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Otages au Mali: Paris pris dans le piège d'al-Qaida

le 15 Septembre 2012 à 10:21 | Lu 741 fois

Les quatre Français enlevés sur un site d'Areva au Niger sont retenus en otage depuis deux ans sans qu'une solution ne se dessine.


Otages au Mali: Paris pris dans le piège d'al-Qaida
Dimanche marquera l'anniversaire des deux années de captivités pour quatre hommes, quatre Français otages aux confins du désert malien d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Deux ans qui sonnent comme le symbole d'une certaine impuissance de la France à endiguer l'expansion des idées djihadistes dans le Sahel.

Car, depuis leur capture dans la nuit du 16 septembre 2010 à Arlit, au Niger, où ils travaillaient pour la société Areva ou pour Sogea-Satom, peu d'avancées ont été enregistrées sur le sort et l'avenir de ces détenus. «On vit un enfer», raconte René Robert, le grand-père de l'un des séquestrés qui reconnaît «ne pas savoir grand-chose».

Aqmi a pignon sur rue au Mali
Pierre Legrand, Marc Ferret, Daniel Larribe et Thierry Dol sont aux mains d'Abou Zeid, un islamiste algérien, chef d'une des principales brigades d'Aqmi au Mali. «C'est un vrai intégriste, très décidé mais très versatile, ce qui ne facilite pas les choses», souligne un négociateur ouest-africain. La libération en février 2011 de Françoise, l'épouse de Daniel Larribe, et deux codétenus de nationalité togolaise et malgache pris eux aussi à Arlit avait soulevé un peu d'espoir, vite douché. Les ravisseurs n'ont fait qu'espacer les nouvelles jusqu'au 8 septembre dernier et la diffusion par un site Internet mauritanien d'une vidéo. Ce film, datant du 29 août, montre les otages fatigués mais vivants. «C'est le signe que les négociations sont en ce moment bloquées», explique Mohammed Mahmoud Abou el-Maali, un journaliste mauritanien bon connaisseur de la nébuleuse islamiste. Pour lui, le fait qu'aucun ultimatum n'ait été posé est un «bon signe». Mais l'homme se garde de pousser plus loin l'analyse.

Car ces derniers mois, la situation du Mali, et donc celle des otages, a radicalement changé. L'effondrement, fin mars 2012, du régime du président malien Amadou Toumani Touré puis l'irruption d'une rébellion au Nord a brouillé les cartes. «Cela gêne beaucoup la France dans les négociations. Les intermédiaires classiques, comme les Touaregs ou certains responsables maliens, ne sont plus efficaces», assure Abou el-Maali. Dans le même temps la puissance d'Aqmi s'est multipliée.

Énormité de la rançon demandée
Les islamistes contrôlent maintenant directement ou au travers d'Ansar Dine et du Mouvement unicité et djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) tout le nord du pays et les villes de Gao, Kidal et Tombouctou, dont Aqmi a fait sa capitale. Le groupe qui ne comptait que quelques centaines de combattants peut maintenant disposer de plusieurs milliers d'hommes et d'un armement considérable. «Dans sa fuite l'armée malienne a abandonné un véritable arsenal. Les islamistes possèdent maintenant plus de matériel que le Burkina, le Niger et la Côte d'Ivoire réunis», assure-t-on dans l'entourage d'un dirigeant ouest-africain. Au final, Abou Zeid, l'ancien djihadiste traqué, s'est mué en un homme de poids. «Il a une adresse et un numéro de téléphone. Il faut cesser de le considérer comme un paria et négocier avec lui», affirme même un dirigeant arabe malien.

Dans ce contexte, la diffusion de la vidéo a laissé perplexe. «Soit les gens d'Aqmi ont besoin d'argent pour financer leur extension, soit ils cherchent simplement à replacer les otages dans le jeu médiatique pour faire pression sur le gouvernement français et s'en servir comme bouclier humain», explique un spécialiste. L'énormité de la rançon demandée, près de 100 millions d'euros, plaide pour la première hypothèse. Mais la France peut-elle payer, même une somme plus modeste, au moment où elle soutient l'option d'une intervention armée africaine contre Aqmi et ses alliés? Pour Paris, le dossier des otages maliens ressemble de plus en plus à un piège.



Par Tanguy Berthemet