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Moscou hésite à se réjouir de la nouvelle donne en Géorgie

le 3 Octobre 2012 à 11:21 | Lu 418 fois

Accusé par ses adversaires à Tbilissi d'être le «candidat de Moscou», le vainqueur des législatives, Bidzina Ivanichvili, ne rassure pas totalement le Kremlin.


Moscou hésite à se réjouir de la nouvelle donne en Géorgie
De notre correspondant à Moscou

Moscou réagit avec une prudence de Sioux à l'annonce d'une possible victoire du parti d'opposition, le Rêve géorgien. En l'absence de tout commentaire de Vladimir Poutine, son premier ministre, Dmitri Medvedev, a fait part mardi soir du souhait du gouvernement russe de voir émerger en Géorgie «des forces plus constructives et plus responsables». Pour sa part, la présidente du Conseil de la fédération russe (chambre haute), Valentina Matvienko, a sobrement rappelé «l'intérêt» manifesté par la Russie pour «l'amélioration des relations avec le peuple géorgien». Extrêmement discret lors de la campagne électorale, le Kremlin ne pourrait que se réjouir d'un départ de la scène politique, de Mikhaïl Saakachvili. Aux yeux de Moscou, le héros de la révolution d'indépendance porte l'entière responsabilité de la guerre éclair de l'été 2008.

Néanmoins, l'étroitesse de l'avance électorale dont bénéficie l'opposition interdit à Moscou de rêver. La plupart des experts russes s'attendent à un blocage politique, empêchant tout changement «radical» des liens avec Tbilissi. «Saakachvili est affaibli mais sa situation n'est pas critique. On ne peut pas dire que le pouvoir a changé», explique Evguenni Mintchenko, directeur de l'Institut international de l'expertise politique.

Mettre fin aux représailles de la Russie

Par ailleurs, le profil plutôt pro-russe du leader d'opposition, Bidzina Ivanichvili, et possible futur premier ministre, ne lui donne pas pour autant un blanc seing aux yeux du Kremlin. À Moscou, Ivanichvili est essentiellement connu pour ses liens d'affaires avec la Russie, et se révèle notamment très proche de Vitaly Malkin, aujourd'hui l'un des sénateurs les plus riches de Russie. Cette proximité «entrepreneuriale» lui a valu d'être taxé de «candidat de Moscou», par son adversaire, Mikhaïl Saakachvili, mais l'accusation est exagérée.

L'intéressé, qui a vendu tous ses intérêts en Russie, insiste sur son souhait de voir la Géorgie intégrer l'Union européenne et l'OTAN, ce qui équivaudrait pour Moscou à un casus belli. «On en peut pas vraiment dire quel est son objectif», s'interroge Konstantin Zatoulin, directeur de l'Institut des pays de la CEI (Communauté des états indépendants). Comme en écho, l'un des principaux conseillers de l'opposition, Zourab Karoumidze, annonçait l'intention du futur gouvernement de «mettre un terme à la rhétorique agressive de Saakachvili à l'égard de la Russie». Il a néanmoins accusé Moscou de «jouer un rôle destructeur au Caucase du Sud».

À défaut de pouvoir restaurer la confiance perdue, Tbilissi pourrait, dans un premier temps, s'efforcer de mettre fin aux mesures de représailles commerciales imposées en 2006 par Moscou: les vins et eaux minérales géorgiennes sont frappés d'un embargo et aucun vol régulier ne relie Moscou à la capitale géorgienne.


Par Pierre Avril