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Macky Sall: « Je vis l’affaire Karim Wade avec beaucoup de regrets…»

Dans cet entretien de huit pages accordé à l’hebdomadaire «Jeune Afrique» de cette semaine, le Président Macky Sall commente les sujets brûlants de l’heure. Le procès de Karim Wade, la polémique sur la compétence de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), l’immixtion de sa famille, notamment son épouse, dans la gestion des affaires de l’Etat, les critiques des jeunes du mouvement «Y en a marre», son bilan à mi-mandat, la crise casamançaise, entre autres, le chef de l’Etat sénégalais n’a rien laissé. Synthèse.


Rédigé par leral.net le Lundi 13 Octobre 2014 à 19:42 | | 3 commentaire(s)|

Macky Sall: « Je vis l’affaire Karim Wade avec beaucoup de regrets…»
PROCES KARIM. «Je vis cette situation avec beaucoup de regrets. Si les concernés avaient suivi notre conseil lorsque cette Cour a été réactivée, il aurait été possible, tout en respectant les principes de la présomption d’innocence et en restant dans le cadre de la loi, de discuter et de transiger, notamment en remboursant au Trésor public une partie des sommes détournées. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus là. C’est bien dommage, mais la loi, c’est la loi (…) Il y a trop de considérations politiciennes dans cette affaire. Peut-être pour éviter de parler de l’essentiel : les faits graves qui lui sont reprochés. Je ne nourris aucune inquiétude par rapport à quelque adversaire que ce soit. Je ne considère d’ailleurs même pas qu’il (Karim Wade, ndlr) en soit un.»

CREI. «C’est moi qui ai réactivé la Crei, en même temps que j’ai lancé l’Ofnac. C’est cet organisme qui reçoit l’ensemble des déclarations de patrimoine des assujettis et qui a tout pouvoir de contrôle et d’auto-saisine (…). C’est du «juridisme», si je puis dire, même si ce sont des opinions respectables. Je considère, pour ma part, que la défense des deniers publics est prioritaire pour des pays pauvres très endettés comme le nôtre. Maintenant, si nous devons faire évaluer la Crei, je n’y vois aucun inconvénient. Mais, je rappelle qu’au Sénégal, nous disposons d’une justice qui fonctionne. Ce n’est pas un hasard si l’Union africaine (Ua) nous a confié le soin de juger le Président Hissène Habré (…). Dans toutes les grandes Républiques, vous trouvez des juridictions d’exception. Elles obéissent, ici comme ailleurs, à la nécessité de résoudre des problèmes particuliers. Concernant l’enrichissement illicite des hauts responsables de l’Etat, et cette fameuse inversion de la charge de la preuve, je ne vois pas bien où se situe le problème. Il s’agit de prouver la licéité de biens supposés illicites parce que, par exemple, le train de vie d’untel est en totale disproportion avec ses revenus officiels. Si ce dernier prouve sa bonne foi -et ce ne devrait pas être compliqué s’il n’a rien caché-, le débat est clos. Dans le cas contraire, il appartient aux juges de trancher. Pas au président de la République. Je définis la politique judiciaire, je ne rends pas justice. Et ma politique, c’est que l’argent public serve à notre population, pas à quelques margoulins.»

Me ABDOULAYE WADE. «Il ne m’appartient pas de traduire en justice l’ancien président de la République (Me Abdoulaye Wade). Les dossiers sont introduits par le Parquet spécial. C’est aux juges d’apprécier l’implication de telle ou telle personne (…). Si la justice décidait de poursuivre Me Wade, je n’ai pas le pouvoir de m’y opposer.»

DYNASTIE FAYE-SALL. «Je peux comprendre beaucoup de choses, sauf la mauvaise foi. Comment peut-on comparer ces deux situations ? De qui parle-t-on ? De mon frère (Aliou Sall, maire de Guédiawaye, ndlr). S’il a été nommé par décret à une haute fonction ou s’il avait obtenu tel ou tel marché, ces critiques seraient pertinentes. Mais, il a été élu dans une ville où il s’est battu aux côtés de ses camarades de parti, et sans mon soutien d’ailleurs. Comme mon beau-frère (Mansour Faye, ndlr) à Saint-Louis. Ce sont des élections et non une désignation. Si je pouvais intervenir, forcer la décision, mon parti aurait-il perdu à Dakar ou dans d’autres villes ? Quant à mon épouse, elle est à mes côtés comme toutes les épouses du monde. Nous discutons. Elle travaille avec sa fondation qui cherche des investissements, notamment dans le domaine de l’Education. Et alors ? Aujourd’hui, on parle d’elle, demain ce sera mon fils… Heureusement qu’il est encore petit, sinon on m’accuserait de réduire mon mandat pour lui céder la place. Soyons sérieux, les Sénégalais méritent mieux que ce genre de polémiques.»

KHALIFA SALL. «Il est vrai dans la capitale (Dakar) et dans deux ou trois autres villes, nous avons connu la défaite. Mais nous avons remporté plus de 80% des collectivités territoriales. Pour un parti qui a cinq ans d’existence, c’est plutôt honorable. Nous n’avons pas vraiment perdu, puisque nous n’étions pas à la tête de ces collectivités. Nous étions en conquête. Soyons, cependant, honnêtes : mes partisans n’ont pas pu être élus, j’en tire effectivement les leçons. D’abord, ils n’ont pas fait leur travail comme il se devait. Ils étaient, par ailleurs, très divisés. Enfin, il faut reconnaître que le maire de Dakar, Khalifa Sall, a effectué une très bonne campagne (…). En tant qu’éminent membre du Ps, il (Khalifa Sall, ndlr) appartient à la mouvance présidentielle, je ne vois pas pourquoi je devrais le considérer autrement que comme un partenaire. Et puis le débat sur les présidentiables est loin d’être ma préoccupation du moment.»

Y’EN A MARRE. «C’est leur jugement. En 2012, il s’agissait d’un mouvement populaire massif. Si j’ai été élu à 66% au second tour, c’est qu’il y a eu une vraie lame de fond, la conjonction des actions des politiques et de la société civile dont fait partie «Y en a marre», des jeunes, des femmes etc. «Y en a marre», comme tous les autres, doit rester une vigie permanente pour la démocratie. Nous ferons le bilan à la fin de mon mandat et verrons s’ils ont raison ou pas.»

L'Observateur






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