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Malick Noël Seck: 'Karim m’a téléphoné entre les deux tours de la Présidentielle'

L’ex-leader de Convergence socialiste estime qu’il «n’y a pas eu de congrès» au Ps, analyse la réélection de Tanor, la candidature «courageuse» de Aïssata Tall Sall, la «manque d’audace» de Khalifa Sall. Malick Noël Seck révèle également avoir reçu un coup de fil de Karim Wade entre les deux tours de la Présidentielle de 2012


Rédigé par leral.net le Dimanche 8 Juin 2014 à 10:54 | | 7 commentaire(s)|

Malick Noël Seck: 'Karim m’a téléphoné entre les deux tours de la Présidentielle'
Que pensez-vous du Congrès du Parti socialiste ?

Il n’y a pas de Congrès au Parti socialiste ; il n’y a qu’une mise en scène, une supercherie infernale. Le Congrès est par définition une assemblée solennelle pour débattre d’une question, élire de nouveaux leaders afin de renouveler les instances du Parti. Or, cela fait vingt ans que le Parti socialiste est sous la direction de Ousmane Tanor Dieng, c’est-à-dire vingt années que les militants sont soumis au diktat d’un homme qui perd.

Vous étiez un des symboles de cette jeunesse socialiste qui a combattu Wade. Après son départ, vous avez demandé la «destitution de Ousmane Tanor Dieng». Avez-vous des problèmes avec les leaders ?

J’ai sondé les idoles et j’ai trouvé qu’elles étaient vides. On met long- temps à découvrir que le Parti socialiste sénégalais, depuis l’avènement de Tanor Dieng, est une vision de l’esprit, un mirage, un cynique mensonge et l’on met encore plus longtemps à l’accepter. Je pensais que nous avions une mission de restauration de la dignité de l’homme au Sénégal, d’éradication de la pauvreté, du chômage, de l’illettrisme et de la famine qui sévit encore dans le Nord.

Je pensais aussi que nous étions un parti d’opposition et non de compromission et que nous n’allions jamais conclure, par lâcheté ou par intérêt, des accords douteux pour déguiser nos défaites. Puis un jour, en pleine campagne présidentielle en 2012, entre les deux tours, j’ai reçu un appel téléphonique de Karim Wade, le fils du Président en exercice.

Il souhaitait que nous nous rencontrions. Je dois préciser que je ne connais pas Karim Wade, je ne l’ai jamais rencontré non plus. Il avait obtenu mes coordonnés par l’intermédiaire d’un membre éminent du Parti socialiste qui, aux dernières nouvelles, fait toujours partie du Bureau politique.

Dites-nous qui c’est...

Je n’en vois pas la nécessité, mais quand on sait l’acharnement avec lequel j’ai combattu Wade, on imagine sans peine quelle fût ma stupéfaction. Je m’en suis immédiatement ouvert à Ousmane Tanor Dieng qui, comme à son habitude, n’a jamais rien fait.

Et quelle a été la réaction de Tanor ?

Ousmane Tanor Dieng savait que des membres de son entourage m’avaient approché entre les deux tours pour que je prenne contact avec Souleymane Ndéné Ndiaye, le Premier ministre de Wade. Que voulez-vous que je pense du Secrétaire général, lorsqu’au sein du parti, en pleine campagne électorale, un membre du Bureau politique se révèle être à la solde des Wade et que rien n’est fait pour le confronter et l’écarter ?

Permettez que j’insiste. Qui était «à la solde des Wade», comme vous le dites ?

N’insistez pas. Retenez que c’est à partir de ce moment que le doute s’installe et que tout le monde devient suspect. Et à partir de là, tout s’enchaîne. Je me souviens encore que deux jours avant le début de la campagne présidentielle, nous n’avions toujours pas de Directeur de campagne, preuve formelle que nous n’avions aucune stratégie.

Les budgets alloués aux différentes coordinations étaient pitoyables pour ne pas dire inexistants. Les quelques déplacements du Secrétaire général à l’extérieur de Dakar s’adressaient à un électorat socialiste qui nous était déjà acquis. C’était lui qui, hier, nous exhortait à quitter Benno parce que, disait-il, il ne peut y avoir d’élections au Sénégal sans un candidat socialiste.

Et c’est lui qui, par la suite, nous exhortait à nous présenter aux Législatives dans une formation dont la tête de liste était Moustapha Niasse.

Ce sont des accusations. N’êtes-vous pas en train de prendre une certaine revanche sur Tanor ?

Tant pis pour ceux qui le pensent.

A quel moment avez-vous décidé d’affronter le Secrétaire général du Ps publiquement ?

Au lendemain des résultats électoraux, les militants de Convergence socialiste m’ont accablé de questions. Ils souhaitaient savoir, au vu des résultats catastrophiques, ce que le Bureau politique entendait faire. Déjà, la rumeur disait que Tanor, contrairement à ses engagements, n’entendait pas quitter la tête du parti et ses actions pour sceller une alliance avec l’Apr et sauver la face le prouvaient.

Face à une protestation grandissante, Doudou Issa Niass organise une réunion du département de Dakar. Il pensait que les discours d’usage suffiraient à bluffer l’assistance. Et lorsque la parole fut accordée à la foule, la première dame qui s’est levée était de Grand Dakar.

Elle voulait rappeler à l’assistance que la responsable des femmes socialistes de Grand Dakar s’était rendue au Palais présidentiel entre les deux tours. La salle s’est embrasée, les questions fusaient de partout et devant l’hostilité grandissante de la foule, Doudou Issa Niass a immédiatement mis fin à la réunion.

Vous aviez dit que «Tanor est un passé qui ne passe pas». Pourtant, les électeurs socialistes viennent de lui renouveler leur confiance contre Aïssata Tall Sall.

Après l’échec du simulacre de réunion organisé par Doudou Issa Niass, je m’étais exprimé vigoureuse- ment pour le départ immédiat du Secrétaire général et pendant que Ousmane Tanor Dieng organisait mon lynchage, on m’avait demandé, pour faire diversion je suppose, de plaider ma cause devant le comité des sages, composé d’anciens membres du parti.

Je leur avais alors lu un discours pour leur expliquer que si sans être au pouvoir, nous cessons d’incarner l’opposition, alors nous cesserons d’être tout simplement. Je leur ai suggéré que nous devions assumer la défaite, la questionner, définir les parts de responsabilité pour mieux la maîtriser afin qu’elle ne se reproduise plus.

Sauf que vous étiez seul dans ce combat, en tout cas officiellement.

Aïssata Tall Sall avait été la seule personne à m’avoir défendu auprès des instances du Parti. Khalifa Sall était injoignable ; il avait totalement disparu et, à l’époque, la majorité des militants qui me donnaient raison pensait que Tanor ne se représenterait plus, qu’il allait tenir sa parole en cédant la place à une nouvelle génération de leaders. Il était naïf de le croire.

On les a trompés et aujourd’hui, il est grand temps qu’ils assument leurs responsabilités.

Quelle majorité ? Pas en tout cas celle qui a voté pour lui...

De quoi parlez-vous ? Il n’y a pas de vote. Vous verrez demain (au Congrès) une mobilisation pour applaudir, sans le savoir, la faillite du parti.

Quelle appréciation faites- vous de l’arrêt du processus décidé par Khalifa Sall et faisant de Tanor le seul candidat restant, même si après, Serigne Mbaye Thiam a annoncé la poursuite du vote ?

Le rejet de sa candidature est tout à son honneur et ne fait que confirmer le discours que j’avais prononcé devant les sages. Il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’élections au sein du parti. Toutes les décisions sont dictées par le sommet au responsable de coordination qui a pour tâche de distribuer les cartes d’électeur.

Il y a 104 coordinations dans l’ensemble du Sénégal. Le chef de coordination occupe un poste alimentaire, c’est-à- dire qu’il ne doit son statut qu’à une soumission totale au Secrétaire général du parti. Pour voter, il faut avoir une carte d’électeur. Vous n’avez aucune peine à imaginer la suite de cette histoire. Au lieu de vendre les cartes d’électeur, le chef de coordination se les approprie ou les distribue à des personnes qui voteront selon les directives du sommet.

Aucun écart n’est toléré, toute opposition est suivie d’une condamnation irrévocable et sans appel. Compte tenu du contexte et des échecs successifs du Parti socialiste, il devrait y avoir une myriade de prétendants au poste de Secrétaire général et comme par enchantement, il n’y en a eu qu’un seul que l’on s’est dépêché d’écarter.

Cela témoigne de la probité et du courage exceptionnel de Aïssata Tall Sall, mais surtout du niveau de corruption au sein du parti.

Comment expliquez-vous que Khalifa Sall ne soit pas candidat comme Aïssata Tall Sall ?

Parce que c’est un homme d’appareil qui exécute les décisions, qu’elles soient justes ou pas. La bonne question c’est pourquoi Khalifa s’est allié à Tanor contre Aïssata Tall Sall ? A l’heure actuelle, l’intégrité lui commanderait de quitter le parti. Pour cela, il faudrait qu’il se révolte contre le système qui l’a fabriqué. En a-t-il l’audace ?

Considérez-vous aujourd’hui, après votre exclusion et avec le «cas» Aïssata Tall Sall, que le temps vous ait donné raison ?

C’est une expression malheureuse, car bien souvent, lorsque le temps vous donne raison cela veut dire qu’il est déjà trop tard. Je ne veux pas que le «temps me donne raison» ; je voudrais que les Sénégalais se réveillent au grand jour de cette terre qui est nôtre, qu’ils oublient leur appartenance politique ou religieuse et que dans un immense élan fraternel qu’ils s’unissent pour mettre fin à la kermesse politique. C’est pour cela que nous avons créé un parti, Mom sa rew, qui est un Front national de salut public, qui invite tous les citoyens à s’unir pour une indépendance réelle qui commence nécessairement par une autonomie monétaire.

L’autonomie monétaire nous permet de décider de notre politique économique et financière, de prendre des risques en investissant nos revenus sur les marchés du monde au lieu de donner 69% de nos devises au trésor public français qui les fait fructifier au profit de l’ancienne puissance coloniale. L’autonomie monétaire doit générer de la richesse qui permet à un pays d’assurer, par le biais de la défense militaire, son intégrité territoriale, le respect de l’ordre constitutionnel et la garantie de la souveraineté nationale.

Alors, si nous devions établir le degré de souveraineté nationale dont nous bénéficions par rapport à ces trois critères, nous serions forcés de constater que notre économie est sous tutelle. Notre Armée, sous-équipée et mal préparée, n’a pas su, en trente ans, réduire la menace que représentent les sécessionnistes casamançais et nous nous souvenons tous de ce que Wade fit de la Constitution.

Que conseillez-vous aux militants du Ps ?

Avant toute chose, je tiens à présenter mes excuses à tous ceux qui ont cru que le Ps que je représentais, le Ps de la rue et des échauffourées, existait. Tanor n’a jamais rendu visite aux militants emprisonnés. Aujourd’hui, ils n’ont plus l’excuse de l’ignorance et un mensonge ne devient jamais une vérité.

On ne sacrifie pas une seconde de sa vie pour de tels hommes. J’ajouterai que pour qu’il y ait un corrompu, il faut qu’il y ait un corrupteur. Je veux dire par-là que les autorités ne sont pas les seuls responsables de nos maux et notre discours devrait, avant toute chose, s’efforcer de placer l’individu devant ses responsabilités.

Ces gens qui nous gouvernent viennent de chez nous et se réclament d’une légitimité que personne ne questionne. Comment est-il possible, dans une société en crise depuis 60 ans, avec une économie en chute libre, où le chômage touche 49% de la population active, où les hôpitaux sont de véritables mouroirs et où le détournement de deniers publics est devenu un sport national, que les populations puissent encore renouveler leur confiance à de tels individus ?

C’est pour cela que les Locales se placent sous le signe des responsabilités individuelles, car enfin, qui sommes-nous, si nous continuons d’élire des hommes qui nous mènent à notre perte ?

Vous êtes tête de liste dans un mouvement citoyen, Yessal jotna, qui brigue la mairie du Point E. Quel bilan faites-vous de la gestion de l’équipe sortante ?

Yessal jotna est composé essentiellement d’habitants de la commune qui ne sont affiliés à aucune des formations politiques traditionnelles.

Nous n’appartenons à aucune coalition, et nous ne nous sommes constitués que pour offrir une alternative au bilan catastrophique du maire actuel, Malick Diop. J’avais adressé à cet effet une lettre aux habitants de la commune pour attirer leur attention sur notre opposition au clientélisme des états- majors.

Nous avons tenté de leur expliquer que les questions sociales ne relevaient plus de l’attention de nos administrateurs bien trop préoccupés à former des alliances politiques pour mieux utiliser leurs fonctions à des fins de promotion personnelle.

La commune de Fann-Point E-Amitié est en train de devenir l’un des principaux pôles d’attraction de Dakar, mais elle reste une commune extrêmement inégalitaire, et cette inégalité est flagrante lorsque l’on compare le Point E à son importante représentation internationale, ses sièges de directions nationales et d’organisation non gouvernementales à la dégradation du cadre de vie de Fann Hock et de la zone des Sicap avec ses quartiers, Rue 10, Amitié 1 et 2, qui présentent au niveau de la commune la plus grande concentration de résidences avec 785 concessions.

Le Quotidien






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