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Pékin s'installe en mer de Chine méridionale

le 24 Juillet 2012 à 09:11 | Lu 554 fois

Pour sanctuariser les eaux qu'elle revendique, la Chine, après leur avoir donné un statut administratif, installe une garnison.


Pékin s'installe en mer de Chine méridionale
Correspondant à Pékin

Sur les différends maritimes avec ses voisins, la Chine ne met pas l'arme au pied, au contraire. Elle a annoncé ce week-end avoir approuvé l'installation officielle d'une garnison en mer de Chine méridionale. Il s'agit d'un pas de plus pour sanctuariser ces eaux, qui sont l'objet de multiples querelles avec les pays voisins d'Asie du Sud-Est. Et d'une annonce qui pourrait encore accroître des tensions déjà fortes.

La mesure a été prise par la toute puissante Commission militaire centrale (CMC). Elle est avant tout symbolique, puisque la Chine avait déjà une substantielle présence militaire dans la zone. La garnison de Sansha aura pour mission de «garder la ville, apporter son soutien à des opérations locales de secours (…) et mener des missions militaires» selon l'agence officielle Chine nouvelle. Le mois dernier, Pékin avait déjà franchi une étape en donnant à l'ensemble de cette mer un statut administratif de ville, sous le nom de Sansha, dépendant de la province insulaire de Hainan. Cette jeune localité se situe sur une île de l'archipel Paracel, appelée Yongxing en chinois, et Woody Island en anglais. Les îles Paracel sont également revendiquées par le Vietnam et Taïwan. En 1974, au terme d'une confrontation navale avec le Vietnam, la Chine avait pris le contrôle total de l'archipel.

La presse officielle chinoise reconnaît que Sansha est désormais la plus petite ville chinoise de niveau préfectoral, pour sa population - avec à peine un millier d'habitants - comme pour sa superficie, seulement 13 kilomètres carrés de terres. Mais elle précise qu'en revanche, elle est la plus étendue du pays, avec deux millions de kilomètres carrés de mer… Pour affirmer leur présence, les autorités chinoises assurent que Sansha dispose de sérieuses infrastructures comme une poste, une banque, un supermarché et un hôpital. Le Vietnam a immédiatement protesté contre cette «soi-disant ville de Sansha», créée illégalement sur des terres relevant de sa souveraineté. Pour la troisième fois en un mois, une manifestation antichinoise a eu lieu ce week-end à Hanoi. L'envoi d'une importante flottille de pêche chinoise vers l'autre archipel contesté des Spratleys a encore avivé les tensions.

Asseoir sa souveraineté
En s'appuyant sur une forte montée en puissance des flottes «civiles» de la State Oceanic Administration (SOA) ou de l'administration de surveillance des pêches, dont les bateaux sont désormais équipés d'armes lourdes, Pékin s'emploie inlassablement à asseoir sa souveraineté sur la zone par une politique du fait accompli. En 2010, la mer de Chine méridionale a été élevée au rang «d'intérêt vital», dans le sillage de Taïwan, du Tibet et du Xinjiang. Ce qui signifie que Pékin ne souffrira aucun compromis.

C'est avec le Vietnam que le conflit est le plus vif, mais les ambitions chinoises se heurtent à presque tous les autres riverains, dont la sensibilité est avivée par la richesse en ressources de ces 1,7 million de kilomètres carrés d'eau. Les Spratleys sont ainsi revendiquées - en partie ou en totalité - par les Philippines, Brunei, la Malaisie et Taïwan. Depuis le mois d'avril, un face-à-face tendu oppose Chinois et Philippins autour du récif de Scarborough, revendiqué par les deux pays. À la mi-juillet, un navire de guerre chinois s'est même malencontreusement échoué dans la zone.

Au-delà des questions de fierté nationale, les ressources en hydrocarbures de ces eaux chaudes nourrissent les tensions. Et le «retour de l'Amérique» dans la région internationalise le sujet, au grand dam de Pékin. À la mi-juillet toujours, les ministres des Affaires étrangères des dix pays de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) se sont séparés pour la première fois sans publier de communiqué final, après de sérieuses divergences sur la manière de gérer leurs conflits territoriaux avec la Chine.

Une riche famille japonaise veut vendre ses îles
Le casse-tête territorial et diplomatique n'est pas banal. Et le conflit oppose deux des plus grandes économies mondiales. Une riche famille japonaise, qui possède plusieurs îles au sud du Japon, vient d'annoncer son intention de les vendre à la municipalité de Tokyo. Et ce dès mars 2013, à l'expiration du bail puisqu'elles sont pour l'heure louées au gouvernement japonais.

Jusque-là, pas de problème. Sauf que ces îlots font partie de l'archipel des Senkaku - Diaoyu en chinois -, revendiqué par le Japon et la Chine. Taïwan a aussi des prétentions sur la zone. Au printemps, le gouverneur de Tokyo, Shintaro Ishihara, connu pour son tropisme nationaliste, avait indiqué qu'il était prêt à acheter les quatre îles à la famille, ajoutant qu'une souscription publique avait déjà rapporté 1,37 milliard de yens (14 millions d'euros). Et trois mois plus tard, le premier ministre Yoshihiko Noda avait suscité l'ire de Pékin en laissant entendre que le gouvernement était prêt à les acquérir.

Ces eaux disputées ont été déjà été le théâtre de nombreux incidents. Le plus sérieux, provoquant une crise entre les deux pays, s'est produit en septembre 2010, avec l'arrestation du capitaine d'un chalutier chinois accusé d'avoir délibérément éperonné un navire de gardes-côtes japonais.


Par Arnaud de La Grange