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Merkel rejette sans appel les idées françaises

le 27 Juin 2012 à 10:13 | Lu 804 fois

La chancelière allemande prévient qu'elle refusera la mutualisation


Merkel rejette sans appel les idées françaises
des dettes «tant qu'elle vivra».

Le second rendez-vous en tête-à-tête entre Angela Merkel et François Hollande aura des allures de séance de rattrapage après des débuts ratés entre la chancelière allemande et le président français. Ce mercredi soir à l'Élysée, autour d'un dîner de travail, Merkel et Hollande tenteront de rapprocher leurs positions à la veille d'un Conseil européen crucial, destiné à sauver une zone euro plombée par l'austérité. Cependant, un nouveau de bras de fer s'annonce puisqu'ils doivent surmonter de profondes divergences, qui dépassent les simples crispations personnelles attisées par la campagne électorale en France.

La chancelière a donné le ton, mardi, avec un nouveau «coup de gueule». Devant les députés de sa coalition conservatrice-libérale, elle a affirmé que l'Europe ne partagera pas totalement la responsabilité de la dette «aussi longtemps que je vivrai».

Le message était avant tout à but interne. Merkel veut rallier une majorité des deux tiers au Bundestag, vendredi, pour la ratification du MES (Mécanisme européen de stabilité). Elle espère ainsi désarmer la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, connue pour ses prises de position eurosceptiques, qui examinera plusieurs recours sur la constitutionnalité du texte avant son adoption définitive.

Il s'agissait aussi d'un avertissement à François Hollande face à son insistance sur la question de la mutualisation de la dette et la mise en place d'eurobonds. Berlin s'y oppose tant qu'il n'y aura pas «plus de contrôle» des finances des États de la zone. Attaquée de toutes parts, la chancelière n'a rien perdu de sa combativité. Elle a lancé sa contre-offensive dès lundi soir, pour désamorcer les recommandations des dirigeants des quatre principales institutions européennes.

Campée dans ses certitudes, Merkel fixe ses lignes rouges, érigeant une digue face aux revendications de ses partenaires européens. «Quand je pense au sommet, ce qui m'inquiète, c'est qu'il y aura toutes sortes d'idées de mutualisation de la garantie des dettes souveraines et trop peu d'idées pour plus de contrôle» des finances des États, a-t-elle prévenu. «Il doit y avoir un équilibre entre garantie mutuelle et contrôle», quitte à transférer pour cela davantage de prérogatives à l'échelon européen, plaide-t-elle.

Rouleau compresseur
Alors que les juges de la Cour de Karlsruhe ont rappelé le gouvernement fédéral à l'ordre à deux reprises ces dernières semaines, réaffirmant les pouvoirs du Bundestag dans les affaires européennes, Merkel dispose d'un argument massue. La chancelière fait valoir que les projets d'euro-obligations à plus ou moins court terme - «eurobills», comme «eurobonds» - sont non seulement «contraires à la Constitution» allemande, mais aussi «économiquement erronés» et «contre-productifs».

«La chronologie des événements est décisive pour nous, décrypte Michael Meister, vice-président du groupe CDU au Bundestag. L'intégration européenne doit d'abord avancer significativement, ensuite nous pourrons envisager d'autres solutions. Ce qui est inacceptable, c'est l'idée que l'Allemagne passe à la caisse et que les réformes structurelles visant à stabiliser la zone euro à long terme soient renvoyées aux calendes grecques».

Le rouleau compresseur allemand continue de faire avancer ses idées. Outre-Rhin, le débat gravite désormais autour de la proposition du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, d'organiser un référendum afin de réviser la Constitution allemande pour ouvrir la voie à une vraie Europe fédérale. Il s'agit de permettre un transfert de compétences à Bruxelles. Berlin souhaite notamment l'élection au suffrage universel du président de la Commission européenne et la création d'un poste de ministre européen du Budget, avec un vrai pouvoir de contrôle sur les budgets nationaux.

Vendredi à Rome, François Hollande avait voulu voir une «première étape» alors que Merkel avait accepté de mobiliser quelque 120 milliards d'euros en faveur de la croissance. La suite s'annonce plus difficile, alors que le président français s'oppose aux abandons de souveraineté réclamés par la chancelière en échange de la solidarité germanique. Mi-juin, elle avait dénoncé «un faux débat» entre croissance et rigueur, fustigeant «la médiocrité» des recettes anticrise proposées par Paris. S'il ne veut pas être condamné à régner sur les pays du «Club Med», Hollande devra se montrer plus entreprenant pour reconquérir sa place dans le tandem franco-allemand.



Par Patrick Saint-Paul