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Mariage d’amour ou amour du mariage ?

Rédigé le Vendredi 23 Novembre 2012 à 16:00

Cérémonie à l’église, robe blanche… Le mariage fait son retour, et dans la plus pure tradition. A l’heure du concubinage et du pacs, qu’est-ce qui pousse donc les jeunes couples à renouer avec l’institution ? Enquête sur une tendance romantique.


Mariage d’amour ou amour du mariage ?
Vingt ans que la France n’avait pas vu ça : trois cent mille mariages célébrés l’an dernier ! Si les aînés se disaient « oui » pour quitter le giron familial, satisfaire les désirs de la famille ou de la société, ou s’autoriser la sexualité, qu’est-ce qui pousse les couples aujourd’hui à convoler ? L’amour !

« C’est le plus beau cadeau que Jean m’ait fait ! confie Sandrine, 28 ans. Le jour où il m’a dit : “Je veux t’épouser”, cela valait toutes les déclarations d’amour… »

Une reconnaissance du couple

Mais on n’attend pas de se marier pour s’aimer : Paule, 37 ans, et Jean-Marc, 43 ans, vivent ensemble depuis douze ans, et ce n’est qu’en juin prochain qu’ils deviendront mari et femme. « C’est le passage du cap des 35 ans qui m’a fait réfléchir, se justifie Paule. Me faire appeler “Mademoiselle” devenait gênant ! » Pour le sociologue François de Singly, « la reconnaissance interpersonnelle de l’union se fait désormais en amont, dans le concubinage. Et c’est sa dimension publique que le couple va chercher dans le mariage ». A une époque où l’infidélité est banalisée, où beaucoup de couples se séparent ou divorcent, d’autres affirment à nouveau leur volonté d’engager leur amour « pour le meilleur et pour le pire » et aux yeux de tous. La cérémonie n’est-elle pas l’occasion de prendre à témoin l’entourage et la société elle-même ?

Une autre raison souvent invoquée pour justifier l’annonce d’un mariage : le désir de fonder une famille. « Bien que 55 % des premières naissances interviennent hors mariage […], le ressort psychologique joue encore très fortement », écrivent ainsi Pascale Wattier et Olivier Picard. « Chez les uns, il déclenche un sentiment aussi inconscient que vague d’“obligation” », ajoutent-ils ; chez d’autres, comme Patrick, 31 ans, « c’est lorsque l’on a commencé à parler de notre envie d’enfants que nous avons compris qu’il était temps de se marier ».

« Nous, on se marie pour devenir le couple exceptionnel, parient Angéla, 27 ans et Martin, 28 ans. Celui qui dure, à vie ! » Contre toute attente, les jeunes couples semblent envisager leur union avec un idéalisme inaltérable, la projetant dans la durée. Naïveté due à une relation trop récente ? Pas si simple ! Selon Jacques-Antoine Malarewicz, psychanalyste, « les jeunes sont tout à fait conscients qu’aujourd’hui le couple est fragile, et le mariage devient un moyen de le conforter ». La croissance continuelle du nombre des divorces ne semble pas être un frein au rêve de "l’amour toujours" des couples contemporains. Au contraire, explique le psychanalyste, « paradoxalement, c’est parce qu’ils se savent plus que jamais menacés par ce phénomène qu’ils veulent sécuriser leur propre couple au sein du mariage ».

La vogue du "moi" cède la place au "nous", au cocon rassurant et douillet.

Des rites de passage

Avant de se retrouver à deux, on s’expose avec ostentation : autrefois amateurs du mariage expéditif façon Las Vegas, les Madonna, Brad Pitt et autres "people" ont lancé la mode de la cérémonie "en grande pompe". « La robe blanche, l’orgue, cela correspond à un rêve de petite fille, confie Alexandra, 28 ans. Je serai la princesse disant “oui” à son prince charmant ! » « Un beau mariage se fait à l’église, renchérit Vickie, 24 ans. Il faut qu’il soit beau, émouvant. » Seul problème : « Il va falloir que je me fasse baptiser, et ça, je m’en passerais bien… » Mais Nicolas, 31 ans, son futur mari, a su la convaincre : « Le mariage civil, c’est trop facile, trop rapide. Il faut que je sente que je passe à autre chose. »

Ce "passage à autre chose" est d’autant plus significatif dans le mariage religieux qu’« il y a mise en scène publique du fait que le père donne sa fille à un autre homme », explique le psychanalyste Samuel Lepastier. Avançant jusqu’à l’autel au bras de son père, dans le cas de la femme, de sa mère, dans celui de l’homme, chacun des futurs époux « prend le monde et le ciel à témoin de la rupture symbolique avec son parent ». Ou comment afficher le dénouement du complexe d’Œdipe, le temps d’une marche nuptiale… « Je m’attends à un enterrement de ma vie de garçon mémorable, sourit Samuel, 26 ans. Pas seulement pour faire la fête, mais parce que c’est la tradition. » Tradition que les filles ont récemment décidé de s’approprier, sous l’influence d’une mode lancée outre-Manche. Poussées par une bande de copines, lors d’une soirée arrosée, sur la scène d’un bar-karaoké ou parmi des Chippendales, les futures mariées mettent à leur tour la jalousie de leurs concubins à l’épreuve, une semaine avant le jour J.

« Les passages d’un statut à l’autre, d’une génération à l’autre, toutes ces étapes de la vie autrefois bien marquées ne le sont plus », explique Jacques-Antoine Malarewicz. En mal de repères, les jeunes choisissent de se réapproprier les traditions à travers ces bizutages et ces cérémonies solennelles ou de s’inventer leurs rituels.