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Macky à bout de souffle !

Il a démarré son mandat sous le signe de la rupture, mais il abandonne petit à petit ce chantier pour se conformer à la realpolitik. Le président Macky Sall ressemble à un athlète qui perd son souffle en pleine course. Le président Macky Sall a voulu imprimer son magistère sous le signe de la restauration des valeurs républicaines.


Rédigé par leral.net le Jeudi 1 Mai 2014 à 13:34 | | 11 commentaire(s)|

Macky à bout de souffle !
Des actes encourageants ont matérialisé cette volonté manifeste d’impulser une "gouvernance sobre et vertueuse". Aux premières heures de l’alternance, des dignitaires du régime sortant sont convoqués par la justice, au nom du principe de "redevabilité".

La Cour de répression de l’enrichissement illicite est réactivée pour venir en appoint aux juridictions ordinaires. Karim Wade, Ndongo Diao, Carvalo Sagna, Tahibou Ndiaye, Thierno Ousmane Sy, Amadou Kane Diallo et consorts sont sommés, par la justice, de répondre de leur gestion des deniers publics ou d’expliquer leur immense fortune.

Une rude traque des biens mal acquis démarre et prend une ampleur jamais égalée dans l’histoire du pays. Ces mesures énergiques ont valu au Sénégal d’être félicité par nombre d’organismes luttant contre la corruption. C’est le cas de la Fondation Mo Ibrahim ou de Transparency International.

Pour asseoir cette rupture, le gouvernement ouvre d’autres chantiers, tout aussi importants. Il procède à la réduction du train de vie de l’Etat. Le nombre de ministres passe de 37 à 30. De même, 59 structures étatiques (agences et directions) sont supprimées.

Si l’on en croit le ministre de l’Economie et des Finances d’alors, Amadou Kane, la facture de télécommunication de l’Etat a été réduite de 40% par la résiliation de toutes les lignes mobiles utilisées par les non-ayants droit. Une mesure assortie d’une "restriction du nombre de bénéficiaires et la définition de plafonds d’utilisation pour les abonnements sur le fixe et le mobile".

Dans le souci d’économiser davantage les ressources publiques, l’Etat effectue un redécoupage de la carte diplomatique. Il a aussi mis fin aux logements conventionnés. Cette batterie de mesures prises par le régime nouvellement élu dessine les contours d’une gouvernance vertueuse.

Résistance

Seulement, depuis peu, le pouvoir montre des signes d’essoufflement dans son combat contre la gabegie. Sans doute le président, Sall s’est-il rendu compte des réalités du terrain où des forces réfractaires au changement tentent coûte que coûte de maintenir l’ordre ancien.

Quand le gouvernement a décidé, de supprimer le fonds commun des magistrats, la corporation s’y est énergiquement opposée. L’Union des magistrats du Sénégal (UMS) a également montré la même détermination pour conserver les logements de fonction de leurs membres.

Dans un communiqué, l’UMS exhortait, ses membres sommés de libérer leurs logements de fonction, "de ne donner aucune suite aux convocations qui leur parviendraient de la gendarmerie". Une attitude clanique similaire est perceptible dans le camp présidentiel. Comme en témoignent les réactions violentes des Apéristes à l’endroit d’Amadou Makhtar Mbow après la remise du rapport de la Commission nationale de réforme des institutions.

Des propositions de réformes "consolidantes", comme la dissociation des fonctions de chef d’Etat et chef de parti, ont irrité le camp présidentiel. Quant à l’opposition, elle refuse systématiquement les réformes comme elle a su le faire par exemple avec l’acte III de la décentralisation.

Dans la même logique de résistance au changement, des organes de presse comme Walfadjri, Direct Info, Le Témoin, se sont illustrés par leur attachement à l’ordre établi. Tout au long de la traque des biens mal acquis, ils ont manifesté un parti pris en faveur des personnes mises en cause.

Au-delà des forces obscures et groupes de pression, d’autres voix autorisées se sont élevées pour fustiger la traque des biens mal acquis. Au cours la cérémonie officielle du Magal 2013, Serigne Sidy Mokhtar Mbacké, Khalife général des Mourides, a exhorté son hôte le président Macky Sall a "cultiver la clémence et le pardon". Le guide faisait allusion à la traque des biens mal acquis qui agitait le landerneau politique.

Serigne Abdou Aziz Junior est, quant à lui, plus direct. "J’ai toujours parlé de l’affaire Karim Wade et je continuerai à le faire. Je demande solennellement à Macky Sall de libérer Karim Wade et tous les prisonniers du PDS.

Je lui demande d’accorder le pardon à tout le monde", déclare, le porte-parole de la famille Tidiane. Ces prises de position publiques par des autorités morales jadis très diplomatiques ont douché les ardeurs des fervents souteneurs de cette traque.

Rétropédalage

La conjonction de tous ces facteurs contraint le président Sall à adopter une nouvelle stratégie qui traduit une option du renoncement. Celle-ci se manifeste d’abord par l’arrêt des convocations et la délivrance de liberté provisoire des mis en cause. A quelques exceptions près, toutes les personnes interpellées dans cette traque sont libérées.

En dépit des crimes économiques incontestables des dignitaires de l’ancien régime. Les accusations s’écroulent subitement tel un château de cartes. Au point que l’opinion s’interroge sur la véracité des conclusions des organes de contrôle de l’Etat que sont l’Armp, l’Ige ou la Cour des comptes.

L’invite sans cesse renouvelée du président en direction des libéraux de rejoindre l’Apr dévoile son essoufflement. Cet appel à une transhumance massive tranche net avec la rupture exprimée au début de son mandat. Le président Sall ne s’arrête pas en si bon chemin dans le renoncement à ses convictions.

Il reproduit la même "politique du ventre" de son prédécesseur. Le palais de la République est redevenu ce "guichet automatique de billets de banque". Pour preuve, Macky Sall a remis, il y a deux mois à peine, une dizaine de millions aux Apréristes de Louga venus lui rendre visite au palais.

Des militants d’autres contrées ont également bénéficié des largesses présidentielles. La polémique sur les 15 millions donnés à Abdou Mbow par le président Macky Sall renseigne sur cette pratique en cours au plus haut sommet de l’Etat.

Macky Sall, ne fait plus mystère de sa volonté de "redistribuer les richesses" à sa coterie. Les responsables de l’Apr qui se plaignaient de la sobriété imposée par le président commencent à afficher le sourire.

"Le président a promis d’ouvrir le robinet", informe un responsable de l’Arp. Toujours pour assouvir la voracité de ses militants, le président allonge la liste des ministres conseillers. A petits coups, le président Macky Sall abandonne les chantiers de la rupture pour se consacrer à des pratiques pouvant lui assurer facilement un second mandat


La Gazette






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