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Nord du Sénégal: Une région clé pour l’autosuffisance


Rédigé par leral.net le Jeudi 20 Avril 2017 à 13:09 | | 0 commentaire(s)|

Cette nouvelle vague de producteurs n’est pas seulement composée d’investisseurs privés. À quelques dizaines de kilomètres de la ferme Goudiaby, les champs vert vif de petits exploitants de riz s’étendent à perte de vue, les canaux d’irrigation partent de la rivière et de ses affluents, pour alimenter les 60 612 hectares que le gouvernement a réservés à la production de cette céréale.

Grâce à une subvention du programme américain Millennium Challenge Corporation (MCC), il a développé des routes et des infrastructures d’irrigation dans la vallée. Une région-clé pour atteindre son but: l’autosuffisance dans la production de riz d’ici à 2017. « À cet horizon, notre objectif est de produire 1,08 million de tonnes de riz blanc par an, déclare Seyni Ndao, le directeur général adjoint de la Société nationale d’aménagement et d’exploitation des terres du delta du fleuve Sénégal (SAED). De Saint-Louis à Bakel, nous développons les infrastructures, des machines, des unités de stockage, l’irrigation et le drainage. »

Les autorités du pays veulent également réduire les importations de riz, qui sont très coûteuses. Elles soutiennent donc les producteurs locaux, en subventionnant les engrais à 40 % et les machines à 60 %. Les importateurs de riz cultivé à l’étranger sont contractuellement tenus d’acheter également des céréales locales, même si pour le moment, le Sénégal n’en produit pas assez pour répondre à la demande de ces distributeurs. Le pays importe actuellement du riz asiatique, de moindre qualité et à bas coût, mais qui a généralement la préférence des consommateurs.

La SAED a donc lancé la construction de 25 centres de transformation pour produire une céréale de meilleure qualité. Il devrait être possible de la vendre à un prix inférieur à celui du riz importé, affirme la société nationale. Reste qu’aujourd’hui, les deux se vendent au même prix: 300 F CFA (0,45 euro) le kilo. Dans ces conditions, on ne sait pas encore comment le gouvernement et les autres producteurs vont convaincre le consommateur d’acheter du riz local… À moins qu’ils n’aient les moyens de baisser son prix.

Superproduction

Si cette relance de l’agriculture au Sénégal a ses gagnants, elle a aussi ses perdants. En route vers le sud depuis Saint-Louis avec son sac poussiéreux sur le dos, Assane Sow, un producteur d’oignons, montre une poignée de paquets de semences de tomate. Il espère qu’elles pourront subvenir aux besoins de sa famille. « J’ai décidé d’arrêter de produire des oignons parce qu’ils sont en surproduction sur le marché local », explique-t-il.

En 2014, il pouvait en vendre un kilo pour 300 F CFA. Mais aujourd’hui, avec le gel des importations d’oignons pour encourager la production locale, le prix est descendu à seulement 100 F CFA. « Le plan du gouvernement nous fait souffrir, dit-il. On voit des gens qui n’ont pas d’expérience dans l’agriculture ou qui étaient spécialisés dans les pommes de terre, se mettre aux oignons. L’an dernier, le prix était tellement élevé que, désormais, tout le monde en produit. »

Mais Jean-Marie Goudiaby, qui alimente également le marché local avec ses oignons, soutient que cette baisse du prix n’est que temporaire. Malgré les difficultés, il garde en mémoire le moment où ses distributeurs au Royaume-Uni ont reçu leur premier envoi d’oignons doux bio sénégalais. « Ils ont cherché notre pays sur une carte, se souvient-il en souriant. Ils étaient ravis : six jours de Dakar à Douvres et une production à faible coût. « Nous devons faire des affaires ici », disaient-ils. Plus il y en aura, mieux ce sera pour nous. »

Jeune Afrique