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Nous sommes les assassins de l’enfant talibé mort égorgé à Thiès


Rédigé par leral.net le Mardi 18 Août 2015 à 09:46 | | 2 commentaire(s)|

Nous sommes les assassins de l’enfant talibé mort égorgé à Thiès
Nous sommes tous aptes à être acteurs dans des films comiques, tellement nous excellons dans la comédie, et cela même dans les moments affreux et tragiques. Quand je dis nous, je fais allusion aux Sénégalais toutes obédiences confondues. Nous en avons pour preuve l’émoi qui s’est emparé de nos compatriotes suite à l’assassinat d’un enfant de 8 ans, poignardé 47 fois avant de se voir trancher la gorge. Il est certain que pareil acte ne peut laisser personne indifférent. Mais il y a surtout du cynisme poussé dans l’expression de notre tristesse, de notre compassion, et de notre douleur. Car ce meurtre a juste le mérite d’avoir une place de choix sur la longue liste d’enfants talibés ou même des enfants tout simplement arrachés à notre affection d’une cruauté rare. Et d’une manière qui nous renvoie aux films d’horreur où les vampires s’en prennent à volonté aux enfants.

Ensemble, remontons l’histoire pour revoir quelques épisodes marquants dans la fulminante série qui pourrait avoir comme titre : « Enfants, mourez dans l’atrocité ». En février 2012, un enfant a été décapité et déposé au cimetière des abattoirs de Soumbédioune à la Médina. Le 02 avril 2014, Cheikh Ndiaye, âgé de trois (3) ans suivait presque le même sort. Enlevé à Thiès, il est retrouvé quelques jours après à Ngaye Mékhé amputé de certains membres du corps. Dans la banlieue dakaroise, précisément à Malika, c’est un enfant de deux (2) ans qui a été décapité par un malade mental. Les faits remontent à mars 2015. Parlant d’enfants victimes de malades mentaux nous replonge à la tragique disparition de l’écolière Ndeye Selbé Diouf violée puis tuée à Guédiawaye en 2008. Assassinat perpétré par un nommé Abdou Lahad Wade, désigné comme déficient mental. Et puis l’une des disparitions d’enfants qui marquera à jamais le Sénégal reste sans doute, la mort des huit (8) enfants talibés et une fille tués dans un incendie à la rue 6x19 de la Médina.

S’ils ne sont pas tués, nos fils, neveux, frères et sœurs sont exposés à la merci des pédophiles. Ces derniers usent de toutes sortes d’astuces, pour assouvir leur étrange et inexplicable appétit sexuel, orienté vers des enfants qui viennent à peine d’abandonner le biberon. Ces crimes exposés ci-dessus sortent d’un lot qui en compte plusieurs autres, tous similaires et qui ont comme dénominateur commun : des enfants tués, violés ou violentés. Voilà pourquoi nous sommes convaincus que la mort de l’enfant talibé égorgé à Thiès marque son temps comme l’effet d’une bombe. Parce que dans quelques jours seulement, cette information passera à l’oubliette ou sera suppléée sous peu par un crime encore plus crapuleux. Que Dieu nous en garde !

En bon comédien que nous sommes, nous déverserons une nouvelle fois à flot des « Ndéyssane » (triste) assourdissants dans les grands-places, réseaux sociaux et médias. Mais quelle est réellement notre contribution dans la protection des enfants qu’ils soient talibés ou mendiants ? Difficile d’ailleurs de distinguer à ce jour, les enfants « talibés » des enfants mendiants et ceux de la rue. On pourrait, pour éviter toute confusion, les appeler « enfants ouvriers », au service de pseudos marabouts et de parents paresseux et irresponsables. Mais l’État reste à ce jour le principal coupable de ces meurtres commandités sur des gamins. Jamais nos autorités n’ont eu le courage d’éradiquer ce phénomène que nous encourageons honteusement. On se souvient qu’en 2010, Souleymane Ndéné Ndiaye, alors Premier ministre annonçait l’interdiction de la mendicité dans les lieux publics, excepté dans les lieux de cultes. Une mesure qui s’est vite heurtée aux lobbies des marabouts exploitant d’enfants. Ainsi, la décision comme un mort-né, fut tout simplement ranger aux tiroirs des dossiers à ne plus toucher. Comme si la question renfermait un caractère hautement étatique, capable de porter atteinte à la stabilité sociale du pays. Prenant son courage à deux mains, le Premier ministre Abdoul Mbaye, chef d’écurie d’un gouvernement installé pour apporter la rupture tant attendu, décida en 2013 de bannir de notre vue l’image des enfants errant en quête de pitance. Hélas, le résultat nous le connaissons tous. Et pourtant la loi existe, et est suffisamment libellée pour clore à jamais ce sujet. Mais qui pour appliquer cette loi ? Dans un pays ou pouvoirs politiques, pouvoirs religieux et traditionnels s’entrechoquent et aucun ne remplit pleinement sa mission conformément aux normes qui la régisse.

Voilà pourquoi il ne nous semble pas exagérer de dire que nous Sénégalais, sommes les assassins de ces enfants innocents qui ont eu la mal chance de venir au monde dans un pays où le népotisme et la négligence complètent les altitudes d’adultes irresponsables. Nous avons eu la chaire de poule en lisant en ces termes madame la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, Mariama Sarr : qui s’est dite désolée du meurtre de ce talibé tué à Thiès. Mais que signifie ce mot : désolé. Dans un contexte marqué par une telle violence. Mais nous pension que c’était juste une réaction partielle, parcourant quotidiens et sites internet dans l’espoir de trouver un second discours ferme et musclé allant dans le sens de stopper pour de bon le phénomène des enfants talibés. Mais nous nous sommes vite rendus à l’évidence et nous avons compris que l’Etat est plutôt préoccupé à appréhender des étudiants jeteurs de pierres, et des alerteurs de bombe imaginaires que de protéger ceux qui présideraient aux destinées de notre pays dans un futur proche. Nous nous demandons désormais qui va sauver ces enfants patrimoine national, des mains d’une société égoïste, ingrate, et fumiste surtout ?

Aliou Sambou Bodian






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