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Ne blasphémons pas Bamba (Leral)

La permissivité est aujourd’hui à outrance au Sénégal surtout en ce qui concerne la religion. Malheureusement, on acquiesce par une facilité traumatisante des pratiques qui heurtent gravement les fondamentaux de la religion. De nos jours, la religion est mêlée à toute sorte de facétie et de pratiques canularesques. En effet, depuis un certain temps la lutte, la musique et la danse ont dominé le quotidien des Sénégalais et pire on fait le méli-mélo entre le sacré et le ludique.


Rédigé par leral.net le Mercredi 8 Octobre 2014 à 04:16 | | 22 commentaire(s)|

Ne blasphémons pas Bamba (Leral)
I/ Pour ce qui est de la lutte :

L’hypermédiatisation de la lutte au Sénégal a fait que celle-ci est devenue une drogue pour certains amateurs qui sont prêts à se sacrifier au prix de leur vie. Combien de fans meurent lors des combats? Cela montre que le phénomène de la lutte a gagné du terrain et n’a pas laissé la religion indemne. Et progressivement on assiste à un processus de jonction voire de fusion entre la chose religieuse et le ludique surtout au niveau de l’arène.

Les spectacles de loisir et de distraction sont fortement empreints de la religion au point qu’on s’interroge si nous sommes dans un pays musulman ? Ainsi, la religion est devenue actuellement objet de distraction et d’amusement. On a vu dans l’arène des lutteurs, sans crainte de représailles d’une famille religieuse, brandir les effigies de chefs religieux comme Cheikh Ibrahima NIASS, El hadji Malick SY ou encore Cheikh Ahmadou Bamba des saints qui ont sacrifié toute leur vie dans le sentier d’Allah.

En outre, les lutteurs jurent par tous les noms de marabouts alors que ceux-ci ne se sont jamais indignés. Le saint Coran également n’est pas épargné, parce que les lutteurs ont tendance à distribuer à tort et à travers des exemplaires du livre saint en préparation mystique. Devant ce silence des chefs religieux, certains lutteurs outrepassent les limites du tolérable et vont jusqu’à s’amuser à prier en pleine arène tout en étant dans un état de quasi-nudité.

Le phénomène est d’autant profond que ce sont les chefs religieux eux-mêmes qui entretiennent des relations amicales poussées avec les lutteurs de renom (VIP). Et pas mal de lutteurs, séance tenante, autour de micro affirment avoir reçu des prières et l’approbation de tel ou tel guide religieux. D’ailleurs ces phénomènes avaient commencé à engendrer une « confrérisation » de l’arène. Chaque lutteur prêche pour sa chapelle confrérique et certains allaient jusqu’à prédire leur invincibilité pour avoir la bénédiction de leur guide spirituel.

Certains chefs religieux se targuent d’être le guide spirituel de tel ou tel lutteur de renommée. Cela se comprend parce que la formule « rendre grâce à mon marabout » est un reflexe mécanique chez les lutteurs ce qui veut dire que ces derniers ont l’assentiment de leur guide religieux qui les incitent à la lutte. Naturellement, un accueil pompeux est souvent réservé à ces lutteurs une fois qu’ils rendent visite à certains chefs religieux.

De ce fait, on assiste à un processus de légitimation subtile du phénomène de la lutte par ceux qui sont sensés incarner la religion.

Pire, certains chefs religieux ont commencé à accepter d’être parrainés dans des combats de lutte et certains drapeaux (trophées) leur sont dédiés. Mais le comble de l’horreur, a été atteint avec le combat de lutte qu’on a voulu attribué à Bamba, un homme de Dieu qui a consacré toute sa vie à l’adoration exclusive d’Allah. Et d’ailleurs dans le cadre de cette analyse nous tenterons de nous focaliser un peu sur ce qu’est le mouridisme et les facéties qu’on veut l’associer.

Au regard de ce qui précède, le mouridisme qu’on a voulu assimiler à la lutte ou au ludique est une pure hérésie.

Et d’ailleurs une légende authentique est rapportée à ce sens. Le Cheikh qui entendait un tambourinage demanda : « c’est quoi ce bruit? » On lui repondit : « c’est une cérémonie de Lamb (lutte) » le Cheikh ajouta : « Duñu dathie dara, dara, dara. ». (Ils ne trouveront rien, rien, rien).

Cette légende montre à suffisance que Cheikh Ahmadou Bamba n’a jamais cautionné la lutte. Mieux, le Cheikh a toujours considéré les cérémonies de lutte, foncièrement ancrées dans nos traditions, comme des assemblées de perdition.

Bamba dans son fameux ouvrage Viatique des adolescents, recommande tout adolescent de fuir les assemblées qui entraînent la perdition. Donc c’est un blasphème que de vouloir lui parrainer un combat de lutte.

Aujourd’hui la lutte focalise toutes les attentions des sénégalais et naturellement un grand nombre de musulmans crient, s’agitent et se disputent vainement sur des futilités. Cheikh Ahmadou Bamba avait une notion du temps et de son caractère précieux. Ainsi, pour Bamba le mouride doit éviter de perdre inutilement du temps car pour lui le temps doit être consacré à Allah. C’est pourquoi les bavardages futiles sur les combats de lutte sont une perte de temps énorme pour le mouride qui cherche l’agrément du Seigneur. Bamba avait opéré un désintéressement total aux choses de ce bas monde et il avait déteint cette éducation sur ses disciples. Serigne Modou Adjara Mbacké en était un. A chaque fois que quelqu’un venait lui parler de choses mondaines, il se levait subitement et allait s’asseoir ailleurs. Ce qui veut dire que personne n’osait lui parler des futilités comme la lutte.

C’est pourquoi, il est aujourd’hui triste de constater que le mouridisme authentique tel que enseigné par Cheikh Ahmadou Bamba ne cesse d’être laissé en rade par nous-mêmes qui se réclamons de cette confrérie, alors que Cheikh Ahmadou Bamba a bien clarifié ce qu’est le mouride. Pour le Cheikh, le mouride est celui qui n’a aucune autre aspiration si ce n’est la quête permanente de l’agrément du Seigneur. Cet agrément passe par une privation c’est-à-dire une adoration exclusive d’Allah, l’éloignement de toute chose mondaine et de tous penchants ludiques.

C’est ce qui faisait que parmi les disciples que Serigne Touba avait éduqués, il y avait certains qui récitaient l’intégralité du Saint Coran au cours des prières surérogatoires qu’ils effectuaient chaque nuit. De même, ses disciples étaient constants dans le jeun, la mention des noms de Dieu et les veillées nocturnes la lecture méditative du Livre Saint et bref ils rendaient un culte intense au Seigneur. Cette éducation spirituelle atteste que Bamba et ses disciples se sont toujours consacrés à l’adoration du Seigneur et au désintéressement des artifices de ce bas monde.

Donc, il faut que l’enseignement orthodoxe de Bamba soit revisité. À partir de ce moment on comprendra aisément que le mouride n’est pas celui là qui peut se permettre de tout faire, même si ce n’est de poursuivre ses passions et s’éterniser dans les interdits, et aura sa demeure paradisiaque acquise sans nul besoin d’œuvres de piété.

II/ Pour ce qui est de la musique et de la danse :

Comme nous le savons tous, la musique comme la danse sont bannies par l’Islam. Mais au Sénégal on semble croire le contraire, au regard des modes de vie de certains musulmans. En effet, la jeunesse est aujourd’hui mélomane et danseuse. Et de plus en plus, on assiste à l’immixtion de la musique et de la danse dans le périmètre sacré de la religion. Des noms de saints hommes sont constamment mêlés à la musique profane au rythme des pas de « mbalakh » ou du « rap ».

Et plus spécifiquement, le nom de Cheikh Ahmadou Bamba est tellement associé à la musique profane au point que ce phénomène est banalisé. Et naturellement on perd de vue le caractère prohibé. Les disciples inconscients en deviennent des accros.

Plus grave, au Sénégal on cherche toujours à légaliser l’illégal et légitimer l’illégitime. Pour ce faire, certains prétendus « mourides » musiciens, n’hésitent pas de reprendre intégralement les écrits (xassidas) de Bamba dans des morceaux. Comme on l’a cité plus haut, la chanson est accompagnée du rythme endiablé du mbalax, de la salsa ou du rap. Bamba ne mérite pas une telle profanation car il a passé toute sa vie durant au recueillement spirituel et à l’éloignement de toute futilité de ce bas monde.

De même, les cérémonies de « thiant » dédiées à Bamba sont reconverties en de véritables rencontres de danse. Et parfois, c’est la mêlée entre filles non voilées et garçons dans une même enceinte. Il est impensable qu’une cérémonie parrainée à Bamba puisse être associée aux percussions des tam-tams et aux esquisses de pas de danse. Les supposés disciples qui croient qu’avec la danse, ils accéderont à l’agrément de Bamba se trompent.

Le Cheikh avait dit : « quiconque fait ce qui lui plaît, rencontrera ce qui lui déplaira ». Bamba n’a jamais recommandé le divertissement ou la distraction. C’est pourquoi vouloir l’associer à la danse ou la musique est un véritable sacrilège à son endroit.

Ainsi, la généralisation d’un fait ne lui confère pas sa légalité. Même si aujourd’hui la lutte, la musique et la danse sont devenues des phénomènes de mode, elles ne seront jamais reconnues par Allah. Par conséquent, ces futilités ne doivent pas être associées à Bamba, un saint qui a consacré toute sa vie à l’adoration de Dieu. Cheikh Ahmadou Bamba à opéré un détachement total à ce bas monde donc ne le mêlons pas à ces mondanités facétieuses au risque de le blasphémer.

Cheikh Mabéye SECK, doctorant en Droit public, élève greffier






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