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Migrants en Europe, l’effroyable inhumanité

Rédigé par leral .net le 18 Février 2010 à 23:31 | Lu 1865 fois

La manière dont nos sociétés européennes abordent la question de la migration en ce début de XXIe siècle restera probablement, au regard de l’histoire, une tragédie.


Migrants en Europe, l’effroyable inhumanité
Comment comprendre nos silences face aux renvois vers leur pays en guerre de jeunes Afghans venus chercher refuge en Europe et qui, confrontés à une gestion des flux migratoires exclusivement répressive, se retrouvent dans la plus grande précarité à survivre dans des taudis, sur les plages de la Manche ou, dans les squares publics de Paris ou d’autres villes de France ?
Comment accepter que des hommes, des femmes et des enfants meurent dans l’indifférence générale, alors qu’ils ont pris place, pour fuir la pauvreté, sur des embarcations de fortune pour rejoindre Tenerife, Lampedusa ou d’autres points de débarquement sur les côtes occidentales de la Méditerranée?
Comment admettre enfin les incarcérations massives dans des camps de rétention installés en Europe mais aussi au Maroc ou en Libye, et les humiliations dont sont les victimes ces migrants originaires de zones frappées de plein fouet par la récession économique, la sécheresse ou la guerre?
Les migrations ne sont pas un phénomène nouveau en France. Depuis 1980, la part de la population immigrée dans la population totale se situe autour de 8%. En 2010, un quart des enfants de moins de 18 ans ont un grand parent maternel né à l’étranger. La France est donc riche de ces diverses origines et l’immigration stable.
«La criminalisation de l’entrée et de la présence irrégulières des migrants en Europe porte atteinte aux principes établis du droit international. Elle est aussi à l’origine de nombreuses tragédies humaines sans pour autant atteindre sa finalité, qui est de maitriser réellement l’immigration», a affirmé début février 2010 Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, alors qu’il présentait un document thématique sur ce sujet. Il ajoutait : «Les Etats ont effectivement un intérêt légitime à contrôler leurs frontières, mais la criminalisation est une mesure disproportionnée, qui peut entrainer davantage de stigmatisation et la marginalisation des migrants».
Loin des représentations des hordes de migrants déferlant sur l’Europe, un autre rapport du programme des Nations Unies pour le développement («lever les barrières: mobilité et développement humains»), publié récemment et passé relativement inaperçu, bouscule aussi d’autres idées reçues. Les flux de population des pays pauvres vers les pays riches restent minoritaires.
Si chaque année, 5 millions de personnes franchissent des frontières internationales pour aller vivre dans un pays développé, elles sont bien davantage à migrer vers un pays en développement ou à se déplacer dans leur propre pays. Ainsi, ce sont bien les pays en développement qui assument la majeure partie des flux migratoires. De plus comme le souligne le rapport: «il n’existe aucune preuve d’impacts négatifs de l’immigration sur l’économie, le marché du travail ou le budget, alors que les bénéfices ne sont plus à démontrer dans des domaines comme la diversité sociale et la capacité d’innovation».
Médecins du Monde, présent auprès des migrants dans les 22 centres de soins de l’association en France, mais aussi dans des programmes mobiles auprès des personnes sans papiers comme à Calais ou Paris (1) complète désormais ce rapport du Pnud avec des données spécifiques relatives à l’immigration pour des raisons médicales. Ces données viennent contredire l’idée, répandue, que les personnes qui émigrent du Sud vers le Nord pour bénéficier des soins médicaux de qualité des pays Européens sont toujours plus nombreuses.
Un travail mené par les équipes de MDM dans onze pays européens et publié en septembre 2009 («L’accès aux soins des personnes sans autorisation de séjour dans onze pays d’Europe») a étudié les principales raisons invoqués pour expliquer la décision de migration: les personnes évoquent majoritairement des raisons économiques pour plus de la moitié d’entre elles. Seuls 6% ont cité comme motif de migration vers l’Europe des raisons de santé. Ces données sont quasiment identiques de celles contenues dans les rapports régulièrement produits par le Comede ou l’Institut de Vieille Sanitaire. Elles infirment donc l’idée de l’immigration pour raisons médicales et le lien entre immigration et déficit des comptes de la sécurité sociale.
En revanche, s’agissant le plus souvent de populations migrantes en situation de fragilité sociale et économique, vivant dans la précarité, le travail de MDM met en évidence à l’échelle européenne un accès aux soins et un suivi médical inadapté et largement insuffisant. Ce qui est clairement inquiétant. Pour ne prendre qu’un exemple, la situation des femmes enceintes dont seule une petite moitié bénéficie dans les faits d’un suivi des grossesses adapté.
Les représentations sécuritaires des phénomènes migratoires masquent les tragédies individuelles des migrants que nos équipes croisent quotidiennement ici, en France et en Europe, là bas, dans les pays dont ils sont originaires ou vers lesquels ils migrent dans l’espoir de lendemains plus humains. C’est pourquoi nous nous attachons à leur redonner un visage et une parole, et nous refusons des logiques sécuritaires qui nient les droits fondamentaux de la personne humaine au risque d’accroitre leur exclusion et leur précarité.
Dr Olivier BERNARD, Président MDM France
Pierre SALIGNON, Directeur général action humanitaire
(1) MDM mène également des actions dans des régions qui voient transiter les migrants, au Maroc, en Algérie, au Mali où encore sur le continent nord-américain à la frontière entre le Mexique et les USA. L’association intervient depuis longtemps dans plusieurs régions d’émigration, l’Afrique subsaharienne, l’Asie du sud est, l’Amérique Latine, mais aussi des pays actuellement en guerre, Afghanistan et Somalie.
Image de une: Migrant aux Canaries, en septembre 2009. REUTERS/Santiago Ferrero

slate.fr via xalimasn


1.Posté par Sutura le 19/02/2010 16:31 | Alerter
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Lisez ça par exemple pour comprendre si vous le pouvez, Sarkozy et les Français, qui manquent tant de respect à notre dignité.

C'est l'histoire, somme toute banale, d'une famille... moins banale, puisque c'est celle de Nicolas Sarkozy. Le Nouvel Observateur a retrouvé des documents relatifs au dossier de naturalisation du grand-père maternel de Nicolas Sarkozy. Lire la suite l'article
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Nicolas Sarkozy : l'aïeul du Président a dû batailler pour devenir français

Originaire de Salonique, Aron Benedict Mallah arrive en France en 1905: il a 14 ans et vient étudier. Il sert comme médecin militaire sous le drapeau tricolore pendant la première guerre mondiale et demande la nationalité française en 1924. Sauf que le préfet de police de l'époque ajourne cette demande, avec les «motivations» suivantes, révélées dans un document exhumé par Le Nouvel Obs: "Bien que les renseignements recueillis sur M. Mallah ne soient pas défavorables, j'estime qu'en l'absence de titres sérieux à la faveur sollicitée, il convient d'ajourner l'examen de sa demande et celle de sa femme" - sa femme, Adèle Bouvier, avait perdu sa nationalité en devenant M. Mallah et demandé sa «réintégration dans la nationalité française»!

L'hebdo explique le refus de la préfecture par la volonté de l'époque, de choisir les immigrés en fonction de leur profession....A l'heure où Nicolas Sarkozy vient d'effectuer, par la voix de son ministre Eric Besson, un grand débat sur l'identité nationale, l'information fera rigoler en coin ceux qui le trouvent hors de propos. Dans les pages de l'hebdo du jeudi qui fait sa couverture sur «La vraie histoire de la famille Sarkozy», Andrée, la maman du Président, raconte aussi que lorsqu'elle a souhaité épouser Pal Sarkozy, son père, le même Benedict, donc, devenu français sur décision du ministère de la Justice, aurait préféré que ce fils d'une «bonne famille hongroise» devienne également citoyen du pays des droits de l'homme. Mais pour l'immigré fuyant le stalinisme, c'était faire une croix sur l'idée de rentrer un jour sur la terre de ses ancêtres. Ce n'est qu'en 1975 que Pal Sarkozy a finalement adopté la nationalité française, car tous ses enfants étaient français

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