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« Ma mère disait : faudra plus jamais se plaindre après ce qu'on a vu »

caudry@lavoixdunord.fr « Les Allemands étaient déjà en France. On entendait bombarder depuis une bonne semaine. Beaucoup pensaient que ça allait se passer comme en 1914, qu'on allait finir par les arrêter... » Mais ce ne fut pas le cas. On est le 17 mai 1940. Début de la Seconde Guerre mondiale.



Ancien maire de Reumont, c'est pourtant d'Esnes qu'est natif Paul Lencel. Esnes que la famille Lencel quitta le 17 mai 1940. Paul Lencel avait 10 ans. Il en a aujour-d'hui 79. Mais se souvient de cette exode dans les moindres détails. Marqué à vie par ce qu'il a vu. Et qu'il raconte par devoir de mémoire. Un devoir qu'il juge plus que nécessaire en temps de crise.


Rédigé par leral.net le Dimanche 17 Mai 2009 à 15:08 | | 0 commentaire(s)|

« Ma mère disait : faudra plus jamais se plaindre après ce qu'on a vu »
Début d'une triste aventure pour Paul Lencel. Comme beaucoup de Français, il va suivre sa famille pour échapper aux troupes allemandes qui arrivent : c'est l'exode. « Tout était prêt. On attendait. Le 17 mai au soir, j'accompagnais mon père dans le village. Soudain une auto est arrivée avec un soldat français à bord. Il venait prévenir sa femme de partir, car les Allemands étaient au Cateau. » Le « père Lencel » ne perdit pas de temps et rapidement, toute la famille prit la route. Paul avec le cadet et son père dans le chariot de tête, sa mère, ses trois soeurs et le dernier frère dans la roulotte derrière. Un voyage de nuit d'abord. Puis de jour : « Mais ce ne fut plus la même musique, on était toute la journée sous la mitraille des avions allemands. C'était un vrai massacre. Mon père ne comprenait pas : "Ce n'est plus la guerre", disait-il. Il m'avait installé sur le chariot et j'étais chargé de surveiller les avions. Qu'on voyait arriver au dernier moment car ils volaient en rase motte. Alors je criais et tout le monde se jetait au fossé. » De fait, le père de Paul Lencel une fois arrivait à Amiens « qui brûlait », décida de ne voyager que de nuit et par les petites routes, « ce qui nous a sauvé ». « Un matin, on a croisé les Tirailleurs sénégalais qui montaient au front. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. On m'a dit qu'ils avaient servi de chair à canon. » Le voyage durant lequel « on vivait comme on pouvait », se poursuivit : Dreux, Chartres, Blois « où on a mis cinq heures pour traverser le pont, qui a été bombardé une heure après », pour enfin arriver près de Chateauroux « chez une tante ». Les Lencel ne sont plus seuls, sur la route, ils ont retrouvé d'autres habitants d'Esnes, le convoi était fort d'une quarantaine de personnes. « C'était un ruban de chariots, un ruban qui ne savait pas bien où il allait. » Là, les Lencel restèrent une dizaine de jours mais enceinte, Mme Lencel n'avait qu'un souhait : retrouver sa ferme. « Alors aussitôt l'armistice signé (le 22 juin 1940), on n'a pas attendu, on a pris la route du retour ». Moins dangereuse mais toute aussi éprouvante : « Il fallait franchir les fleuves sur des ponts de bateaux avec les chevaux. » À Péronne se trouvait la ligne de démarcation, « sur la Somme », impossible à franchir. « Mais mon père n'était pas né de la dernière pluie. Prisonnier civil, il s'était échappé deux fois durant la guerre de 14. » Ce dernier fit s'engager les chariots sur le pont, ignorant les sommations des sentinelles. Chariots qui se retrouvèrent face à une colonne allemande. « Il n'y avait pas assez de place pour faire faire demi-tour aux chevaux. Ils nous ont donc dit de passer. Ils ne nous ont pas rattrapés. » Le périple aura duré deux mois. Une semaine plus tard, Paul Lencel avait une soeur de plus. L'occupation ne faisait que commencer. Avec son lot de privations, d'horreurs, de peurs. « Que les jeunes générations ont la chance de ne pas connaître. Mais il faudrait qu'elles soient conscientes de cette chance. » •







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