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Libye: déroute électorale du parti des Frères musulmans

le 19 Juillet 2012 à 10:41 | Lu 429 fois

Les islamistes, qui ont perdu sous leurs couleurs aux législatives, espèrent encore bâtir une coalition à l'Assemblée.


Libye: déroute électorale du parti des Frères musulmans
La Commission électorale, dix jours après la tenue du scrutin, a officialisé, mardi 17 juillet, la victoire politique des libéraux de l'Alliance des forces nationales (AFN) sur les partis islamistes, lors des premières élections législatives démocratiques organisées dans en Libye. L'AFN a obtenu 39 sièges, le parti Justice et Construction (PJC) des Frères musulmans, seulement 17, les 24 sièges restants allant à une vingtaine de partis, locaux pour la plupart.

La bataille pour le contrôle de l'Assemblée est toutefois loin d'être finie. Personne ne peut prédire vers quel camp pencheront les 120 députés «indépendants», élus au scrutin uninominal, dont la Commission électorale a égrené les noms, après avoir donné ceux de leurs 80 collègues élus à la proportionnelle sur les listes des partis.

Les bulletins victorieux de l'AFN, constituée par l'ancien premier ministre Mahmoud Jibril, ont été contredits par les proclamations du PJC des Frères musulmans, lesquels sont à la manœuvre pour rallier le maximum de députés «indépendants» sur leurs thèses islamistes. Le bras de fer risque de durer. La Commission électorale se donne encore 14 jours pour étudier des recours. Les 200 membres de l'Assemblée, qui pourraient se réunir pour la première fois début août, auront ensuite un mois pour donner quitus au premier ministre et à son équipe.

L'AFN propose à tous d'intégrer un gouvernement d'union nationale qu'elle dirigerait. Le PJC a rejeté cette main tendue, et promis de former sa propre coalition. Faute d'un accord, le vote de confiance auquel doit être soumis le futur premier ministre se chargera de départager majorité et opposition. Mais rien ne sera définitif, la prochaine Assemblée devant ratifier la nouvelle Constitution libyenne à une majorité des deux tiers, ce qui imposera de nouvelles négociations.

Rédiger la Constitution
Si la campagne, dominée par les slogans consensuels, n'avait pas permis son émergence, la ligne séparant les libéraux des islamistes s'est peu à peu affirmée. Après le scrutin, les Frères musulmans ont poussé cette carte avec vigueur. Mohammed Sowan, le président du PJC a ainsi accusé Mahmoud Jibril d'avoir «trompé» les électeurs. «Jibril ne s'est pas présenté au peuple comme un libéral. Les Libyens ont voté pour lui car ils le considéraient aussi comme un islamiste.» Or, souligne le chef de file des Frères musulmans, «Jibril pense que la charia ne doit concerner que certains aspects de la vie. Dans l'islam, il n'y a pas à prendre ceci ou cela. Le gouvernement doit renforcer l'islam dans tous les domaines de son travail.»

Ces déclarations font pièce à celles de Mahmoud Jibril, et plus encore à celles de Fayçal al-Krekchi. «Notre programme, a expliqué ce haut responsable de l'AFN, est de créer un État qui repose sur les institutions, un État démocratique et civil». L'islam, a précisé à l'AFP Fayçal al-Krekchi, est un «acquis. Nous sommes un peuple à 100 % musulman. Nous n'avons pas besoin actuellement de parler de musulman, de mécréant ou de laïque. Nous avons besoin de rétablir la sécurité et de rédiger la Constitution. Et tout le monde est d'accord pour que l'islam soit la référence principale dans la Constitution».

Pendant le mois de ramadan, qui va commencer, les nouveaux 200 députés libyens vont avoir tout le temps nécessaire pour soupeser les arguments et trouver leur place au sein, à côté, ou face à l'Alliance de Mahmoud Jibril.

Battu, l'ex-djihadiste Belhaj rate sa reconversion politique
Le parti des Frères musulmans n'est pas le seul à avoir été sanctionné par les électeurs libyens. Les différentes formations islamistes, qui étaient ses alliées dans la bataille des législatives, ont, elles, été laminées. La défaite est particulièrement cuisante pour le parti al-Watan, qui avait inondé le pays de ses immenses affiches. Le mauve choisi par ce parti rappelait celui du drapeau du Qatar, une preuve, aux yeux des Libyens, que le riche émirat soutenait l'entreprise d'al-Watan.

La personnalité la plus emblématique de ce nouveau parti, Abdelhakim Belhaj, qui se présentait à Tripoli, où il a été battu, accréditait de telles suspicions. Djihadiste en Afghanistan, où il croise Ben Laden, émir du Groupe islamique combattant libyen (GICL) dans les années 1990, Belhaj, proche d'al-Qaida, est arrêté par la CIA en 2004 et goûte aux geôles de Kadhafi. Libéré, il reprend les armes pour combattre le dictateur et est intronisé par la chaîne qatarienne al-Jazeera commandant militaire de Tripoli à la chute de la capitale libyenne. Chassé sans ménagement de cette fonction par les brigades du Djebel Nefousa, il professait depuis son amour de la démocratie en rêvant à sa reconversion politique.


Par Thierry Portes