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Malick Gackou : un storytelling pour 2017 (Sidy Diop)


Rédigé par leral.net le Samedi 11 Avril 2015 à 22:18 | | 8 commentaire(s)|

Malick Gackou : un storytelling pour 2017 (Sidy Diop)
La parole est encore maîtrisée. Le timing géré avec tact. Personne, pourtant, ne doute de l’issue de l’agitation médiatique autour de Malick Gackou. Le buzz provoqué par les coups de semonce du jeune leader de la banlieue portés à son désormais ex-mentor de l’Alliance des Forces de Progrès (AFP) aboutira à une offre politique. Exclu de l’AFP par Niasse et ses fidèles, Gackou abat ses cartes. Une à une. Dans les médias dont il est la nouvelle coqueluche depuis l’épisode du Terou bi du 22 janvier dernier, il fait jouer le charme à plein régime. Il voudrait passer pour le challenger sympathique, posé, normal et gentil comme… un dauphin. En provoquant le clash au sein de sa formation politique autour d’une candidature en 2017, l’ex-numéro deux des Progressistes s’affranchit des légitimités historiques qui ont, jusqu’ici, distribué les rôles dans l’AFP. Désormais, Niasse incarne le passé, le bilan et doit assumer ses choix. L’avenir est pour Gackou et ses nouveaux fidèles. On soupçonne d’ailleurs certains « historiques » du parti d’être derrière la cavalcade fratricide de l’ancien ministre des Sports, puis du Commerce de Macky Sall.

La rupture est désormais actée. Gackou ne veut plus qu’on lui parle de l’AFP, même s’il consent qu’elle soit sa famille politique. Il multiplie les interviews dans les médias et laisse entrevoir ses objectifs. La séduction commence par un storytelling* qui, on n’en doute guère, aboutira à sa candidature à la prochaine élection présidentielle. Invité de Pape Alé Niang dans l’émission « Pile ou face » diffusée sur la de la 2STV le jeudi 12 mars dernier, l’homme s’est conté comme jamais. Issu d’une famille très pauvre de la banlieue dakaroise, il n’a pas connu sa mère, très tôt décédée. Il a été élevé par sa grand-mère qui vendait du « thiaf » pour subvenir à ses besoins et a dû se battre pour réussir ses études malgré un dénuement absolu. C’est en souvenir de sa maman qu’il a lancé une fondation dont l'ambition est de contribuer à l'éradication de la mortalité et de la morbidité maternelle et périnatale au Sénégal et en Afrique subsaharienne. « Je ne suis pas riche, mais je partage tout ce que j’ai avec les pauvres », confie-t-il au journaliste de la 2STV.

Les communicants de Malick Gackou lui ont sans doute fait comprendre que la séduction est un puissante ressource en politique. En affichant ses origines modestes et son enfance difficile, en exhibant son côté bon samaritain, le politicien parle au cœur des citoyens et joue sur les émotions pour capter son auditoire. Il sait que les émotions correspondent à des représentations sociales constituées d’un mélange de jugements, d’opinions et d’appréciations pouvant déclencher des sensations ou des comportements. Malick Gackou plonge dans les imaginaires populaires les plus largement partagés pour atteindre le plus grand nombre. Il cherche à faire coïncider son discours avec le miroir citoyen dans lequel se reflètent les désirs des uns et des autres. C’est dire que le dissident progressiste construit, déjà, sa « présidentiabilité ».

Invité du 20h de la TFM ce mercredi 8 janvier, Gackou dit être « en phase de maturation d’une réflexion » qu’il livrera bientôt, confie vouloir mobiliser toutes ses forces pour servir son pays et affirme faire de la politique « par conviction ». On est en pleine « subjectivation » du politique. Nombre de penseurs politiques y voient une « pulsion qui sourd du fin fond de l’histoire personnelle de chacun ». Ce n’est qu’ensuite qu’émerge une rationalisation qui tend à justifier cette pulsion et à lui donner une raison sociale. L’histoire de Malick Gackou, contée dans ce contexte d‘effervescence où les ambitions peinent à se faire discrets, est une amorce servant à faire exploser une forte charge. La longue traînée de poudre qui en résultera sera une piste sinueuse, parfois raide et mal éclairée, qui mènera à la présidentielle de 2017. Une question demeure, cependant : le dauphin est-il la bonne monture pour escalader l’Everest ?


*Littéralement art de raconter des histoires, traduit en français par communication narrative. Le storytelling consiste à communiquer par l'intermédiaire d'une histoire ou de plusieurs histoires emblématiques de la marque, pour capter l'attention du consommateur et créer une connexion émotionnelle avec la marque.






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