendre les choses en main et d’élaborer un texte qui fut finalement adopté par les 15 membres du Conseil !

Rappelons que les autorités de transition du Mali avaient adressé, à l’époque, une lettre datée du 23 septembre 2012 à la CEDEAO au sujet des conditions de déploiement de ses forces au Nord Mali, face à son impuissance, la Cedeao n’avait pas trouvé mieux que de se réfugier, à son tour, au Conseil de Sécurité, par une lettre adressée au Secrétaire général de l’Onu, en date du 28 septembre 2012, lui demandant de prendre une résolution pour le déploiement de casques bleus dans la partie septentrionale du Mali. C’est pourquoi, les Africains, dans leur écrasante majorité, estiment de nos jours, que c’est grâce notamment à l’intervention musclée et prompte de la France que le Nord Mali a été « libéré » de l’emprise des forces rebelles. ..Ce fut une grosse déception quant à la capacité de la CEDEAO à régler les problèmes de la sous-région !

Récemment avec la tentative de coup de force du général Gilbert Diendéré et sa clique visant à arrêter le processus de transition démocratique au Burkina Faso, la Cedeao s’était encore réunie au sommet le 22 septembre 2015 ; là les populations africaines ne s’étaient fait d’illusion, les Burkinabés ont préféré s’en remettre à leur propre initiative au lieu d’attendre une Résolution vague et laconique que l’Organisation sous régionale a finalement prise au forceps ! Alors que les envoyés de la CEDEAO préconisaient d’amnistier les auteurs du coup de force, les habitants du pays des hommes intègres ont, quant à eux, décidé d’envoyer le général putschiste et ses acolytes présumés en taule, en attendant leur jugement. Une manière de dire à nos chers chefs d’Etat de la CEDEAO qu’ils sont souvent en déphasage avec les desideratas de leurs populations.

Pour ce sommet consacré à la lutte contre le terrorisme, il est encore à craindre que l’on glisse vers des positions qui soient en opposition avec les orientations dogmatiques de nos populations. ..Si le pays de Marianne peut se permettre d’interdire des symboles ou des modes d’habillements islamiques, il n’en serait pas de même pour des chefs d’Etat dont les populations de leurs pays respectifs comptent plus de 95% de musulmans.

Je sais d’avance, qu’une lettre du Professeur -Président Alpha Condé demandait à son homologue Macky Sall, en sa qualité de Président en exercice de la CEDEAO de poser le débat au sommet des 16 et 17 décembre 2015 pour la prise d’une éventuelle décision visant à interdire le port de la Burqa dans l’espace de la CEDEAO… J’ose cependant espérer, Excellences Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement, que vous serez suffisamment subtils pour éviter de vous attaquer à la mode d’habillement des femmes musulmanes au moment où des hommes portent des armes sophistiquées et s’attaquent, sans masques ni cagoules, aux Institutions et hôtels de nos capitales, défiant ainsi nos forces de sécurité et de l’ordre.

La lutte contre le terrorisme ne peut réussir que quand elle est globale et inclusive, engageant au premier plan, les religieux, les hommes et les femmes de toutes obédiences ainsi que les membres de nos sociétés civiles, certes balbutiantes. Or une telle démarche exigerait une approche plus humaine et plus responsable que celle qui ne mettrait en avant qu’un discours martial aux allures militaro-sécuritaires. De grandes puissances ont aujourd’hui avoué leur échec, face à l’éradication des germes du terrorisme et la limitation de sa propagation à cause de leur persistance à n’utiliser que des méthodes militaro-sécuritaires.

Il importe, pour vous autres, chers chefs d’Etat et de Gouvernement, de tenir compte des spécificités de vos Etats et des orientations dogmatiques des populations qui y habitent. A cet égard, vous conviendrez avec moi que l’Afrique de l’Ouest n’est ni la France et moins encore les Etats-Unis d’Amérique.

Daignez agréer, Excellences, l’expression de ma très haute considération !

Mamadou Bamba Ndiaye
Ancien Ministre des Affaires Religieuses
ndiabamba1949@gmail.com






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