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Me Pape Mamaille DIOCKOU: « notre objectif, c'est d'élire Abdoulaye Baldé président de la république en 2019 »

Il était parti brusquement de Paris mi-mars pour aller prêter main forte à ses camarades centristes de Ziguinchor (sud) dans l'optique de faire triompher le «non» lors du référendum du 20 mars sur le projet de réforme constitutionnelle. Mais c'est bredouille que l'avocat au barreau de Paris, Pape Mamaille Diockou, est retourné dans la capitale française. Dans cette interview accordée à Afrique Connection, le leader des jeunesses de l'Union centriste du Sénégal (Ucs) est revenu sur les raisons de la défaite du camp du «non», tout en se projettant vers l'avenir.


Rédigé par leral.net le Dimanche 10 Avril 2016 à 15:39 | | 5 commentaire(s)|

Me Pape Mamaille DIOCKOU: « notre objectif, c'est d'élire Abdoulaye Baldé président de la république en 2019 »
Vous êtes rentré bredouille du Sénégal où vous étiez allé battre campagne pour le « non » lors du référendum sur le projet de réforme constitutionnel. Comment expliquez-vous la surprenante défaite à Ziguinchor du camp de votre leader Abdoulaye Baldé ?

Nous avons eu des surprises non pas que les populations ne nous aient pas écoutés, mais à cause des méthodes utilisées par le pouvoir en place pour nous extirper la victoire qui nous était acquise. C’est difficile de l’expliquer, mais les populations de Ziguinchor ne peuvent pas accorder plus de 80% des suffrages à Abdoulaye Baldé et lui tourner le dos en moins de deux ans. Donc il y a matière à s’interroger sur comment les choses se sont déroulées.

C'est-à-dire ?

Vous savez, sur le plan national, le pouvoir a le monopole et le privilège de fixer le calendrier républicain. Evidemment, le pouvoir a prémédité et planifié son acte qui consiste à fixer la date du référendum par surprise, pour ne pas permettre à cette opposition qui appelait à voter « non » de se préparer. Quand le référendum a été annoncé, Monsieur Abdoulaye Baldé lui-même était à l’étranger. Donc, la précampagne lui a trouvé à l’étranger. En plus, les gens étaient désarçonnés par le pouvoir. On ne savait pas où Macky Sall voulait nous amener. Et comme Il a pris tout le monde au piège, il s’est comporté en vrai boulanger, pour reprendre l’expression de Jupiter Ndiaye. Et donc, voter non était un vote par principe que nous avons adopté, tout en sachant que dans sa globalité le « non » ne nous arrangeait pas sur tout. Voter oui, n’était pas non plus acceptable, pour des raisons de principe et de respect de l’éthique en politique. Mais surtout il fallait exiger de la part du pouvoir qu’il respecte son opposition et la société civile. Nous avons ainsi dénoncé la méthode et l’absence de dialogue pour une réforme de notre texte fondamental.

On a donc demandé aux Sénégalais de voter non, alors qu’eux-mêmes pensaient parfois qu’il y avait des choses intéressantes dans le projet de réforme constitutionnelle et dont il fallait en prendre compte. C’est pourquoi certains sénégalais étaient surpris, complètement déboussolés. Ceux-là ont ainsi décidé de manière souveraine de voter « oui », même s’ils sont d’accord avec nous.

« Beaucoup de chaînes privées, sous prétexte que leur patron votait « oui » ont utilisé leur média pour faire la promotion du « oui ». Malgré que les journalistes de ces chaînes, de bonne foi, ’étaient pas d’accord avec la méthode de leurs patrons. »
Justement, est-ce que ce n’est pas ce manque de conviction dans son appel qui a perdu le Front du « non » constitué par l’opposition et une grande partie de la société civile?

Dire non par principe n’est pas synonyme d’absence de conviction et, d’ailleurs, une bonne partie des sénégalais sont sensibles à notre démarche. Et contrairement au discours de certains dirigeants de la majorité présidentielle le front du non a fait son travail et il a atteint son objectif qui consiste à alerter et incarner une force alternative.

Mais le plus grave dans ce référendum, c’est que le régime de Macky Sall avait pris comme point d’honneur la victoire du « oui ». Si le « non » l’emportait, c’était la chute immédiate du régime de Macky Sall. Il fallait donc tout faire pour gagner, par tous les moyens. Et beaucoup de leaders de Benno Bokk Yakaar l’ont dit. Moustapha Niasse, Tanor Dieng, etc. l’ont dit. Cela veut dire quelque part que la détermination du gouvernement était évidente.

On peut dire la même chose pour l’opposition qui voulait aussi gagner à tous prix ; en témoigne sa campagne très agressive…

Oui, sauf que nous avons utilisé que des méthodes démocratiques. Mais le gouvernement, lui, avait les moyens de sa campagne. Dakar et le Sénégal entier était inondés des spots de campagne du camp du « oui ». Les médias publics étaient simplement sous le contrôle du camp du « oui ». Aucun leader de grande envergure de l’opposition n’a été invité par la RTS (Radio Télévision Sénégalaise, la télévision publique NDLR). Beaucoup de chaînes privées, sous prétexte que leur patron votait « oui » ont utilisé leur média pour faire la promotion du « oui ». Malgré que les journalistes de ces chaînes, de bonne foi, n’étaient pas d’accord avec la méthode de leurs patrons. Mais bon, on a compris que lors de ce référendum, il y a eu un processus de musèlement de la presse pour le compte exclusif du « oui », sans donner possibilité au camp du « non » de pouvoir s’adresser aux Sénégalais. Il y’a donc eu rupture du principe d’égalité des deux camps dans le traitement médiatique.

« Si le « non » l’emportait, on aurait toujours le mandat présidentiel à sept ans. C’est justement là où je suis d’accord avec la sagesse des Sénégalais. Car, en votant « oui », ils ont la possibilité immédiatement de sanctionner Macky Sall aux législatives l’année prochaine. Et je pense que c’est la surprise qu’ils réservent à Macky Sall. »
N’est-il pas trop simpliste pour l’opposition d’imputer la responsabilité de sa défaite aux autres (médias, cas d’achats de conscience, etc.) ? N’est-ce pas avant tout c’est parce que vous n’avez pas réussi à convaincre les Sénégalais sur la pertinence de votre appel à voter « non » ?

Non, pas du tout ! D’ailleurs, je prends notre défaite comme une victoire (rires). C’est bizarre de le dire comme ça…Nous avons gagné avec plus de 40%. Cela veut dire quelque part que, malgré le piège qu’on nous a tendu, malgré le fait que les populations ne sont pas allées voter, le gouvernement doit s’interroger sur sa victoire. Si le « non » l’emportait, on aurait toujours le mandat présidentiel à sept ans. C’est justement là où je suis d’accord avec la sagesse des Sénégalais. Car, en votant « oui », ils ont la possibilité immédiatement de sanctionner Macky Sall aux législatives l’année prochaine. Et je pense que c’est la surprise qu’ils réservent à Macky Sall. Nous aurons sans doute la première cohabitation au Sénégal.

On peut également interpréter la victoire du « oui » en disant que c’est parce que les Sénégalais sont d’accord avec Macky Sall sur le fait qu’un mandat de sept ans c’est trop et qu’il fallait donc le réduire pour éviter toute tentation de s’éterniser au pouvoir…

Non je ne le pense pas. Le mandat de sept n’a pas été l’objet du débat lors de ce référendum. D’ailleurs, la plupart de ceux qui ont appelé à voter « non » n’étaient pas d’accord avec le mandat de sept ans. Ils ont appelé à voter « non » juste par principe. Vous savez, la démocratie c’est aussi ça. Le président Macky Sall ne pouvait pas tout faire, sans qu’il ait une voix dissonante. Cette voix dissonante elle est nécessaire en démocratie, pour la stabilité du pays. S’il n’y avait pas de « non », cela veut dire que demain n’importe quel président pourrait venir et faire des promesses, qu’il ne respectera pas à la fin. C’est comme ça qu’il faut interpréter aussi la voix du « non ». C’est la voix qui ne veut plus du « wax-waxeet » (se dédire, en langue Wolof NDLR), quelque soit la forme utilisée.



Le pouvoir actuel a voulu nous faire croire que c’est le conseil constitutionnel qui l’a empêché de respecter sa parole donnée. Tout le monde sait que ce n’est pas vrai. Nous pouvons distinguer l’avis d’une décision. Et dans ce cas précis il s’agit bien d’un avis du conseil constitutionnel. C’est pour vous dire que la démarche de Macky Sall était un prétexte fallacieux pour ne pas se soumettre aux suffrages des Sénégalais en 2017, afin de pouvoir gagner un peu plus de temps au pouvoir.

Mais tous les bons analystes politiques du Sénégal et de l’étranger, savent que le Président Macky Sall a commis une faute politique en ne respectant pas sa parole donnée. Pour ce qui concerne le peule sénégalais, il a voté comme il l’a voulu, mais il réserve une surprise à Macky Sall en 2017 lors des législatives.

Justement, après cette défaite au référendum, n’avez-vous pas peur pour les législatives de l’année prochaines. Par exemple, dans le fief du leader de votre parti (Ziguinchor), Abdoulaye Baldé, on a remarqué que les populations commencent à lui tourner le dos… Non, les populations de Ziguinchor n’ont pas tourné le dos à Abdoulaye Baldé…

Soit ! Mais ils sont majoritairement allés à l’encontre de son appel à voter « non » ….

D’abord, il faut souligner que les résultats officiels que nous avons contestés disent que le « oui » a gagné avec 60 voix de plus dans Ziguinchor commune. Ensuite, à Ziguinchor nous avons eu le taux de participation le plus bas du Sénégal avec à peine 32%. Cela veut dire que 70% des Ziguinchorois ne sont pas allés voter. Ziguinchor a également connu le plus important taux d’achat de consciences lors de ce référendum. Le jour du scrutin, comme beaucoup d’hommes politiques, j’ai été fouillé dans les poubelles vers 16 heures. Je n’ai pas vu de bulletins roses (couleur du camp du « non », NDLR), et pourtant nous avons perdu. Dans cette élection-là, il n’y a eu ni vainqueur, ni vaincu. Seule la démocratie a perdu.

« Nous, à l’UCS, nous sommes clairs : notre leader sera candidat à la présidentielle de 2019. Et nous pensons que nous serons au second tour. Que les autres partis s’engagent donc à nous soutenir si nous sommes au second tour. »
Les résultats de ce référendum vont-ils amené l’UCS à redéfinir ses ambitions pour les échéances à venir ?

A l’UCS, notre objectif reste le même : c’est de faire en sorte qu’en 2019 le président Abdoulaye Baldé accède au pouvoir. Mais nous sommes conscients qu’au Sénégal aucun parti ne peut à lui seul gagner une élection présidentielle, voire législatives. Nous sommes dans l’ère des grands ensembles. C’est à ces grands leaders de l’opposition et de leurs partis d’avoir un cadre de concertation afin de pouvoir adopter une politique commune en vue. Nous, à l’UCS, nous sommes clairs : notre leader sera candidat à la présidentielle de 2019. Et nous pensons que nous serons au second tour. Que les autres partis s’engagent donc à nous soutenir si nous sommes au second tour.

Mais qu’est-ce qui vous croire qu’Abdoulaye Baldé sera au second tour de la présidentielle de 2019, alors que nous sommes à trois ans de l’échéance ?

Quand Abdoulaye Baldé engageait sa campagne pour les élections locales de 2014, il a dit aux Ziginchorois que s’ils voulaient qu’il soit candidat à la présidentielle de 2017, de voter pour lui. C’était comme un référendum. Il a effectivement été réélu à plus de 80%. Et depuis lors, comme il était interdit de sortir du territoire, Baldé a eu le temps de sillonner le pays, de la Casamance naturelle au Fouta, en passant par le Saloum, le Ndiambour…Partout, nous avons mis en place des structures du parti. Aujourd’hui, l’UCS est l’un des partis les mieux structurés du pays. Dans chaque département, chaque commune, chaque quartier, nous avons un représentant. Aujourd’hui donc, notre parti constitue l’une des plus grandes forces politiques au Sénégal. Nous sommes conscients de notre force. Nous avançons lentement mais sûrement pour arriver à une victoire qui certes ne sera pas facile mais certaine.

Fin 2015, vous aviez annoncé votre démission de l’UCS dans la presse mais quelque temps après on a constaté que vous n’aviez finalement pas envoyé votre lettre de démission. Pourquoi êtes-vous revenu sur votre décision ?

Nous avions eu un sérieux différend qui m’a amené à prendre mes responsabilités en annonçant ma démission. Ce n’était pas seulement une simple menace. Mais c’était une démarche noble de notre part de se dire que nous avons un long cheminement politique qui a démarré en 2005. Nous partageons une même ambition pour le Sénégal. Je ferai pour contribuer substantiellement à son élection en 2019.

Bref, cet incident est derrière nous et notre compagnonnage est toujours plus qu’hier fondé sur une relation de confiance mutuelle.

« Nous-nous sommes expliqués bien sûr. Ça été un malentendu regrettable mais instructif. Le président Abdoulaye Balde est et reste mon leader et il peut continuer à compter sur moi. »
Vous-vous êtes expliqués après coup ?

Nous-nous sommes expliqués bien sûr. Ça été un malentendu regrettable mais instructif. Le président Abdoulaye Balde est et reste mon leader et il peut continuer à compter sur moi.

Mais comment conciliez-vous votre statut du chef de file national des jeunesses centristes et votre profession d’avocat à Paris où vous-vous êtes réinstallé depuis deux ans ?

J’ai toujours dit que je ne veux pas être un politique professionnel, mais un homme qui a d’abord sa profession, avocat en ce qui me concerne, avant d’être un homme à vocation politique.

Je vis à cheval entre Paris et Dakar. Je passe une bonne partie de mon temps au Sénégal et plus particulièrement dans ma base à Ziguinchor. Paris-Dakar ou vice versa fait seulement 5h de temps de vol. La distance n’est plus un obstacle.



Aujourd’hui, nous sommes dans l’ère du numérique. Tout ce qui se passe au Sénégal se sait à Paris. Je suis donc informé en tant réel de tout ce qui se fait à l’UCS, dans ma base politique de la commune d’Adéane aussi. Pour le reste, comme je vous l’ai dit tantôt, mon parti est le mieux organisé au Sénégal.

Je sui suis entouré par une bonne équipe dynamique et compétente au niveau national : Pape Macoura Niang de Pikine ; Kenbougoul Faye de Saint-Louis, Oumar Ka de Linguère ou encore Malang Badji, Karamba TAMBA, Abdoulaye Dieng, Sadio Diocou et beaucoup d’autres qui m’excuseront de ne pas pouvoir les citer. Cette équipe est solidaire et me rend compte de toutes les réunions et de toutes les stratégies à mener. Même de loin, je parviens à leur donner ma vision et mon point de vue pour que le travail de massification soit mené dans les meilleures conditions. C’est ça aussi le management nouvelle version.

En résumé, vous dirigez la structure nationale des jeunes de l’UCS par procuration ?

Je la dirige directement et de près comme je vous l’ai dit tantôt je suis très souvent au Sénégal. J’y vais au Sénégal pour des raisons familiales, professionnelles ou politiques.

Aujourd’hui, on peut parler aux Sénégalais à travers les médias, en écrivant des contributions par exemple. Et à des moments précis, on peut descendre sur le terrain. Par exemple, à l’occasion de ce référendum, j’ai pris quinze jours de congé pour aller au Sénégal battre campagne à Adéane et dans la région de Ziguinchor.

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