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Non M. Yoro Dia, le retour de la Gambie à la démocratie ne sera pas facile - Par Tahirou Sarr


Rédigé par leral.net le Jeudi 21 Avril 2016 à 08:21 | | 8 commentaire(s)|

C'est toujours un plaisir de lire vos analyses sur la situation politique du Sénégal comme celle de la sous région. Je viens de lire avec beaucoup d'enseignements votre contribution intitulé "Le début de la fin pour le Néron de Banjul". Et c'est pour vous faire réfléchir sur la réhabilitation de la démocratie en Gambie après Yaya Jammeh.

Je vous avoue que je ne suis pas de ceux qui croient que le retour de la démocratie en Gambie se fera facile car l'armée gambienne est trop diversifiée, par les soldats gambiens d'abord sélectionnés ethniquement. Il ne faut pas ignorer que le premier critère de recrutement dans l'armée gambienne, c'est avant tout être d'ethnie diola. Je ne dis pas que cela manque d'autres ethnies dans l'armée mais la majorité des soldats de nationalité gambienne sont avant tout Diola.

Les Diolas gambiens qui, il faut le rappeler, représentent 4,5% de la population, donc minoritaires.

Quand je parle de la diversification de l'armée gambienne, je fais allusion aussi à une bonne partie de la jeunesse casamançaise. En profitant du chômage et de la précarité des jeunes dans cette région Sud du Senegal, Yaya Jammeh en a sélectionné beaucoup pour en faire des soldats dans son armée nationale. Eux aussi sont tous Diolas et d'ailleurs, c'est à eux que Yaya Jammeh fait plus confiance que les soldats gambiens de naissance. Les
Gambiens lamda le savent.

Yaya Jammeh a endoctriné toute son armée en profitant de la minorité diola en Gambie et en Casamance pour les monter contre les autres ethnies, mais surtout en leur faisant croire que les Sénégalais ne méritent pas respect ni considération. Ce dont, heureusement, les civils gambiens dans leur majorité n'ont jamais tenu compte. Alors il concentre toute son énergie sur son armée ethnique, il entretient bien ses soldats de sorte qu'ils ont tous les pouvoirs à martyriser au quotidien les civils gambiens et les quelques Sénégalais qui entrent et sortent.

Ceci, pour dire que le retour de la démocratie en Gambie ne sera pas facile. Ce retour de la démocratie qu'on prie tant pour ce beau pays au peuple croyant et endurant, aura un prix et force est de le reconnaître et de le prévoir surtout.

Yaya Jammeh a armé de Kalachnikov (des neufs) ses hommes, suffit juste de rouler sur une route normale n'importe où en Gambie et de se faire contrôler pour s'en apercevoir. Donc Yaya Jammeh ne se prépare plus pour la guerre, mais il est bien prêt pour la guerre. Yaya Jammeh est dans un état d'esprit où il croit qu'inéluctablement son armée affrontera un jour celle du Sénégal. Il sacrifierait sa mère, son fils, son épouse pour rester au pouvoir et cela je pense que le Président Macky Sall l'a compris, c'est pourquoi il ne veut pas tomber dans ses multiples tentatives de provocation.

À ne point en douter, un jeu de mots entre Yaya Jammeh et le Président Macky Sall par presse interposée ne fera que durcir davantage la vie des Sénégalais vivant en Gambie. Donc, une dose de diplomatie par moment entre nos deux Etats suffit en attendant que Dieu booste assez les Gambiens qui apparemment n'ont plus peur de ce tigre en papier. Yaya Jammeh est conscient de la valeur et de la performance de l'armée sénégalaise. Donc, ceux qui s'agitent à se dire que le Président Macky Sall a peur de Yaya Jammeh ignorent simplement le risque qu'il y a à mettre en danger la vie de beaucoup de Sénégalais en Gambie. Et je pense que toute la classe politique sénégalaise a fini de montrer sa prudence à ce sujet.

Maintenant, pour approfondir sur l'après Yaya Jammeh, faudra retenir deux hypothèses: soit il sera tué ou bien capturé vivant. Et dans toutes ces deux hypothèses la Gambie connaîtra beaucoup de troubles.

- S'il est tué, l’anarchie s’installera, on verra de jeunes hommes lourdement armés qui n'auront plus de chef donc plus d'ordre, ils en feront qu'à leur tête et ça sera un désordre insupportable et qui peut aussi toucher le Sénégal.

- S'il est capturé vivant, là on peut espérer un désarmement partiel et volontaire pour le début mais y aura toujours une minorité de jeunes s'appelant fidèles de Yaya Jammeh qui occuperont en bons rebelles bien armés les forêts gambiennes. On verra une vraie rébellion ethnique (même s'il est pas bon de le dire). Pour combien de temps ? Dieu seul sait !

Tahirou Sarr - Conseiller Politique
Email: tahirousarrconsulting@gmail.com






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