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Mexique : le PRI favori de la présidentielle

le 28 Juin 2012 à 08:52 | Lu 407 fois

Une victoire de son candidat dimanche marquerait le grand retour du parti qui régna sur le pays de 1929 à 2000.


Mexique : le PRI favori de la présidentielle
Envoyé spécial à Mexico

Dans le nouveau quartier ultramoderne de Santa Fe de la capitale mexicaine, le cortège des dizaines de bus bringuebalants du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) fait un peu tache. Construit sur une ancienne décharge, il abrite le siège de nombreuses compagnies internationales et de plusieurs hôtels de luxe. Mais en ce mercredi 22 juin, le PRI organise son meeting de fin de campagne pour la région du district fédéral dans la toute nouvelle et gigantesque salle «Expo Bancomer». Les élections présidentielle et législatives se dérouleront le 1er juillet prochain. La région du district fédéral n'est pas un bastion du PRI, lequel est beaucoup mieux implanté dans les zones rurales et surtout au nord du pays. Pour que ce meeting soit une vraie réussite, les bus sont allés chercher les militants dans toutes les régions du pays.

Selon les enquêtes, dont la crédibilité est très largement remise en cause, Enrique Pena Nieto, le candidat du PRI, est favori depuis des mois même si son avance s'est quelque peu tassée ses dernières semaines. Cet apparent retour en grâce du parti qui a dirigé le pays de 1929 à 2000 peut surprendre. «Le PRI symbolise la corruption et l'autoritarisme, rappelle Gilles Bataillon, spécialiste du Mexique à l'EHESS. Il est aussi tenu responsable de la grave crise économique qui a frappé le Mexique dans les années 1990.» En 2000, le PRI a perdu la présidence au profit d'un candidat du PAN (Alliance nationale). Au-delà du mécontentement suscité par sa gestion, c'est surtout les divisions internes au PRI qui ont permis au PAN d'accéder à la présidence. Mais le PRI n'a pas pour autant disparu du paysage politique mexicain. Bien au contraire, il s'est maintenu à la tête de 18 États sur 32, maintenant une emprise locale très forte.

Achat de voix
Face au candidat du PRI, Josefina Vazquez Mota du PAN a peu de chance d'être élue, le rejet des dix ans de gestion de Vincente Fox et Felipe Calderon étant très fort. «Le sentiment général est qu'ils ont fait la même chose que le PRI en pire: corruption, croissance en berne, insécurité et chômage, analyse David Recondo, chercheur associé à Sciences Po et au Colegio de Mexico. Les gens disent: «Le PRI volait comme le PAN mais, au moins, ils redistribuaient!»

Deux autres candidats sont en course: Andres Manuel Lopez Obrador dit Amlo pour le PRD (Parti révolutionnaire démocratique). Ce parti est composé en grande partie d'anciens du PRI. Amlo avait échoué en 2006 face à Felipe Calderon et a toujours contesté sa défaite. Et Gabriel Quadri, du Panal, qui se présente avec l'appui du syndicat des enseignants (SNTE) de la sulfureuse Elba Ester Gordillo. Comment expliquer cette pauvreté de l'offre politique et surtout la possibilité d'un retour du PRI au pouvoir? «La gauche n'a pas réussi, avec le PRD, à créer une vraie force politique avec une structure qui permet de former de nouveaux cadres, explique Soledad Loaeza Tovar, enseignante-chercheuse au Colegio de Mexico. Déçus par le PAN au pouvoir depuis dix ans, les Mexicains ont tendance à se tourner vers la seule vraie force politique que représente le PRI.»

«Le système politique mexicain est totalement sclérosé, estime Gilles Bataillon. Il n'y a pas de liberté d'association, il est quasi impossible de créer un nouveau parti. Du coup il n'y a pas de renouvellement. L'impossibilité de se faire réélire transforme la hiérarchie des partis politiques en maître d'un jeu de chaises musicales: un élu passe de sénateur fédéral à maire puis sénateur d'un état à gouverneur. Et le premier qui émet un avis défavorable à la ligne du parti se fait sortir du jeu.» Les députés élus pour trois ans sans renouvellement restent à jamais inconnus de leurs électeurs. Et comme les candidatures indépendantes sont impossibles, le système mexicain ressemble à une parfaite partitocratie.

Enrique Pena Nieto a donc toutes les chances de devenir le prochain président du Mexique. D'autant que même s'il se revendique d'un «nouveau PRI» les vieilles recettes pour gagner les élections perdurent: tous les jours des preuves d'achat de vote, de pression sur les personnes pour «bien voter» sont révélées. La modernité venant parfois au secours des mauvaises habitudes: désormais, les «acheteurs de vote» exigent une photo du bulletin prise avec un téléphone portable pour verser la récompense du «bon vote». Et si le PAN et le PRD ne sont pas exempts de reproches, c'est bien le PRI qui dispose, avec ses moyens et son implantation locale, des capacités «d'orienter le vote pour éviter la réaction», comme le disait Lazaro Cardenas, président mexicain entre 1934 et 1940.

Par Patrick Bèle
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