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Nos vedettes chantent-elles si mal l’amour ?

Au Sénégal la chanson a toujours été présente dans nos mœurs. Le thème universel de l’Amour a beaucoup aussi intéressé nos « auteurs-compositeurs ». Cependant, force est de constater que, depuis un certains moment, on assiste à une prolifération d’œuvres qui traitent de ce thème avec des fortunes diverses. C’est ainsi que votre magazine a décidé de se pencher sur le phénomène, pour essayer d’apporter un éclairage sur la manière dont ce thème est abordé par la nouvelle vague.


Rédigé par leral.net le Vendredi 20 Février 2009 à 10:47 | | 0 commentaire(s)|

Sous nos cieux, les chanteurs ont interprété le sujet de l’amour sur tous les tons. Cependant, il urge de tirer sur la sonnette d’alarme, car, depuis un bon moment avec un boom survenu au niveau de l’industrie musicale et la multiplication des artistes musiciens, la quantité. Il est alors regrettable de constater que, contrairement aux anciens qui appréhendaient ce thème avec une certaine pudeur et une retenue appréciable, la jeune vague préfère utiliser des raccourcis douteux.

En effet, des artistes, comme Badara Mbaye Kaba, étaient plutôt des poètes et des penseurs très bien nourris à la sève traditionnelle et possédant une base religieuse solide. Ils étaient donc obliger d’user du manteau de la pudeur. Par la suite, des artistes comme Elhadj Assane Ndiaye, Mapenda Sarr, Seck Diack, Ndiaye Lo Ndiaye et Ablaye Mboup ont apporté une touche plus moderne et plus consistante. Ils ont utilisé les mots justes pour toucher le large public. Au niveau de la gent féminine, des pionnière comme feue Aminata Fall, Adja Khar Mbaye et Diabou Seck ont magnifiée l’amour de manière très imagée. Par la suite, des divas comme Kiné Lam, Daro Mbaye, Ndeye Mbaye et toute cette génération de femmes artistes ont plutôt chanté la grandeur du mari protecteur et bienveillant.

La jeune pousse de la trempe de Viviane, Coumba Gawlo, Amy Mbengue a utilisé le langage plus osé pour ne pas dire cru. Elles chantent l’amour à leur manière, avec une désinvolture et audace sujettes à caution. Au niveau des hommes, également, la transition ne fut pas facile. Après les Pape Seck, Labah Socé et Kunta Mame Cheikh Fall, la relève assuré par Doudou Sow, Youssou Ndour, Omar Péne, Thione Seck et les autres, s’est essayée à cet exercice avec des résultats mitigés. La nouvelle vague composée de Pape Diouf, Abdou Guitté, Assane Mboup, Pape Ndiaye Thiopet, Alioune Mbaye Nder et Fallou Dieng aussi abordent le sujet avec un peu plus de fantaisie et de liberté. Désormais, des propos à double sens sont utilisés et l’irruption massive des adeptes du « taasu » n’arrange pas les choses. De plus en plus, les textes manque de profondeur et de pertinence.

Les artistes s’emblent s’amuser avec le sujet de l’amour qui revient de manière respective dans leurs œuvres. Pourtant, c’est un thème qui aurait pu être mieux traité car étant multiple et varié. Il urge de revoir les copies et d’éviter la facilité et la vulgarité. L’avis des différents acteurs renseigne sur la profondeur du mal…


Nos vedettes chantent-elles si mal l’amour ?
Birame Ndeck Ndiaye, Parolier « Il faut que les mots soient bien choisis parce que vous ne parlez plus pour vous-même. »

TM:Comment appréciez vous les textes de nos artistes ?


Je crois vraiment que l’on n’accorde pas trop d’importance à la parole. Elle est banalisé et comme on le dit en wolof : « kaddu da gnu koy wodd », c’est-à-dire que la parole doit être belle. On doit bien l’habiller. A partir de la parole, peut naître l’amour, la haine, la guerre. Il faut essayer de faire le mieux possible pour la rendre agréable et digeste. Il y a malheureusement des gens qui ont une stratégie de choquer pour toucher le grand public. Pourtant avec la musique il est bien possible de joindre l’utile à l’agréable. Il faut faire attention à tous ceux qui nous écoutent. Il y a parmi eux des enfants des vielles personnes, des religieux etc. je pense que la politesse et la mesure ne seront jamais trop. Comme disait l’autre, quand ce qu’on a à dire n’est pas plus important que le silence, alors il faut se taire. Alors que de nos jours on parle beaucoup, je crois qu’il faudrait faire une élection de mots car l’écriture est une belle architecture. Il faut prendre la peine de se cultiver, de beaucoup lire, de lire de grands auteurs pour essayer d’être à la hauteur. Au moins, si vous imiter les meilleurs, vous risquez d’être parmi les moyens à défaut d’être parmi les meilleurs. Encore une fois, la voix est différente de la plume. On peut avoir les deux et c’est tant mieux, mais si on ne l’a pas, il ne faut pas insister. L’inspiration ne vient pas toute seule. Il faut que les mots soient bien choisis parce que vous ne parlez plus pour vous-même.

Vous-même avez-vous été inspiré par le thème de l’Amour ?

Ah oui et j’essaye de l’appréhender le plus naturellement possible. Par exemple, dans le texte « feebar bile » (cette maladie) que j’ai écrit. J’y ai montré que la personne s’est levée le matin avec tous les membres engourdis et il avait mal partout. Il est allé voir le médecin qui lui a dit que ton cœur bat et cette musique que j’entends c’est l’amour. Il lui dit alors qu’il y a la maladie d’amour comme dirait Michel Sardou. Il n’y a pas de médicament à prescrire. Il y a aussi d’autres thèmes. Il y a aussi ce texte sur un homme qui encense sa femme après des années passées dans la douleur. Il voulait par la suite chanter à la face du monde la bravoure de son épouse, qui n’a rien lâché malgré les pressions et les difficultés de toutes sortes. La chanson, ce n’est pas toujours des choses que l’on a vécues, mais on essaye de s’inspirer de la société. Il y a plusieurs façons d’aborder l’amour. L’essentiel est de poser des problèmes. Ce qui est bien, c’est que les gens sentent que vous avez écrit pour eux. On vit dans une société et on ne doit pas être insensible, on écrit selon ses émotions.

Docteur Ibrahima Wone, Universitaire et journaliste

« L’ancienne génération savait par exemple exalter le sentiment sans écart de langage »

Parlez-nous de l’importance et du rôle de la parole dans la musique sénégalaise ?

La parole et la musique vont ensemble, car, dans notre société, la production culturelle répond (comme le dit Pape Masséne Séne dans une étude consacrée à la poésie orale) à une double exigence : « être fidèle aux critères esthétiques en vigueur et respecter les codes essentiels des valeurs éthiques qui régissent les membres de la société. » c’est un peu sur ce principe qui se fonde l’horizon d’attente du public. C’est pourquoi on se refaire souvent, pour rappeler la vocation du chanteur, au célèbre couplet de Thione Seck :

« Woy bu diglewul xamlewul Yeglewul yeetewul Dootul woy Ay naxaate la. »

Une chanson qui ne conseille ni enseigne N’informe ni éveille N’est plus une chanson C’est une parodie

Comment appréciez vous la manière dont nos chanteurs chantent l’amour. Faites un parallèle entre l’ancienne vague et la nouvelle ?

L’amour est un de ses thèmes les plus chantés non pas seulement au Sénégal mais dans le monde. Mais vous savez, la fortune d’une composition ne dépend pas que de son thème. L’originalité d’une chanson est à chercher dans la façon dont le sujet est abordé. L’ancienne génération savait par exemple exalter le sentiment sans écart de langage. « Lay Ñaax » (de feue Mada Thiam) qui date des années 60 et « Aya Bimbang » (de Khar Mbaye Madiaga) peuvent être considérés comme des classiques. Ndiaga Mbaye a ému plus d’un à travers « Mbeguel » qui a été d’ailleurs repris ces dernières années par Youssou Ndour sous le titre « plus fort ». Ces grands créateurs se livraient, dans ces œuvres, à une mise en scène permettant à beaucoup d’auditeurs de s’y retrouver. D’ailleurs souvent quand l’exercice est vraiment réussi, le public pense que l’artiste raconte sa propre expérience. Aujourd’hui, par contre, on mise beaucoup plus sur l’obscénité, les expressions équivoques pour capter l’attention. Ce style peut être approprié à certaines manifestations, à des cérémonies précises, etc. Mais quand le produit est mis dans le circuit des mass médias dont le public très varié couvre toutes les catégories d’âges, l’ensemble des couches sociales, il y a un problème.

De manière générale comment appréciez vous les textes de nos chanteurs ?

Il est difficile de donner une appréciation globale d’une production aussi variée. Il y a des artistes dotés d’un talent réel en matière d’écriture. C’est le cas de Souleymane Faye, Assane Mboup, Abdou Guité Seck, Mada Bâ, entre autres. Certains, qui sont plutôt bon interprète, collaborent avec des paroliers comme Kabou Guèye, Cheikh Talibouya Ndiaye ou Birame Ndeck Ndiaye. Il y a assez de bons poètes. Il y a aussi ceux qui se débrouillent ! Il faut également signaler que parmi ceux qui s’adonnent au tassu il y a d’assez bons poètes. Malheureusement on ne perçoit pas comme il le faut le contenu du fait du débit et du rythme. Pape Ndiaye Thiopet et Papa Ndiaye Daly ont quelquefois des textes assez intéressants. La scène musicale étant suffisamment peuplée, disons qu’il y a forcément du bon et du moins bon. Il y a en surtout pour tous les goût et c’est peut être le plus important !



Nos vedettes chantent-elles si mal l’amour ?
« Je voudrais surtout pas que l’on prenne mal mes propos. »
Thione Ballago Seck auteur interprète :

« Il faut surtout éviter de tomber dans la facilité »


Je n’ai aucune intention de m’ériger en donneur de leçons. Cependant, comme j’ai eu à le dire dans une de mes chansons il n’est pas facile de créer et de s’adresser aux millions de personnes. Une œuvre doit remplir certains critères, sinon on ne peut pas la classer dans la catégorie des chansons. Il faut être conscient que la parole est comme une arme. Ce qui doit nous pousser à utiliser à bon escient. Parler est très difficile et la chanson n’est rien d’autre que de la parole rendue douce par le canal des arrangements musicaux. Il faut donc faire attention à ne pas heurter les consciences et à ne pas choquer les gens. Nous avons une vielle tradition orale et les chanteurs ont toujours eu un rôle important dans la société comme j’ai aussi eu à le chanter. Je ne saurais trop m’étaler sur le sujet mais il faut convenir qu’il y a des choses à améliorer. En ce qui concerne le thème de l’amour il faut concéder qu’il est très difficile à appréhender car il est multiforme. Il faut surtout éviter de tomber dans la facilité et la vulgarité car nous avons nos propres valeurs et j’invite mes collègues à être plus regardant au niveau des textes. »

Source :Town magazine/Galsentv.com






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