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Obama, héritier indirect de la convention chaotique de 1968

Rédigé par Senegal Leral le 24 Août 2008 à 18:02 | Lu 688 fois

CHICAGO — La pellicule a vieilli mais la scène a gardé toute sa force: les policiers casqués de Chicago matraquent des manifestants dans un brouillard de gaz lacrymogène, tandis que dans une salle, les hurlements ponctuent le débat politique sur les batailles de rue et la guerre du Vietnam. La convention démocrate de 1968 marque un tournant, qui a permis 40 ans plus tard l'investiture de Barack Obama.


Obama, héritier indirect de la convention chaotique de 1968
Une autre guerre impopulaire, cette fois en Irak, sera au centre de la convention 2008 qui commence lundi. On attend des milliers de manifestants à Denver (Colorado, centre-ouest des Etats-Unis), dont un groupe baptisé "Recréons 1968".

Des dizaines de rassemblements contre la guerre se préparent et des opposants à l'avortement chercheront à se faire arrêter, mais la grand-messe démocrate a tiré les leçons de 1968, de ses violences et de ses discordes internes étalées sous les yeux de tous les Américains.

Dans la rue, des centaines de policiers et de civils avaient été blessés dans les affrontements retransmis à la télévision, et des centaines de manifestants avaient été arrêtés. Lors de l'élection présidentielle en novembre suivant, le candidat démocrate, le vice-président Hubert Humphrey, avait été battu par le républicain Richard Nixon.

"Je crois que les gens se sont dit: si ces gars ne sont pas capables de mener une convention sans se battre entre eux, dans la rue et à la convention, comment pourraient-ils diriger le pays?", se souvient l'ancien sénateur George McGovern, arrivé en troisième position à l'époque.

George McGovern a été l'un des artisans de la réforme. Après Chicago, le Parti démocrate a changé le mode de sélection de ses délégués pour réduire l'influence des gros bonnets comme feu le maire de Chicago, Richard J. Daley, et augmenter le poids des électeurs de base grâce à des primaires et caucus dans les différents Etats. Quatre ans après Chicago, aucun des délégués choisis par Richard J. Daley n'obtenait de siège à la convention de 1972.

"La dernière saison des primaires (2008) est le fruit direct de celle de 1968", analyse George McGovern. Le dispositif révisé a ainsi permis à Barack Obama, 47 ans, de distancer la favorite du début de la pré-campagne Hillary Rodham Clinton, alors qu'il y a quatre ans il n'était encore qu'un obscur sénateur de l'Illinois.

"Si les dirigeants du parti avaient eu le dernier mot dans le choix du nominé cette année, il est probable que nous aurions Hillary Clinton plutôt que le jeune Obama comme candidat", estime l'historienne Doris Kearns Goodwin.

La convention de 1968 a aussi ouvert la porte à la jeunesse. "Les représentants et les sénateurs ont vu la façon dont les étudiants prenaient les rues, et ils se sont dit qu'il valait mieux diriger cette énergie vers une participation à la vie politique", explique Ken Janda, professeur émérite de science politique à Northwestern University. L'abaissement de l'âge de voter de 21 à 18 ans devrait profiter à Barack Obama, qui est particulièrement populaire parmi les jeunes.

La convention de 1968 a marqué un tournant dans la vie politique américaine. Quarante ans plus tard, tout est fait pour éviter les débordements, à l'extérieur mais surtout à l'intérieur de l'arène démocrate. Les discours sont aussi policés que des publicités télévisées et aucun grand débat ne risque de faire des vagues. L'investiture de Barack Obama pour la course à la Maison Blanche pourrait presque apparaître comme une formalité.