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Merci, Président !

En baptisant l’UNIDAK II au nom du professeur Amadou Mahtar Mbow, vous venez de rendre hommage, et de son vivant, à un homme qui le mérite, très amplement.


Rédigé par leral.net le Lundi 30 Mars 2015 à 10:39 | | 6 commentaire(s)|

Merci, Président !
Vous l’avez fait certainement pour services rendus à plusieurs reprises à la nation, mais aussi à l’Afrique, au tiers monde et à toute la communauté scientifique internationale. Amadou Mahtar Mbow a marqué son époque ces derniers ¾ de siècle grâce à un combat mené et gagné sur plusieurs fronts.

Il fut la seconde personnalité ressortissant d’un pays du tiers monde, après le mexicain Jaime Torres Bodet, à être à la tête d’une des plus prestigieuses organisations onusiennes, en l’occurrence l’Unesco. Il fut aussi le premier musulman à occuper une pareille fonction.

Et comment ?

Dès son arrivée à la tête de cette organisation, son premier challenge a été de rétablir le déséquilibre concernant la présence des pays africains dans les sphères de décision de l’organisation par rapport aux pays développés. Ensuite, au sein de l’institution, il a promu la gente féminine qui était sous représentée et qui avait des compétences indéniables. Il y a lieu de rappeler ici le combat contre l’analphabétisme dans les pays sous développés, salué plusieurs années plusieurs fois et à juste titre par les principaux occupants du Saint Siège, Pape Paul VI et Jean Paul II.

Les treize années qu’il a eues à passer à la tête de l’organisation (de 1974 à 1987) et avec toutes les difficultés du monde (période de la guerre froide) lui ont permis de rendre attractive cette organisation. Entres autre actions, il a soutenu avec l’OUA, tous les mouvements de libération qui existaient à l’époque tels l’ANC, le FRELIMO, la SWAPO et auparavant sous Senghor, le PAIGC à coté de chez nous.

A la suite, en dénonçant l’hégémonie des puissantes agences de presse de l’époque, il finira par mettre en place la fameuse commission Sean Mac Bride pour s’attaquer au déséquilibre du partage de l’information entre le Nord et le Sud. Le NOMIC (Nouvel Ordre Mondial pour l’Information et la Communication) vient de bouleverser la donne. N’a-t-il pas raison aujourd’hui ? Oui, l’accès à l’internet est le meilleur exemple de la démocratisation de l’information dans le monde.

Après la fin de sa mission à l’Unesco, après quelques années passées au Maroc, comme membre de l'Académie Royale, il revient au Sénégal où il méritait une retraite dorée. Mais non, la situation de son pays l’en a empêché.

Une large frange de l’opposition d’alors et de la société civile sollicitèrent de lui la conduite des Assises nationales pour redresser la barre du « bateau Sénégal ».

Ce ne fut pas facile. Avec un comité de pilotage présent partout au Sénégal et dans la Diaspora, il releva avec méthodologie et tact le défi au moment où ce n’était pas évident à cause du régime de Wade qui faisait feu de tout bois.

Quelques mois plus tard, si tout le monde a salué le gargantuesque combat citoyen mené par le Mouvement des Forces Vives de la nation (M23) pour se départir du mandat de trop de Abdoulaye Wade, il y a lieu de rendre fortement hommage et aux Assises nationales et à celui qui les majestueusement incarnées au plus haut niveau.

En effet, je suis formel : les 4/5 des organisations et personnalités qui ont participé au combat du 23 juin 2011 sont toutes issues des Assises nationales.

Et sans le M23, serait-il possible à Macky Sall d’accéder au pouvoir ? Personnellement, je ne pouvais le jurer.

A la demande du Président de la République, il vient de finir avec brio à la tête d’une commission formée de sommités intellectuelles du pays, une proposition de réformes de nos institutions. Les sénégalais n’attendent que la mise en œuvre de ses conclusions ainsi que les fortes recommandations des Assises nationales. Ces deux phases de notre vie politique démontrent une fois de plus qu’il existe bien « l’exception sénégalaise »

Cadeau d’anniversaire

Monsieur le Président,

En donnant son nom à ce nouveau temple du savoir et de la recherche, vous lui offrez un beau cadeau d’anniversaire. Pour ceux qui ne le savent pas, il vient de souffler ses 94 bougies le 20 mars dernier (qu’il continue encore de nous guider par sa clairvoyance).

Vous l’avez certes fait au nom de la nation, mais vous l’avez fait pour sa famille, et tous ceux qui ont pu bénéficier de ses enseignements, mais surtout aux millions d’êtres humains qui l’ont choisi comme modèle (j’en suis un).

Vous l’avez fait aussi pour montrer à la génération actuelle, aux générations futures qu'il existe des hommes de référence, des modèles, des repères qui orientent et guident sur le droit chemin et sur l’engagement vers l’excellence dans tous les domaines.

Vous l’avez fait aussi à cause du leadership qu’il incarne, du don de soi dont il a fait montre pour tout ce qui touche l’éducation, la formation et la communication.

Dans son allocution, lors de la sortie de la dernière promotion de LEAD AFRICA qui porte son nom, il avait déclaré ceci devant les jeunes : « Même si vous optez pour devenir maçon, faites tout pour devenir le meilleur des maçons.» Quelle belle approche de la notion de leadership !
Et il a eu à pratiquer cela pour avoir toujours excellé dans les domaines qu'il a embrassé. Cela a été confirmé par son ami et ancien collaborateur, aujourd’hui disparu (Que le Seigneur l’accueille dans son paradis céleste), le doyen Souleymane Ndiaye lors de son témoignage à l’occasion de la commémoration de ses 90 ans à l’amphithéâtre de l’UCAD II : « Amadou Mahtar Mbow prêche plus par l’exemple que par la parole.»

« Je prends congé de vous parce que, désormais, je suis le citoyen de chacun de vos pays, et le serviteur de la totalité de vos Etats », telle est une des phrases, pleine de sens, dans son allocution, prononcée lors de son installation à la tête de l’UNESCO en 1974, à l’endroit des pays qui avaient porté sa candidature. Il venait de remplacer, après un plébiscite historique, le français René Maheu à la tête de l’institution en 1974.

De l’éducation de base qu’il a conduite à partir de Saint Louis dans plusieurs contrées du pays avant l’indépendance à la remise du rapport de la CNRI en février 2014, il a toujours été un homme de défi. Homme de science et grand visionnaire, il n’a cessé d’œuvrer pour la promotion de la paix dans le monde. Dans la citation qui suit, autant il y a démontré les progrès miraculeux de la science, autant il a mis en garde l’humanité contre sa mauvaise utilisation.

« La menace n’est pas moindre - même la paix assurée - si l’on ne sait user avec sagesse du pouvoir que donne la science. La puissance de calcul et d’investigation de l’homme est aujourd’hui multipliée au point qu’il peut se pencher sur l’étude de l’infiniment petit comme de l’infiniment grand. Qu’il pénètre dans les mystères de la transmission génétique, ou qu’il se dégage de l’attraction terrestre pour explorer l’espace cosmique, qu’il progresse dans l’étude du microcosme grâce au partage de ce qui, hier encore, paraissait indivisible, ou qu’il se lance dans la conquête du macrocosme, l’homme semble bien être au seuil d’une nouvelle époque, comme si deux siècles de progrès de la science confluaient aujourd’hui pour l’arracher à toutes les servitudes de sa condition.»

Parcours exceptionnel

Il est une figure emblématique de la science, de la recherche et de la culture. Plusieurs universités du monde l’ont honoré grâce à son combat permanent pour la promotion de l’enseignement de la science et celle des libertés. Il a eu tous les honneurs et a été élevé à toutes les stations et dans tous les continents. A titre d’exemple, il a reçu les distinctions suivantes :
- 42 titres de Docteur Honoris Causa contre 25 pour l’illustre poète et académicien Léopold Sédar Senghor (excusez-moi de la comparaison).
- 37 décorations à travers le monde, contre 11 pour le Président Senghor.
- Une soixantaine de publications dont une trentaine consacrées exclusivement à l’éducation et à la culture.

La dernière fut la décoration tirée de la réserve personnelle de l’ex-président français Nicolas Sarkozy par le biais de son ambassadeur au Sénégal d’alors, Nicolas Normand.

Qui dit mieux ?

Il est un exemple achevé de courage et de patriotisme, dès 1940, à l’âge de 19 ans, il s’engagera comme volontaire dans l’armée. Démobilisé à la fin de la seconde guerre mondiale, avec le brevet supérieur de mécanicien-électricien de l'armée de l'air, il poursuivit ses études, se forma et engagea le combat pour l’indépendance des pays africains, encore sous le joug colonial, avec quelques étudiants africains comme, Abdoulaye Ly, Cheikh Anta Diop, Assane Seck, Louis Béhanzin (il était le descendant et petit fils de Béhanzin du Dahomey, actuel Bénin), François Amorin, Noé Kituklui du Togo, Joseph Ki-Zerbo… C’était légitime puisque certains d'entre eux venaient de participer à la libération de la Métropole. Il fut Président de l'association des étudiants africains de Paris, membre fondateur et premier président provisoire de la FEANF.

La création du PRA SENEGAL et le rôle qu’il a joué pour notre accession à l’indépendance ainsi que ses relations en dents de scie avec le Président Senghor, ont démontré à merveille son sens des responsabilités. C’est un homme de vertu.

Merci Président d’avoir pensé à lui. Avec ce choix, vous avez rendu ‘’immortel’’ ce grand homme, à la fois témoin et acteur de son siècle et père du scoutisme au Sénégal. L’histoire a retenu et l’histoire demeure le meilleur témoin.

Homme de foi et de fortes convictions, Amadou Mahtar Mbow continue de cristalliser toujours des espoirs tant ses avis et conseils sont recherchés de partout (conférences et séminaires internationaux). Malheureusement une santé fragile et le poids de l’âge l’empêchent de répondre favorablement à toutes les sollicitations dont il est l’objet.

Homme de consensus, de dialogue et de symbiose, les futurs étudiants de cette université n’auront à envier personne, si et seulement si ce bel exemple de probité reste leur référence.

Je conclus ce témoignage en le citant encore : « il n’y a point d’acte sans principe et aucun principe ne peut demeurer pérenne s’il ne s’adosse pas sur des valeurs ».

J’ose même dire que vous venez de réparer une injustice.

Merci, Président !
ALLA DIENG
Président de l’UFC
(Union des Forces Citoyennes)







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