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Perquisition ciblée chez les anti-Poutine

le 12 Juin 2012 à 12:47 | Lu 429 fois

Les leaders de la contestation ont été visés par une spectaculaire opération de police.


Perquisition ciblée chez les anti-Poutine
De notre correspondant à Moscou

Un pas supplémentaire et spectaculaire a été franchi par les autorités russes dans leur tentative de museler l'opposition. Au cours d'une opération policière parfaitement coordonnée, les principaux leaders du mouvement de contestation à Vladimir Poutine ont vu, hier matin, leurs domiciles perquisitionnés, à la veille d'une importante manifestation hostile au pouvoir, susceptible de réunir plusieurs dizaines de milliers de personnes. Soupçonnés d'avoir provoqué les échauffourées qui avaient émaillé la précédente manifestation du 6 mai, ces responsables politiques sont convoqués aujourd'hui par le comité d'enquête, au moment où leur présence est également attendue, place Pouchkine, à Moscou, point de ralliement des manifestants.

Mitraillettes en bandoulière, des policiers étaient postés devant l'immeuble du blogueur Alexeï Navalny, empêchant son avocat d'avoir immédiatement accès à son client. Sergueï Oudaltsov, leader du Front de gauche, Ilia Iachine, dirigeant du mouvement Solidarité et l'animatrice de télévision Xénia Sobtchak ont également vu leurs appartements perquisitionnés et certains de leurs effets confisqués: des clés USB, des documents, des téléphones et des micro-ordinateurs ainsi que des tee-shirts arborant des critiques à l'égard de Russie unie, le parti dominant. Ces fouilles ont été d'autant plus critiquées que selon plusieurs sources, Xénia Sobtchak n'était pas présente lors de la manifestation controversée du 6 mai. Leurs organisateurs accusent la police d'avoir elle-même provoqué des incidents ce jour-là, afin de mieux justifier, ultérieurement, la répression.

Intimider les opposants
Au total, plus d'une dizaine d'appartements ont été perquisitionnés, y compris celui des beaux-parents d'Alexeï Navalny. «C'est une tentative de torpiller la manifestation du 12 juin», a dénoncé Ilia Ponomarev, du Mouvement pour les droits de l'homme. Mikhaïl Fedotov, le conseiller pour les droits de l'homme de Vladimir Poutine, s'est dit lui-même «choqué». Plusieurs internautes n'ont pas hésité à comparer les méthodes de la police à celles utilisées au pic de la terreur stalinienne en 1937, lorsque les gens disparaissaient en catimini. Cette année, les 11 et 12 juin (Fête de la Russie) sont fériés dans le pays.

La semaine dernière, déjà, Vladimir Poutine avait ratifié un texte de loi infligeant des amendes astronomiques aux participants de manifestations non officiellement autorisées. Un moyen, selon les concepteurs même de la loi, membres de Russie unie, d'intimider les opposants, en réservant le traitement le plus sévère aux «révolutionnaires professionnels». À la veille d'un nouveau rassemblement, ces nouvelles initiatives policières risquent au contraire de déclencher l'étincelle, estiment les politologues. «Elles vont radicaliser la protestation», affirme l'ancien ministre des Finances, Alexeï Koudrine. Cet homme respecté, autrefois proche de Vladimir Poutine, regrette que les faucons aient pris l'ascendant au sein du pouvoir russe.


Par Pierre Avril