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Libye : où est planqué le «trésor» de Khadhafi?

Rédigé par Massene Diop le 20 Octobre 2016 à 23:06 | Lu 2766 fois

Mouammar Kadhafi en 2010 à Tripoli lors de l'ouverture du forum des rois, sultans, émirs, cheikhs et leaders traditionnels africains. © Reuters
Mouammar Kadhafi en 2010 à Tripoli lors de l'ouverture du forum des rois, sultans, émirs, cheikhs et leaders traditionnels africains. © Reuters
 Cinq ans après la mort de Mouammar Kadhafi, les zones d’ombres qui entourent sa chute restent nombreuses. Une question en particulier suscite tous les fantasmes : où est l’argent du Guide ? Le « trésor » se compterait en centaines de milliards de dollars.
 
Comme les trésors légendaires, la fortune de Mouammar Kadhafi est entourée d’une part de mystère. D’abord, personne n’en connaît le montant exact : entre 100 et 400 milliards de dollars selon les experts consultés. Des chiffres qui donnent le tournis, car dans la Jamahiriya Libyenne, les comptes de l’Etat étaient contrôlés par le Guide et son proche entourage.
 
En 42 ans de règne, le clan Kadhafi a accumulé une fortune considérable à partir des revenus de la manne pétrolière. La comptabilité était totalement opaque, avec une grande partie des fonds en liquide selon l’avocat et spécialiste de la Libye, Majid Bouden. L’ex-ministre du Pétrole Choukri Ghanem aurait pu donner les clefs de ce système. S’il n’avait pas été retrouvé noyé dans le Danube en 2012.
 
« Pour retrouver l’argent libyen, il faut suivre la piste des fonds d’investissement » conseille Majid Bouden. Sous le régime Kadhafi, l’argent du pétrole est réinvesti via des fonds souverains dont le plus important est la Libyan Investment Authority. A sa tête, on trouve un homme : Bachir Saleh. A la chute du régime, il gagne la Tunisie, puis la France. Recherché par Interpol, il trouve finalement refuge en Afrique du Sud où il résiderait encore aujourd’hui.
 
L'Afrique du Sud, «machine à laver» de l'argent sale libyen?
 
C’est également vers l’Afrique du Sud que pointent les recherches de Erik Goaied, un homme d’affaires tuniso-suédois qui s’est lancé dans la traque de ces fonds il y a plusieurs années. L’ANC au pouvoir depuis plus de 20 ans n’a jamais caché sa proximité avec la Jamahiriya qui l’a soutenue dans sa lutte contre l’apartheid.
 
L’Afrique du Sud est soupçonnée d’avoir été la « machine à laver » de l’argent sale libyen. Selon Goaied, des milliards en liquide se trouveraient dans les banques sud-africaines, ce que démentent les autorités. Mais il ne s’agit pas que d’argent liquide. En 2012, Abdullah Sanussi, l’ancien chef du renseignement, prétendait qu’une partie des réserves d’or du régime était enterrée dans le désert libyen.
 
Selon un rapport américain révélé par Wikileaks, les intérêts libyens en 2006 s’étendaient à des secteurs aussi divers que le gaz, le pétrole, les télécommunications, les infrastructures, les hôtels, les médias et la grande distribution. Sans compter des propriétés immobilières aux quatre coins du monde.
 
Un trésor disséminé sur toute la surface du globe
 
Une autre partie de ces fonds se trouve gelée dans les banques européennes, américaines et surtout suisses. Des institutions réticentes à débloquer l’argent de peur qu’il ne tombe entre de mauvaises mains vu l’instabilité chronique en Libye depuis 2011. La Suisse, par exemple, a gelé près de 15 millions d’euros. Une « goutte d’eau », selon Majid Bouden.
 
Car à la différence des trésors légendaires, celui de Kadhafi n’est pas caché à un seul endroit. C’est un trésor moderne, disséminé sur toute la surface du globe dans des centaines de comptes abrités par des paradis fiscaux.
 
Récemment, l’affaire des « Panama Papers » a levé un coin du voile, révélant un savant montage financier : plus d’une centaine de sociétés toutes reliées à Ali Dabaiba (un proche de Kadhafi) et protégées par des sociétés-écrans gérées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca.
 
En définitive et malgré les différentes promesses de restitution, ceux qui auraient le plus besoin de ces fonds, à savoir les Libyens eux-mêmes, semblent bien loin d’en voir la couleur.
 
SOURCE RFI.FR