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Pakistan : une chrétienne risque la mort

le 21 Août 2012 à 13:32 | Lu 718 fois

La fillette de 11 ans, qui est trisomique, est accusée d'avoir brûlé des pages du Coran.


Pakistan : une chrétienne risque la mort
À Islamabad

Dans le quartier de Mehrabadi, les Masih sont une famille parmi d'autres. Comme beaucoup de chrétiens, le père, Misrak, est balayeur. «Il payait son loyer tous les mois. Je n'ai jamais eu de problème. Ici, on s'entend bien avec les chrétiens», explique Malik Amjad, son propriétaire, de confession musulmane. Mais, depuis 4 jours, le climat a changé dans ce quartier pauvre d'Islamabad. La porte des Masih est cadenassée. Ils ont fui. Comme tous les chrétiens du voisinage.

Tout commence jeudi dernier. Rimsha Masih part jeter un paquet de feuilles brûlées sur le terrain vague en face de la mosquée. «Mon neveu Hammad lui a demandé ce qu'elle venait jeter», raconte Malik Amjad. Rimsha ne répond pas. Intrigué, Hammad jette un œil sur le papier roussi par les flammes. Des pages du Coran! Au Pakistan, la loi du blasphème condamne à mort celui qui manque de respect au livre saint.

Hammad fonce dans la mosquée prévenir les fidèles. Choqué, le groupe se dirige vers la maison de la famille Masih. La mère s'excuse. Explique que sa fille ne savait pas qu'elle jetait des pages du Coran. «Les enfants ne vont pas à l'école et ils ne savent pas lire», précise Malik Amjad. En plus, personne n'a vu la fillette enflammer le livre.

Exode des minorités
L'affaire aurait pu en rester là. C'était compter sans le zèle de quelques-uns. «Le soir des faits, j'ai entendu un appel depuis les haut-parleurs de la mosquée. La voix exhortait les musulmans à relever la tête et à protester», témoigne un chrétien resté sur place. Six cents à mille manifestants bloquent l'avenue qui mène au centre de la capitale. Les chrétiens craignent des représailles.

«Rimsha Masih est trisomique et c'est une fillette. Elle n'est pas responsable», plaide Paul Bhatti, le ministre catholique des Minorités. Le président Asif Ali Zardari demande au ministère de l'Intérieur de diligenter une enquête et promet que la loi du blasphème ne sera pas détournée. La législation sert souvent de prétexte à des règlements de comptes.

Le geste présidentiel agace Sohail Johnson, membre de la Commission de défense des droits de l'homme, une ONG pakistanaise réputée: «Depuis cinq ans, les attaques contre les chrétiens se multiplient. Mais les autorités ne font rien. L'ancien ministre chrétien des Minorités, Shahbaz Bhatti, a été assassiné par les talibans en mars 2011. Les meurtriers courent toujours. Zardari essaye de protéger la crédibilité de son gouvernement», peste-t-il. En novembre 2010, Asia Bibi, une chrétienne, mère de cinq enfants, a été condamnée à mort pour blasphème à la suite d'une altercation verbale avec des femmes musulmanes. Elle croupit depuis en prison. Le 10 août, 250 hindous ont fui en Inde pour échapper à leur lot quotidien: conversions forcées, enlèvements, extorsions… Embarrassé, le ministère de l'Intérieur les a bloqués à la frontière pendant sept heures, espérant les retenir. En vain.

Meurtres en série
La violence n'épargne pas les chiites, qui représentent 20 % de la population et sont victimes de meurtres en série. Le 16 août, les talibans interceptent un autocar entre Islamabad et Gilgit, dans le nord du pays. Ils contrôlent l'identité des passagers, séparent les chiites, les alignent et les exécutent. Vingt morts. Les attaques antichiites ont pris de l'ampleur depuis la libération de Malik Ishaq le 11 juillet 2011. Ce terroriste est le fondateur du Lashkar-e-Jhangvi, un groupe extrémiste qui attaque les minorités depuis seize ans. «Sa libération a été interprétée comme un blanc-seing de la justice pakistanaise aux mouvements sectaires», déplore un diplomate. La violence n'est pas près de cesser.



Par Emmanuel Derville