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Mouhamadou Kanté, imam à la mosquée du Point E : « L’ingrat est la première victime de son agissement »

Dossier Relations humaines : Quand l’ingratitude s’érige en règle dans la société sénégalaise.


Rédigé par leral.net le Mercredi 25 Octobre 2017 à 14:57 | | 0 commentaire(s)|

Comme le prêtre, Mouhamadou Kanté, Imam à la mosquée du Point E est du même avis. Il a condamné l’ingratitude, rappelant que l’ingrat est la première victime de son agissement ».

Evoquant le sujet, Mouhamadou Kanté, Imam à la mosquée du Point E souligne, en se basant sur « les propos d’oulémas de l’islam » que l’ingratitude est le contraire de la reconnaissance, dans le sens où un individu bénéficie d’un bienfait et ne manifeste pas à l’égard de son bienfaiteur une attitude, des propos ou des actes de gratitude et de reconnaissance. En islam, il existe deux sortes de reconnaissance : celle qui relève de la relation entre le croyant et son Seigneur et l’autre qui concerne les relations interpersonnelles, rapporte l’imam.

Envers son Seigneur, le musulman croit qu’il Lui doit tout et lui rend grâce pour cela en n’utilisant les bienfaits que pour faire le bien. Et Dieu qui est Lui aussi Reconnaissant, un de Ses sublimes noms est « ach-châkir » (le Reconnaissant) comme il sied qu’Il le soit, a promis d’augmenter ses bienfaits à l’intention du fidèle qui fait montre à son égard de reconnaissance et de gratitude.

Le volet interpersonnel de la reconnaissance réside dans l’attitude, les propos et les actes qui en attestent que l’individu manifeste à un prochain qui a été son bienfaiteur d’une manière ou d’une autre. C’est dans cadre que le prophète Mohammad (Psl) qui dit qu’il a été envoyé pour parfaire la morale comportementale a dit quelque chose de crucial en rapport avec votre question, à savoir : « Quiconque n’est pas reconnaissant envers les hommes ne l’est pas envers Dieu » (hadith authentique), affirme-t-il.

Selon Imam Kanté, le manque de reconnaissance peut s’expliquer aussi par ce qu’il appelle « le complexe de l’impuissance », c’est-à-dire qu’un individu ne veut pas assumer le fait qu’à un moment donné de sa vie, il a été le bénéficiaire de l’aide de telle ou telle personne. Le regard de la personne aidante lui rappelle son état d’impuissance d’antan. Malheureusement, c’est une mauvaise interprétation qu’il fait de la situation, car il devrait savoir que par une valeur de réciprocité universelle, il devrait être reconnaissant envers son bienfaiteur et le lui montrer d’une manière ou d’une autre. Une telle attitude ne ferait que le grandir et faire plaisir à l’autre, explique-t-il.

Sur le plan purement religieux, il relève que le manque de reconnaissance est « une gravissime faute morale » en ce qu’elle met son auteur dans une posture de refus de la réciprocité qui est une valeur universelle et éminemment humaine et une désobéissance à Dieu dans le cadre de ce que le jargon de la religion abrahamique appelle péché. En effet, le hadith précité permet de comprendre que le manque de reconnaissance envers son bienfaiteur est un péché. « L’ingratitude est une contre-valeur en ce qu’elle détruit au lieu de créer des liens et fabrique des ponts au lieu de construire des passerelles », ajoute-t-il. L’ingrat est le premier à être victime de son ingratitude, car c’est un complexe avec lequel il vit. En effet, il ou elle préfère ne pas rencontrer son ou ses bienfaiteurs pour ne pas avoir à croiser leur regard et se rappeler qu’il leur doit quelque chose qui n’est pas d’abord et in fine d’ordre matériel, souligne l’imam Kanté.

O. BA (Lesoleil.sn)