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MAMADOU BERTHÉ, ARCHITECTE DPLG : «Les inondations sont la preuve flagrante de l’échec de nos pratiques urbaines»

Toujours dans la dynamique de célébration de la Journée Mondiale de l’Habitat le 4 octobre à Shanghai (Chine), sur le thème «Mieux vivre en ville», l’architecte Mamadou Berthé dresse sans complaisance l’état de nos villes.


Rédigé par leral.net le Jeudi 30 Septembre 2010 à 19:18 | | 0 commentaire(s)|

MAMADOU BERTHÉ, ARCHITECTE DPLG : «Les inondations sont la preuve flagrante de l’échec de nos pratiques urbaines»
M. Berthé, une ville comme Dakar, telle qu’elle évolue et se transforme, comporte-t-elle les conditions nécessaires à l’épanouissement des citadins que nous sommes ?
Une ville est d’abord un espace de vie et non une juxtaposition de bâtiments. En effet, les villes sont faites pour y vivre et s’y épanouir. Cela suppose la prise en compte non seulement des besoins de base (s’instruire, produire, se soigner, se déplacer etc.), mais également des besoins de culte, de loisirs et de détente. Le cadre urbain doit être propice au déroulement de toutes les activités liées à la vie moderne, sans qu’aucune d’elles ne prenne le pas sur les autres. En bref, les fonctions urbaines doivent s’équilibrer et favoriser la production de richesses, dans un cadre de vie gratifiant. Vous l’aurez perçu en filigrane, la prise en compte de tous ces besoins (essentiels) repose sur la planification et la programmation, toutes choses absentes du lexique à Dakar, notamment depuis plus d’une décennie.
Au reste, la célébration de la Journée de l’habitat et de l’architecture coïncide avec un contexte extrêmement difficile pour des milliers de familles, qui vivent à Dakar en quasi-permanence dans des zones inondées.
C’est une preuve flagrante de l’échec de nos pratiques urbaines, pourtant faites par essence de normes et de règlements. L’urgence de l’heure a prévalu sur la planification de l’occupation de l’espace, poussant nombre de nos compatriotes à s’installer dans des zones impropres à la construction, en l’occurrence des talwegs et des plans d’eau. On aura en passant oublié que les règles d’urbanisme (fondées sur une loi : le Code de l’urbanisme) sont encadrées par une police qu’il convient également d’exercer pour le bonheur de tous, y compris celui des «contrevenants».
Il faut revenir à l’orthodoxie en prévenant les occupations non planifiées, par la réalisation de trames d’accueil assainies et équipées. Tout le reste n’est que façade. Notre pays n’en a ni le temps, ni les moyens. Le thème de la journée nous rappelle que le but de l’opération et de bâtir des cadres de vie sains. C’est ainsi que nous pourrons contribuer à l’élaboration de villes qui répondent aux exigences et aux défis du monde d’aujourd’hui et de demain.

Qu'est ce qui, selon vous, bloque la réussite des solutions mises en œuvre pour les sinistrés ?
Tout d’abord, les bonnes pratiques nous enseignent que toute intervention dans le secteur urbain menée à huis-clos est vouée à l’échec. La gestion du cadre de vie est d’essence participative et inclusive ou elle n’est pas. Les réalisations exemplaires enregistrées de par le monde enseignent la nécessité de l'engagement de toutes les parties prenantes : bénéficiaires, concepteurs, autorités administratives, entrepreneurs, propriétaires, utilisateurs et représentants de la communauté concernée. C’est à ce prix, après de nombreuses concertations, que l’on peut enfin et résolument prendre les options courageuses propres à régler définitivement ce problème.
Par ailleurs, les sites présentement inondés sont pour l’essentiel impropres à la construction, du fait de leur nature (plans d’eau asséchés, voies d’eau, talwegs etc.). Il convient de s’accorder sur l’option de règlement définitif, liée au déplacement des populations vers des zones d’accueil aménagées et équipées à cet effet. Il s’agira surtout d’aménager des trames d’accueil, sur des périmètres viabilisés et dotés des équipements collectifs de base (écoles, dispensaires, marchés, aires de sport, lieux de culte etc.). Une fois que les bénéficiaires auront la sécurité foncière sur de tels sites, ils seront en mesure de réaliser eux-mêmes leur propre demeure, dans le cadre d’une auto-construction assistée. La puissance publique aura alors rempli sa mission. Ainsi, la collectivité aura contribué non seulement à améliorer la qualité de la vie, mais aura également permis de promouvoir l'équité à la fois au plan local et national, mais également de faire progresser le bien-être économique et de fournir des opportunités, tout à la fois pour les individus et pour la communauté. Une telle option responsable reconnaîtra et mettra en évidence le fait que les populations urbaines dépendent d'un système rural et urbain intégré, interdépendant et responsable qui leur permette de mieux vivre en ville.
Une telle opération à développer au plan national devra s’inscrire dans un programme à dérouler sur trois, quatre, voire cinq ans, nécessitant l’implication de toutes les parties prenantes et une volonté politique affirmée. Le projet marocain primé par le système des Nations-Unies (le Programme national de lutte contre les bidonvilles), procède de cette approche. Il convient que notre société détermine enfin ses besoins et se donne les moyens de les satisfaire durablement.

Votre avis sur l’option prise par les autorités nationales de mettre à la disposition des sinistrés des maisons préfabriquées.
L’option actuelle qui consiste à fournir des maisons préfabriquées ne me semble pas indiquée, d’autant que ces maisons (qui ne sont toujours pas livrées), ne correspondent ni à notre mode de vie, ni à notre culture. Ne l’oublions pas : la conception architecturale implique que les projets architecturaux et de planification fassent partie d'un système interactif complexe lié à leurs environnements naturels plus vastes et reflètent le patrimoine, la culture et les valeurs sociales de la vie quotidienne des communautés. A ce titre elle privilégie des matériaux sains pour des bâtiments sains, une utilisation du sol écologiquement et socialement respectueuse et une sensibilité esthétique qui inspire et anoblit l’homme.


Propos recueillis par Paul MENDY (Correspondance particulière ) le populaire






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