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Nous sommes tous humains - Par Dié Maty Fall


Rédigé par leral.net le Mardi 17 Novembre 2015 à 08:27 | | 6 commentaire(s)|

Ce n‘est pas la France qui a été lâchement attaquée. Ce qui a été lâchement défié, ce sont des valeurs universelles, des projets de société et des idées de paix, d’amour, de fraternité, d’humanité et de liberté, auxquelles nous avons librement consenti. Nous sommes tous humains, nous convoitons tous de vivre dans un monde de paix et de prospérité dans la diversité de nos origines et de nos convictions. C’est l’ensemble de ces valeurs collectives qui sont frappées par des adeptes de la terreur, de la barbarie et de l’obscurantisme, leurs valeurs à eux qu’ils tentent désespérément de semer, en utilisant pour cette ignoble besogne des jeunes, perdus et en quête de repères et de salut hors de la société de consommation. En assassinant atrocement une centaine de personnes (132 victimes dernier bilan) et en blessant grièvement les chairs de 352 autres innocents, les commandos de la terreur ont massacré des êtres humains d’abord, avant que d’être des Français, musulmans, chrétiens, juifs, noirs, blancs, jeunes ou pas. Leur seul tort a été d’être au mauvais moment au mauvais endroit. En quoi ces frères et sœurs, ces mères de famille, ces jeunes amoureux en goguette, ces enfants de sortie avec leurs parents sont-ils coupables ou responsables ? En quoi ces innocents sont-ils des cibles de guerre ? Cette guerre de la terreur mise en œuvre par des terroristes désincarnés est sale, déshonorable, dégoûtante et lâche. Quand on assassine des innocents, de Jalalabad à Mbafaye, de Canberra à New York, c’est toute l’humanité que l’on assassine.

Cette situation de guerre nous met tous face à nos responsabilités. Et ce sont nos réponses face à la barbarie qui nous mettront à l’abri. Certes, le combat est inégal car il ne présente pas une armée régulière face à une autre sur le terrain militaire qui comporte ses règles et ses codes. Mais un terrain de l’ombre, de l’endoctrinement et de la guerre psychologique dans lequel ondoient avec beaucoup de lâcheté des combattants sans honneur qui abattent sans pitié ni distinction femmes, enfants et hommes désarmés, au hasard de leurs croisières criminelles. Ils ont décidé de porter la guerre dans les rues. Certes, le combat sera long. Nous les musulmans devons reconnaitre que nous sommes divisés, qu’en notre sein il y a minoritairement des extrémistes, et que surtout nous manquons de nous mobiliser d’une seule voix au nom de la majorité silencieuse, celle qui vit et pratique un Islam de paix, d’amour, de fraternité, d’humanité et de liberté. Il semble que notre religion manque d’un Clergé qui parlerait d’une seule voix et que, paradoxalement à la tentation radicale et liberticide des extrémistes, en Islam chacun est libre de son arbitre et de sa conscience. Aussi loin qu’il nous en souvienne, nulle voix en dehors de celle du Mufti de l’Université d’Alexandrie ou celle d’Abdou Diouf à l’époque Secrétaire Général de la Francophonie, ne s’est faite entendre pour condamner le banditisme religieux et pour rappeler que l’islam est étymologiquement et consubstantiellement une religion de paix et de concorde.

Ici au Sénégal, il est temps que la classe religieuse dans son ensemble fasse front et porte enfin cette voix. C’est son devoir et aussi sa prérogative. Le peuple aussi doit assurer sa propre sécurité en restant solidaire, soudé et uni autour des valeurs républicaines et humanistes, en rejetant des discours trompeurs qui font leur lit des crises économiques et des drames personnels. C’est le devoir des citoyens d’assumer leur propre sécurité dans le cadre des lois, de faire face, d’être attentif à leur environnement, de faire des signalements, d’accepter les contrôles pour des raisons de sécurité. Car toutes seules, les forces de l’ordre et la justice, ne peuvent pas conjurer toutes les menaces. Elles ont semble-t-il déjà suffisamment à faire avec les menaces intérieures et extérieures, avec la sécurité intérieure et à nos frontières, avec des moyens dérisoires face à l’enjeu. Nous avons conscience que si nous avons jusque-là échappé à la terreur, c’est grâce à Dieu et aux forces de sécurité de notre pays. Il est temps pour nous d’être conscient de leur mission. Pendant ce temps, les membres de la classe politique sont eux occupés à se chamailler et à se renouveler dans les situations de prébendes et de confort. Il est encore temps pour cette caste de se détourner des futilités politiciennes et de se pencher sur les problèmes sérieux du Sénégal et des Sénégalais.

Il est encore temps pour la Nation de se ressaisir et de se protéger contre les graines de ce terrorisme lâche que des sycophantes et des judas suppôts du diable tentent de semer dans le pays qui les a vus naître et prospérer. Il est encore temps que la société civile, la presse, le gouvernement, la classe politique, la classe religieuse et les citoyens s’engagent dans une coalition unique, pour réfléchir sérieusement sur le devenir de la société que nous souhaitons et sur l’avenir de notre pays, pour infléchir la politique nationale et réduire les dérives et les dangers visibles pour qui veut les voir. Juger Hissène Habré en dehors de son présumé complice Idriss Deby n’est pas une priorité ni une urgence pour le Sénégal ni pour les organisations de défense des droits de l’homme, surtout en l’absence d’un procès juste et équitable. A nos yeux, l’urgence des ONG ce sont les victimes du développement, de la prospérité et de la croissance, terreau de recrutement des imams salafistes. Car le terrorisme religieux, l’obscurantisme et le radicalisme nous menacent jour après jour même si nous n’en voyons pas encore les traces sanglantes. Nous avons fait depuis la nuit des temps le choix d’un Sénégal de la paix, de la Teranga, de la concorde, du dialogue, du syncrétisme religieux, le choix d’un Islam de paix et de la tolérance, bref de l’humanisme, et notre devoir est de le transmettre aux générations futures. Notre agenda national, religieux, citoyen, familial et intime ne nous sera pas dicté par des kamikazes et des extrémistes barbares, mais bien par notre commun vouloir de vivre ensemble.






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