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Main Bass’ sur l’UCAD

« La démocratie périt par deux excès, l’aristocratie de ceux qui gouvernent, ou le mépris du peuple pour les autorités qu’il a lui-même établies ». Maximilien de Robespierre


Rédigé par leral.net le Jeudi 21 Août 2014 à 19:36 | | 0 commentaire(s)|

Main Bass’ sur l’UCAD
Un déplorable travail de mystification et de récupération ont cours dans ce pays, depuis le relatif succès de « Y en a marre » assimilant la jeunesse et chaque épisode de leurs agitations protestataires à un mini printemps arabe.

Les frénétiques déclarations des leaders de l’opposition depuis la tragique mort de l’étudiant Bassirou Faye n’ont pas fait exception à la formule, entonnant à leur tour entonné le même chant des sirènes.


Pour désagréable et quelque peu indigeste qu’elle soit, la démarche n’est pas inédite. Rien de nouveau sous notre soleil.

En 88, déjà, pour parler d’une période que j’ai bien vécue et en première ligne, les « dirigeants » de grèves monnayaient les heures décrétées, leur fermeté et leur refus de négocier, ainsi que la virulence en AG de leurs attaques contre le « régime en place » lors de rencontres nocturnes avec certains « responsables » politiques. Idem pour 92, 93 et toutes les années de la décennie qui ont suivi.


Ce sont ces mêmes « responsables » politiques dont les enfants étaient par ailleurs scolarisés à l’étranger, à l’abri de nos décrochages à répétitions, de nos années blanches, de nos sessions uniques et de nos invalidations d’années qui encourageaient (et encouragent encore), qui soutenaient et « soutiennent » encore les étudiants et romantisent leur grève.

Pas par compassion filiale, ni par solidarité académique, ni même par souci de l’avenir du pays et de ses fils (« les plus prometteurs »), mais parce qu’ils trouvent ainsi dans les revendications estudiantines un expédient sacrément commode pour saboter les efforts du gouvernement actuel, le pousser à la faute, essayer de le désorganiser, et le déstabiliser complètement.

Ils savent, ces politiciens professionnels, rompus à la longue pratique de la chose, que « la démocratie périt par deux excès, l’aristocratie de ceux qui gouvernent, et le mépris du peuple pour les autorités qu’il a lui-même établies ».

Ce sont, (à très peu près), les mêmes qui reçoivent encore aujourd’hui les groupes d’étudiants. Les mêmes qui dénaturent les termes de « la situation», et l’hyperbolisant, l’exploitent politiquement, et essayent de délégitimer l’autorité gouvernementale. Les mêmes qui se servent des mêmes armes : intimidation, menace, terrorisme systématique, et discrédit hâtif sans vergogne de nos institutions.


On vise les personnes. « On cherche à discréditer, à disqualifier, à déshonorer. De l'interlocuteur, on cherche à montrer qu'il n'est pas "valable". On le dégrade. En même temps on se dégrade et on l'ignore ! »


Les rencontres médiatisées à outrance avec les étudiants se multiplient. Invités, courtisés, embarqués dans un cirque ininterrompu de flash et de déclarations, les frères étudiants de feu Bassirou Faye sont la proie des « chefs de partis » auprès desquels ils posent, arborant leur plus grand sourire, tout fiers de poser aux côtés de ces « sommités » et de respirer le même air. Ah tous ces grands hommes, soudain si disponibles, si accessibles enfin et qui se multiplient autour d’eux, un peu à la manière des requins dans le sillage d’un navire où il y a des agonisants ou comme le survol des vautours autour d’une scène d’agonie !

Tous ces grands hommes qui sourient à la caméra, qui leur parlent maintenant mais qui ne les voient déjà plus ! C’est la dérision de la charité, celle « qui fait de la luxure avec de la douleur, de la volupté avec du désespoir ! »

Et « combien de traîtres ne se mêlent de (v)os affaires que pour les ruiner ! Voulez-vous les mettre à l’épreuve, demandez-leur, au lieu de serment et de déclaration, des services réels ? Ils sèment, au milieu de nous, les haines, les divisions, les persécutions et le découragement ».


Des voies de sorties de crises, des consensus ont toujours été trouvées entre la communauté universitaire et les instances dirigeantes nationales en temps de turbulences ou de crises. Toujours des points verticaux vers lesquels tendre ont été proposés. Mais depuis plus de 30 ans, depuis les fameuses assises des états généraux de l’éducation et de l’enseignement des années 80, jusqu’à concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur au Sénégal de l’an dernier, aucune véritable réforme structurelle n’a pu être menée à terme.

Parce que la cohérence et la continuité de l’action publique sur le long terme ont toujours été les laissés pour compte des jeux des chaises musicales. Les changements de portefeuilles aléatoires et la valse des ministres ne donnent pas une impression de sérieux et sont une perte considérable de temps ; chaque nouvel arrivant devant reprendre les dossiers en cours, faire connaissance avec les interlocuteurs traditionnels de son portefeuille : syndicats, collaborateurs, administrés... Que de temps perdu! Que de temps perdu! Les autorités doivent mettre un terme à ce cercle vicieux dans lesquelles selles sont empêtrées et apporter une véritable rupture.


Au moment où nous sommes menacés par une nouvelle forme d’illettrisme, la « dyscalculie » et par la crise des vocations scientifiques indispensables au développement, il faudra naturellement beaucoup encourager la maîtrise de matières comme les mathématiques, les sciences physiques, les sciences des matériaux et la maîtrise des NTIC. Il nous faudra travailler la recherche opérationnelle, celle des moyens et méthodes de maximiser les rendements en minimisant les coûts. Il nous faudra investir tous les domaines qui permettront de réduire puis de combler l’écart technologique et scientifique qui nous sépare déjà de l’Europe et qui risque de nous plomber davantage dans notre effort de nous trouver une place dans la concurrence mondiale.

Et y mettre les moyens. A ceux qui ne manqueront de regimber sur les efforts et les moyens consentis, nous rappellerons ce bon mot d’Abraham Lincoln : que « ceux qui trouvent que l’éducation est chère, devraient essayer l’ignorance et qu’ils mesurent ses dégâts».


Il nous faudra réintroduire l’éthique comme principe de base, ériger une culture de responsabilité et de reddition des comptes dans nos facultés, et surtout, surtout cultiver en tous moments et en tous lieux l’amour du travail bien fait et le respect de la Loi et des droits de nos concitoyens.

L’école sénégalaise a toujours brillé par son niveau. Du temps de la colonisation déjà , avec l'école WP, L’École normale William Ponty, école normale fédérale de l’Afrique-Occidentale française (AOF) , formait la plupart des instituteurs, médecins et cadres d’Afrique de l'Ouest, de nombreux ministres et chefs d’État ou de gouvernement et l’élite du Continent.

Il faut restaurer ce prestige, redorer le blason et redonner à notre enseignement, lui donner une impulsion nouvelle. Pace qu’à l’instar de tous les autres domaines, la vision de l’école doit être une révolution nationale et républicaine. « Révolutionnaire » parce qu’elle entend ra nous sortir de l’état de consommateurs passifs du Savoir produit par d’autres pour nous poser enfin en véritables producteurs de ce capital immatériel qui seul permet de jeter les bases d’une véritable émergence. Sur la base des réalités, des besoins et des idéaux du Sénégal. L’école de l’émergence doit être celle qui fabriquera de futurs citoyens investis de leurs devoirs républicains et nourris d'un savoir légué par la nation.


Le Président Macky Sall et son gouvernement qui ont la responsabilité de la gestion, doivent avoir la lucidité de voir que la politique d’argent facile ou des soucis tactiques mène à l’impasse. Ils doivent aussi avoir le courage de maintenir le cap et accélérer, pour les mener à terme, les réformes nécessaires. C’est le moment de faire preuve d’autorité. Sans pour autant fermer la porte au nécessaire dialogue, mais sans tergiverser plus longtemps, parce que les peuples sont peu cléments aux pouvoirs faibles, surtout dans les périodes troubles et incertaines ! Mais « le gouvernement est toujours le maître d’être juste et sage ; et quand il a ce caractère, il est sûr de la confiance du peuple ».


De l’autre côté, par principe et par solidarité affective, dans ce qui est aujourd’hui abusivement décrit comme un bras de fer entre Etat et Etudiants, on refuse de voir également la réalité des dérives de notre université.

L’on nous parle d’abstractions (« les étudiants », « la situation de l’université », etc.) mais refuse de voir la réalité de ce que ces abstractions recouvrent.

L’on refuse de voir -et une partie complice de l’opinion publique avec eux- que l'université s’est profondément transformée, et que de temple du savoir, elle est devenue une sorte de zone d'incubation de groupes de pressions sociales et politiques. Que des étudiants restent plus de 10 ans à l'université sans aucune justification académique valable. Que les revendications des étudiants sont majoritairement rarement d'ordre académique.

Et que c’est la réalité. Que le campus, (le pavillon des mariés !), devient le repaire de gens qui n'osent pas sortir affronter la vie en dehors du campus. Que parfois les bourses, (contre toute bonne logique automatiquement octroyées), sont (quand elles sont payées), employées à des fins autres que l'achat de bouquins et de matériel scolaire. Qu’un audit des bénéficiaires de bourse, de leurs conditions d’attribution révèlerait bien des surprises : qu’elles ne sont pas toujours accordées aux plus méritants, socialement ou académiquement.

On refuse de voir que souvent, des étudiants prolongent leur cursus simplement pour profiter de la bourse et des avantages –si maigres soient- ils de la vie au campus, où, même si on la fustige parfois, on mange quand même mieux qu'à la maison, et on y est relativement « safe», parce que la vie dehors est implacable.

Aujourd’hui, à l’UCAD, les rassemblements confrériques, les affiliations politiques et syndicalistes remplacent les groupes de travail et les fraternités curriculaires. Ca aussi c’est la triste réalité.


Dans un environnement mondial aux innovations pédagogiques multiples, notre université qui s’était résolument orientée vers la recherche du savoir, et placée sous le signe de la quête de la connaissance (Lux Mea Lex), est dans le déclin. Il faut l’admettre pour le changer.

Mais, toutes les résolutions, toutes les propositions, et toutes les mesures resteront vaines (comme leurs précédentes) tant qu’on admettra que, pour discuter des problèmes réels de l’université (démographie, mobilité, spécialisation, financement, recherche, offre de qualité, bonne gouvernance ..) et mettre en place les solutions efficaces, et pérennes, -les 79 propositions de la concertation nationale de l’année dernière par exemple - le Gouvernement aura, en lieu et place d’interlocuteurs responsables, des groupuscules d’agitateurs et des professionnels de la subversion encagoulés qui, sciemment et cyniquement, enveniment le conflit.

Quoi que ferait le Gouvernement, dans tous ce domaine aussi, - et Dieu sait si la réforme universitaire est un dossier complexe, et un serpent des mers- il aura tort à leurs yeux, tant il est vrai que « dans des mains perfides, tous les remèdes à nos maux deviennent des poisons ».

Tout ce que le Président Sall fera ou dira, tout ce qu’il voudra faire, tout ce qu’il voudra dire, est susceptible d’être tourné contre lui, parce que plus que les faits et les propositions, c’est l’homme que certains vont récuser d’abord.

C’est pour cela qu’accéder à la demande de faire partir le ministre Mary Teuw Niane, agitée depuis quelques jours, nous semble une périlleuse capitulation. Parce que demain, ce sera toujours le tour d’un autre conseiller, ou d’un autre ministre, auquel on reprochera une crise, une polémique, une affaire.

A croire que, comme les embarqués pascaliens, « nous courons sans soucis dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir."

Et bien, il est urgent de dessiller.


Sur le rôle et les responsabilités à tenir de l'Etat, sur le respect des franchises universitaires, (qu’à mon avis beaucoup de gens confondent avec l’existence d’une zone de non Droit), sur l’importance du paiement en temps et en heure des bourses, certes, mais aussi et sur nombre d’autres sujets ci- haut cités.


Amilcar Cabral disait, dans son ouvrage « L’arme de la théorie » que « pour diriger un peuple vers sa libération, vers son développement, il faut une avant-garde, c’est-à-dire des gens qui montrent qu’ils sont les meilleurs et qu’ils sont capables de le prouver dans l’action ».

Nous pensons qu’il n’y a pas de meilleur endroit pour commencer à construire cette avant-garde que dans l’école républicaine. Il ne suffit pas de dire que l’université regroupe les plus grands esprits. Il nous parait indispensable, et pour le dire avec toute la gravité qu’il faut, d’une nécessité vitale, d’y remettre à jour le goût de l’effort et sa valorisation.


Et c’est insulter les mémoires de Bassirou Faye aujourd’hui (de Balla Gaye hier et de toutes les victimes sacrificielles de ce « système) que de nier cette réalité.

Accepter que l’on utilise leur triste mort- qu’il est impératif d’élucider et de sanctionner fermement-, accepter qu’on en fasse un outil politique, au lieu de regarder la réalité en face, de s’attaquer aux vrais problèmes, sans complaisance et sans calculs, d’en discuter objectivement, pour leur trouver de vraies solutions, c’est accepter que l’on danse sur leurs cadavres.




Le GueleWaar

guelewaar@gmail.com






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