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Niasse a réfléchi seul, a décidé seul et… se trompera seul !

L’histoire retiendra que c’est bien le bouillant ancien Premier ministre du président Abdoulaye Wade, Moustapha Niasse, qui aura fait ce célèbre reproche à son ex-patron libéral au lendemain de la rupture de leur idylle, qui n’aura duré que le temps d’une rose : juste un an après la première alternance démocratique du 19 mars 2000 ! Précédemment, Niasse aura été «victime» du fameux XIIIe Congrès, «sans débat», du 30 mars 1996, du Parti socialiste, lors duquel le Chef de l’Etat, Abdou Diouf, lui avait préféré, au titre du dauphinat, Ousmane Tanor Dieng. Lequel fut propulsé, dans la liesse populaire de la Maison du Parti socialiste de Colobane, à la station tant enviée de «Premier secrétaire». Pendant que Diouf se contentait de la fonction protocolaire d’inaugurer les chrysanthèmes, en étrennant son nouveau poste de «Président du Ps». «Le dauphin naturel», Moustapha Niasse, après avoir essuyé cette cinglante désillusion politique ne pu se retenir de déclencher le mémorable casus belli, qui devait littéralement chambouler son agenda politique.


Rédigé par leral.net le Vendredi 14 Mars 2014 à 09:32 | | 2 commentaire(s)|

Niasse a réfléchi seul, a décidé seul et… se trompera seul !
Et pour cause ! Car, une «forfaiture» similaire, qu’il essuya plus d’une décennie auparavant, lui était toujours restée au travers de la gorge. Au moment de quitter, volontairement, le pouvoir, le président Léopold Sedar Senghor, son mentor dont il fut le directeur de Cabinet pendant dix ans, lui avait effectivement préféré Abdou Diouf, à qui une simple modification de l’article 35 de notre Constitution devait baliser la route vers le Palais de l’avenue Roume, auquel il accéda, sans élection, le 1er janvier 1981, comme deuxième président de la République du Sénégal. Et Niasse, après une longue absence dans l’arène politique, de rompre alors bruyamment les amarres avec le Ps par le biais de son fameux «Appel du 18 juin 1999».

Il a été précédé dans cette fronde par son collègue d’infortune, Djibo Leyti Kâ, lui aussi écœuré par ce «favoritisme indécent et de mauvais aloi» du président Diouf, à qui les frondeurs de ce qui allait devenir l’Urd (Union pour le renouveau démocratique) reprochaient sa frénésie à vouloir vaille que vaille imposer «son» Tanor par-dessus la tête de tout le monde. D’où cette ritournelle que le leader de l’Urd n’avait de cesse – après avoir obtenu à l’arraché 11 siège de député lors des Législatives de 1998 – de rabâcher dans ses discours de campagne de la présidentielle de 2000 : «Si vous voter pour Diouf, c’est quelqu’un d’autre que vous élirez». Toujours est-il que ce sont les frondes conjuguées de l’homme de Keur-Madiabel et de l’enfant de Thiarny qui auront eu raison du baobab socialiste. Lequel, sérieusement déstabilisé par cette révolution interne, devait rendre l’âme le 19 mars 2000, sous le magistral coup de grâce de la «marche bleue» du farouche opposant libéral, Abdoulaye Wade, qui, 26 ans durant, s’était vaillamment dressé contre l’hégémonie du régime socialiste.

Le défunt journaliste Mame Less Dia, dans son hebdomadaire satirique, «Le Politicien», consacrant un éditorial corrosif à ce fameux «congrès sans débat», en comparant l’instance dirigeante du baobab socialiste au fameux «Politburo» du parti unique, dirigiste et totalitaire de l’Urss de Léonid Brejnev ! Mais Abdou Diouf était loin d’imaginer qu’il venait, sans le vouloir, de consacrer la (salutaire !) «victimisation» de Niasse et de Djibo Kâ, dés lors propulsés dans les corridors d’une destinée politique prometteuse.

Ragaillardi par le soutien de l’Archevêque de Dakar, le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, qui le qualifiait sans ambages de «candidat idéal» face à Diouf, tout en lui demandant ouvertement de «prendre ses responsabilités», Moustapha Niasse créa en juillet 1999, un mois après son célèbre «Appel du 18 juin» de la même année, l’Alliance des forces de progrès (Afp).

Depuis, Niasse eut tout de même le mérité de n’avoir raté aucun rendez-vous électoral, en briguant systématiquement, avec plus ou moins de bonheur, les suffrages de ses compatriotes, devant lesquels il se présentait comme le «candidat de l’espoir»…

Comment donc ce Moustapha Niasse dont de nombreux Sénégalais avaient tant admiré la lucidité et le courage d’assumer ses idées et convictions, face au mastodonte socialiste surtout, a-t-il pu aujourd’hui se laisser tenter par les mêmes travers qu’il n’avait de cesse de dénoncer et de combattre naguère ? Quel «yoo» (moustique) l’a piqué pour qu’il se soit laissé aller à un tel détournement d’objectif, à une telle dérive démocratique ? Que s’est-il passé dans sa tête pour qu’il en fût réduit à ce singulier reniement ? Je n’ose croire un seul instant à un quelconque irrésistible attrait des ors et prestiges du pouvoir, l’homme étant réputé être à l’abri du besoin ! Riche industriel, homme d’affaire financièrement nanti, Niasse n’est certainement pas né de la dernière pluie !

Offrant de nombreuses prestations de consultance, grassement rémunérées, auprès de plusieurs monarques et chefs d’Etats à travers le monde, possédant plusieurs actions dans une célèbre multinationale d’assurance (Sosar Al Amane), Moustapha Niasse est surtout connu dans les milieux pétroliers comme propriétaire d’une société de négoce de pétrole brut (International Trading Oil & Commodities), et d’une autre (Oryx) spécialisée dans la vente de produits pétroliers finis, tout en étant le président d’une unité de transformation de sel (Africasalt), qu’il a créée avec un célèbre homme politique ivoirien. Les relations privilégiées, et gratifiantes, qu’il entretient dans les monarchies pétrolières du Golfe, ainsi qu’avec les chefs d’Etat du Gabon, du Congo-Brazzaville et du Maroc sont des secrets de Polichinelle.

N’est-ce pas Moustapha Niasse, devenu après la deuxième alternance politique président de l’Assemblée nationale et deuxième personnalité protocolaire de l’Etat qui, conformément à la loi portant code de transparence dans la gestion des finances publique, s’est fait l’insigne honneur de déposer, par lettre en date du 25 janvier 2013, sa déclaration de patrimoine auprès du Conseil constitutionnel, dans laquelle il a lui-même révélé que ses différents émoluments de par le monde lui procuraient un revenu annuel de pas moins de 5 milliards de nos francs ? Reconnaissons donc à Niasse d’avoir peut-être tous les défauts du monde mais pas celui d’être un «ndool» (démunis), comme nous autres «googoorlus», qui tirons quotidiennement le diable par la queue ! Alors qu’est-ce qui explique son «souk diébelou» (allégeance) d’enfer, qui laisse toujours pantois nombre de nos compatriotes ?

Un effet de la razzia tous azimuts de Macky Sall !

Mais, quels que soient les plans et stratégies politiques - qu’il partage certainement avec son «ami et confident» le Président Macky Sall – qui ont présidé à l’adoption de sa présente posture, Moustapha Niasse n’a pas le droit, au triple plan éthique, démocratique et républicain, d’entrainer tout un appareil politique, l’Afp (Alliance des Forces de progrès), dans sa soumission au «Régent». Il a certes eu la courageuse et la lumineuse idée d’avoir franchi le Rubicon de la rébellion contre l’absence de démocratie interne au Ps, en proposant courageusement à ses compatriotes une alternative politique, mais il ne doit certainement pas ignorer que le mérite ne lui revient pas à lui seul, mais à toute une équipe de braves compatriotes convaincus, cadres, ouvriers, paysans, qui ont consenti d’énormes sacrifices pour propulser l’Afp là où il est aujourd’hui, c’est-à-dire un parti politique respecté et qui compte dans l’échiquier politique sénégalais !

Moustapha Niasse n’a pas le droit de circonscrire ce «parti de l’espoir», comme il aime à le qualifier lui-même, à sa seule et unique personne, et d’anéantir de fait les naturelles et légitimes ambitions de la génération montante, en se livrant (l’Apr avec) pieds et poings liés. Même s’il a toujours consenti de sa poche plus d’un millions de francs au titre de loyer de la permanence du parti, ou décaissé 175 millions pour l’achat de 35 véhicules de campagne, l’Afp ne lui appartient pas pour autant! Dés l’instant qu’il avait lancé son appel pour la création de cet outil politique de conquête démocratique du pouvoir, suivi du déferlement de larges segments sociaux venant répondre à cet appel pour donner corps à son noble projet de société, l’Afp est devenue une propriété collective, un patrimoine politique national. Avoir le privilège de piloter ce réceptacle de nombreux espoirs de Sénégalais, de toutes conditions, l’ayant investi de leur confiance ne confère pas pour autant à Niasse la prérogative d’un Prince auquel il est loisible d’aliéner, selon son bon vouloir, ce bien commun, sous prétexte de ne pas «gêner» un quelconque allié, fut-il le président de la République. C’est un manque de respect notoire envers ses collègues de partis, qui sont loin d’être ses sous-fifres ou ses obligés !

Au vu du tollé suscité par ce coup de Jarnac «Made in Niasse», et qui interloque toujours de larges franges de militants et de responsable de l’Afp, il est manifeste que Niasse n’a pas du réfléchir en équipe, avant d’entreprendre ce saut périlleux ! Il est patent qu’il a décidé seul… Et de toute évidence il se trompera également seul !
En tous états de cause ce singulier acte politique que vient de poser bruyamment le progressiste en chef est à tout le moins un pain béni pour le leader de l’Alliance pour la République, obsédé qu’il a toujours été par son impérieuse envie de ramollir chaque jour davantage la route menant à l’horizon 2017. Les instructions que Macky Sall a données à son conseiller politique Abdourahmane Ndiaye et au ministre-conseiller présidente nationale des femmes Mariama Badiane sont claires comme l’eau de roche : «Ne dédaignez à engranger aucune voix ; elles nous seront toutes utiles, elles sont toutes les bienvenues ! ». A cet égard, un «Comité d’accueil et d’intégration» a été, depuis le début de ce mois mars, porté sur les fonts baptismaux à la Permanence de l’Apr sise sur la Vdn.

Après avoir habilement réussi à «dissoudre» la Société civile, par un implacable et systématique recyclage de ses figures de proue dans les différentes sphères du pouvoir, Macky Sall nourri à présent le rêve de pouvoir (enfin) se délecter d’une oraison funèbre à la mémoire de la principale coalition de l’opposition «Booloo taxawu askanwi», dont le parti de ses ex-frères libéraux, le Parti démocratique sénégalais (Pds) assure présentement le pilotage. Des sources dignes de foi renseignent qu’après que deux leaders de cette coalition, se plaignant de velléités de forfaiture de la part du Pds, ont claqué la porte - tout en réaffirmant leur ancrage dans l’opposition -, des proches du président Macky Sall, mettant même à contribution une autorité coutumière, seraient entrain de travailler au corps ces ex-potes de Oumar Sarr, aux fins de les intercepter dans l’escarcelle de Macky Sall. Plutôt que de les laisser aller, par exemple, renforcer la Convergence Bok guis-guis de Pape Diop ou le Rewmi de Idrissa Seck…

A ce rythme-là, le second mandat tant rêvé par le leader de l’Apr – qui n’a pas, à vrai dire, réaliser grand-chose dans ce quinquennat finissant - s’annonce de plus en plus sous des auspices prometteurs... Mais à quel prix !

Bassirou Thioune
Enseignant à la Retraite
Pikine Tally Icotaf, Plle 843
bassirouthioune62@yahoo.com






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