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Marzouki veut «refonder les liens» franco-tunisiens

le 18 Juillet 2012 à 12:41 | Lu 2199 fois

Reçu mardi par François Hollande, le chef de l'État tunisien, Moncef Marzouki, en France pour trois jours, entend lever certains «malentendus».


Marzouki veut «refonder les liens» franco-tunisiens
Lever «quelques malentendus» et «recadrer» les relations franco-tunisiennes, c'est l'objectif que s'est fixé Moncef Marzouki pour sa première visite en France en tant que chef de l'État tunisien. Car la France, Marzouki la connaît bien. Il y a vécu un tiers de sa vie. D'abord à Strasbourg comme étudiant et médecin neurologue puis dans la banlieue parisienne jusqu'à ce que la fuite de Ben Ali, dont il fut l'un des opposants notoires, lui permette de regagner la Tunisie.

Moncef Marzouki a du tempérament. Il n'aime ni les cravates ni les circonlocutions. Le président tunisien a beau se dire francophile, il ne mâche pas ses mots pour fustiger la «nonchalance», voire la «complicité», des anciens dirigeants français à l'égard du clan Ben Ali. Il ne cache pas davantage que les «dérapages verbaux de certains ministres français», en l'occurrence la proposition «d'expertise française en matière de sécurité» faite par Michèle Alliot-Marie à l'ancien régime alors que la «révolution du jasmin» battait son plein, «ont laissé des traces». Et c'est pour «les effacer», dit-il, qu'il a entamé mardi un voyage de trois jours qui le mènera de l'Élysée à Marseille. Une visite éminemment politique destinée à «refonder» les liens qui unissent les deux pays avec l'aide de François Hollande et de son gouvernement, qui, à en croire Marzouki, «nous comprennent un peu mieux». De fait, François Hollande a promis mardi soir que «la France sera aux côtés» de la Tunisie «le temps de la transition», ajoutant qu'il voulait «rouvrir d'une autre manière que par le passé le dialogue euro-méditerranéen».

Car, chacun en convient, malgré les griefs, la relation franco-tunisienne demeure «stratégique». La France accueille 650.000 ressortissants tunisiens et plus de 1200 entreprises françaises sont installées en Tunisie. Un partenariat vital pour une économie tunisienne affectée par la crise de la zone euro et plus encore par l'incertitude politico-sécuritaire et l'inflation de conflits sociaux qui découragent les investisseurs. Qu'il s'agisse de l'extradition de l'ex-premier ministre libyen al-Mahmoudi ou du limogeage - en suspens - du gouverneur de la banque centrale, Mustapha Nabli, les dissensions affichées au sein de la coalition au pouvoir freinent elles aussi un retour de la confiance.

L'impatience s'amplifie
Le tourisme a rebondi, mais les investissements étrangers restent atones. Or le chômage, celui des jeunes diplômés notamment, qui fut à l'origine de la «révolution du jasmin», a pris des proportions dramatiques. Le temps presse car «l'impatience ne cesse de s'amplifier», reconnaît Khaled Ben Mbarek, conseiller du président tunisien.

Accompagné du chef de la diplomatie et du ministre de l'Intérieur tunisiens, Moncef Marzouki a évoqué un dossier plus «technique», celui des avoirs en France de la famille Ben Ali. Selon Khaled Ben Mbarek, «la plupart des grosses fortunes de l'ancien régime ont atterri en France à travers le plus souvent des sociétés écrans». François Hollande s'est engagé à ce que la Tunisie récupère ces biens, y compris ceux qui ne se trouvent pas en France, tandis que Moncef Marzouki a garanti «un procès équitable» à l'ancien président Ben Ali, réfugié en Arabie saoudite. Mercredi, le chef de l'État tunisien doit avoir une série d'entretiens dont un avec le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Il s'exprimera également devant l'Assemblée nationale. Son discours sera le premier d'un dirigeant étranger depuis 2006. Jeudi, il se rendra à Marseille, où il visitera notamment le site industriel d'Eurocopter avant de regagner Tunis.

Une visite qui dérange l'UMP
L'intervention de Moncef Marzouki mercredi après-midi à l'Assemblée suscite quelques réactions dans les rangs UMP. Natif de Tunisie, l'ex-secrétaire d'État Pierre Lellouche a déclaré qu'il n'assisterait pas à cette réception, jugeant que «le processus démocratique n'est pas encore stabilisé» dans ce pays. Le député de Paris a toutefois reconnu qu'il s'agit d'un «geste symbolique» de la part de l'actuel hôte de Lassay, Claude Bartolone, lui aussi né à Tunis. Valérie Boyer (UMP, Bouches-du-Rhône), membre du groupe d'amitié France-Tunisie, boycottera aussi cette cérémonie, jugeant que le président tunisien est «un peu le pantin des islamistes, qui préconisent le retour à la charia».



Par Arielle Thedrel