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Macky Sall perdra au change - Par Madiambal Diagne

Laurent Dona Fologo est un journaliste ivoirien, premier rédacteur en chef du journal gouvernemental Fraternité Matin et surtout homme politique dans son pays. Le personnage a traversé toute la vie politique ivoirienne de ces soixante dernières années. Comme on dit aux bords de la Lagune Ebrié, «il a attaché bagages» avec tous les régimes politiques dans ce pays depuis l’indépendance. Il a été un grand militant du Pdci avec Félix Houphouët Boigny puis avec son successeur Henri Konan Bédié.


Rédigé par leral.net le Dimanche 26 Avril 2015 à 11:03 | | 16 commentaire(s)|

Macky Sall perdra au change - Par Madiambal Diagne
A l’avènement du régime militaire de Robert Gueï, Laurent Dona Fologo avait manifesté plus que de la compréhension à l’endroit du général putschiste. Et avec Laurent Gbagbo, le doyen Fologo s’était révélé être un grand soutien du Fpi. Il a toujours l’argumentaire pour justifier son ralliement. Acculé par les critiques qui ne voudraient comprendre son compagnonnage avec Laurent Gbagbo qu’il avait si rudement pourfendu, l’homme, sans doute excédé, finit par avouer : «Pourquoi voulez-vous que je sèche mon linge là où il n’y a pas soleil ?» Quand Laurent Gbagbo sera supplanté par Alassane Dramane Ouattara, Laurent Dona Fologo théorise un ralliement à Alassane Dramane Ouattara. Et il assume.

Quand dans une interview, on lui jette à la figure la question selon laquelle en répondant favorablement à l’appel de Henri Konan Bédié de faire bloc autour de Alassane Dramane Ouattara, il ne chercherait pas ainsi à sécher son linge, Laurent Dona Fologo répond sans sourciller : «Oui, j’ai accepté cela car ce n’est pas très intelligent de sécher son linge sous la pluie ou dans l’eau !» Toute une histoire ! De guerre lasse, tout le monde finit par se dire que ce ne sera pas à cet âge que Laurent Dona Fologo va changer. Seulement, par ses interminables retournements de veste, Fologo a participé à banaliser le phénomène de la transhumance politique. On finit par dire à Abidjan qu’untel fait du Fologo.

Au Sénégal, ils sont nombreux les gens du même acabit que Laurent Dona Fologo. On en trouve qui ont régné avec Léopold Sedar Senghor, avec Abdou Diouf puis Abdoulaye Wade, et voudraient consacrer leur dernier souffle à régner avec Macky Sall. Sans doute que le phénomène est inhérent à la vie politique. En France, Jacques Dutronc lui avait consacré un tube à grand succès, L‘opportuniste, avec des paroles on ne peut plus incisives : «Il y en a qui contestent ; Qui revendiquent et qui protestent ; Moi je ne fais qu’un seul geste ; Je retourne ma veste, (...) Non jamais je ne conteste ; Ni revendique ni ne proteste; Je ne sais faire qu’un seul geste ; Celui de retourner ma veste, de retourner ma veste ; Toujours du bon côté.» De nombreux pays comme la France, le Bénin, le Maroc et le Sénégal même, ont tenté de légiférer contre ce phénomène de la transhumance politique.

Cette façon de faire la politique qui apparaît sans morale, ignoble, abjecte, le Président Macky Sall l’a flétrie. Il semblait avait tiré les leçons de la gouvernance de son prédécesseur Abdoulaye Wade. Qui ne se souvient pas que Idrissa Seck avait théorisé le phénomène de la transhumance et en avait fait une arme politique au prix même du chantage ? Tous les responsables politiques du Parti socialiste, qui avaient accepté, après leur débâcle électorale de 2000, de rejoindre le camp du Président Wade, avaient été épargnés de la prison. Des personnes comme Abdoul Aziz Tall, Mbaye Diouf ou Pathé Ndiaye notamment, avaient fait la prison pour avoir refusé de transhumer. On sait aussi comment Abdoulaye Wade avait joué à fond la carte du débauchage des responsables politiques de l’opposition en 2012 et le résultat que cela lui avait causé. Tout le monde a pu s’accorder que jamais un chef d’Etat ne pourrait déverser des sommes d’argent aussi importantes que ne l‘avait fait Abdoulaye Wade, ou distribuer des prébendes politiques en termes de passe-droits et de nominations à des emplois publics. Pourtant, cela ne lui aura pas évité d’avoir été rejeté par les électeurs.

Pourquoi Macky Sall tendrait-il à tomber dans les mêmes travers ? Que peuvent lui apporter des responsables politiques qui n’ont aucune emprise sur une quelconque base politique ? Toutes les voix de ces personnes accueillies à bras ouverts à l’Apr lui avaient fait défaut en 2012 et cela ne l’avait pas empêché d’être brillamment élu. Comment peut-il se figurer qu’il pourrait être réélu par ceux qui ne l’avaient pas élu ? S’il ne devait compter que sur ceux-là, il devrait alors constater son propre échec et se dire qu’il aurait failli aux promesses faites aux électeurs pour que ces derniers ne lui accordent plus leurs suffrages.

Macky Sall ne peut aucunement justifier la transhumance ou chercher de la comprendre comme il s’y était essayé la semaine dernière face à la presse à Kaffrine. Il a été élu sur la base et sur la foi d’une éthique politique. Il affirme ne pas débaucher les transhumants à coups de milliards, mais même si l’herbe de ses prairies n’était pas grasse, les transhumants viendront quand même. Le chef de l’Etat est forcé d’admettre que tous ceux qui le rejoignent dans ces conditions sont mus par des intérêts strictement personnels, c’est-à-dire, se sauver de procédures judiciaires pour prévarication de ressources publiques ou qu’ils chercheraient des tremplins professionnels immérités. Le Président Sall doit bien se figurer que les électeurs qui ne sont pas dans les comités bruyants des transhumants mais qui restent à observer attentivement les actes posés par les uns et les autres, le jugeront sur les résultats et sa conformité aux engagements moraux souscrits. Les voix de cette masse silencieuse apparaissent plus déterminantes que celles des transhumants.

Les transhumants ne viennent pas parce qu’ils ont été convaincus par une politique, par une croissance économique, encore moins par la réalisation d’emplois ou de performances économiques et sociales. Ils ne disent pas non plus avoir découvert en Macky Sall un champion qui va changer la face du Sénégal et qu’ils ont fini par l’admettre et reconnaître s’être trompés. Ils viennent parce qu’ils ont faim. Ils viennent aussi parce qu’ils ont peur de poursuites pénales. Cette allégeance qu’ils lui font, ils la feraient à tout autre successeur de Macky Sall à la tête du pays.

mdiagne@lequotidien.sn






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