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Peut-on taxer à tort les vendeurs ambulants sénégalais de «semeurs de trouble» en Europe?

Pendant l’été, le champ de la recherche du travail est plus diversifié sur les côtes balnéaires de la Catalogne (en Espagne) et partout ailleurs en Europe. Durant cette époque de l´année, les appelés à tort «sans papiers» venant des quatre coins du monde, et aussi une bonne partie des migrants sénégalais s’adonnent à la vente ambulante et à d´autres activités comme faire des tresses à la plage et dans les lieux de promenade des touristes et vacanciers locaux. Ces activités durant des années ont constitué l’apanage du collectif sénégalais et leur ont rapporté des gains notables et une stabilité de travail dans le secteur informel espagnol et dans lequel ils ne représentent qu’une minorité.


Rédigé par leral.net le Jeudi 23 Août 2012 à 02:03 | | 4 commentaire(s)|

Peut-on taxer à tort les vendeurs ambulants sénégalais de «semeurs de trouble» en Europe?
Avec la période de vaches maigres et surtout avec la vente des produits d’imitation, certains commerçants européens prétendent faire d’eux des boucs-émissaires de la situation de crise que traversent les commerçants de ce secteur. Ces «produits de marques» falsifiés dont sont friands les touristes et une bonne partie de la population sont répandus à grande échelle dans le marché informel espagnol. Pourtant les sénégalais représentent le maillon le plus faible et visible de cette longue chaine de transmission du faux. Les plus gros bonnets de cette industrie sont généralement Espagnols ou Italiens, voire même Grecs. Le sociologue français Alain Tarrius a pourtant documenté sur de telles pratiques les quinze dernières années. Il a appelé, cette longue chaine de transmissions du faux qui prend souvent naissance dans l´Italie alpine, les «fourmis de l´Europe» (en référence aux Marocains qui se sont spécialisés dans le faux). Les «faussaires Européens», quant à eux, sont très peu inquiétés par les autorités répressives des différents pays, car l’idée que les responsables sont ces vendeurs là empêchent de remonter de façon sérieuse jusqu’à l´origine du faux.

La cause du manque à gagner qu’on prétend faire endosser à nos compatriotes se trouve donc ailleurs. Les commerçants refusent de le voir. De plus, la baisse de la consommation due à la crise qui sévit a conduit l’Espagne vers un «sauvetage masqué». Malheureusement, ces migrants aujourd’hui indexés n’en sont que des victimes au même titre que les Espagnols ou autres Européens de clase moyenne.

Pendant l’été, et surtout en ces moments de crise, il y a eu une augmentation de l’immigration sénégalaise dans les lieux et villes touristiques comme Salou, Alicante, Lloret de Mar, les iles Canaries et Baléares (Espagne). Les Sénégalais assistent d´une manière régulière à des tensions et conflits qui commencent à ternir l’image de marque d´un «collectif de travailleurs sérieux et respectueux» que l´opinion européenne s´est toujours fait d´eux. Durant des années, dans le cas de l´Espagne particulièrement, les Sénégalais ont toujours eu le taux de «délinquance» (encore faudrait-il définir ce que l´on appelle délinquance) le plus faible dans l’étendu du territoire espagnol.

Actuellement, le collectif est en proie à des tensions et conflits latents avec les associations de commerçants espagnols basés dans les zones touristiques. Cette situation constitue un casse-tête pour les institutions locales qui pendant longtemps ont fait la «sourde oreille», fermant donc les yeux sur la vente ambulante bien qu’elle soit légalement interdite. Cette tolérance est due au fait que les migrants pour des questions «d’irrégularité administrative» ne peuvent pas s’incorporer dans le marché de travail régulier. Donc, pour gagner leur vie, plutôt que de voler ils s’adonnent à ce commerce et entrent souvent en tensions avec les commerçants «autochtones» qui voient en leurs activités une concurrence déloyale.

Les ordonnances municipales en matière de l’occupation de la voie publique mettent face à face les polices municipales et les vendeurs ambulants. Cependant, il faut remarquer que les relations entre les polices municipales et les vendeurs ambulants ont toujours été marquées par des heurts au quotidien et même souvent des abus de pouvoir. A plusieurs reprises, des agents de Police, aux coutumes bizarres, ont parfois fait main basse sur les avoirs des vendeurs ambulants en les menaçant de les conduire à la brigade de police des étrangers. Donc à l´expulsion.

A Barcelone les célèbres promenades de la Rambla et de Vila Olimpica ont été pendant longtemps le théâtre de persécution des vendeurs ambulants surtout Africains, Chinois et Bangladeshi. A Madrid, Valence et partout ailleurs en Espagne, les tracasseries policières et les interpellations sont le lot quotidien des migrants et surtout les «sans papiers». En ce qui concerne Barcelone, la communauté sénégalaise qui se dédie à cette activité après plusieurs actes d’abus de pouvoir de la part des policiers a fini de les dénoncer au niveau de la Justice, mais sans en obtenir gains de cause.

Pendant l’été 2007, un jeune sénégalais fut heurté par une voiture à la suite d’une course poursuite avec la police municipale dans les rues hyper mobiles de Barcelone. La communauté sénégalaise à travers son association a médiatisé le cas et a entreprise des négociations avec les autorités municipales pour trouver une solution à la tension née de cette affaire à l´époque. Une fois que la situation s´est accalmée et la pression médiatique diminuée, la Mairie a donnée aucune d’importance au cas.

Il y a de cela deux ans, c’était Vendrell (Tarragona) au cœur de la Costa daurada, pour éviter de nouveau des problèmes entre la police municipale et les vendeurs ambulants, les autorités locales avaient décidé d’octroyer aux vendeurs sénégalais une place de vente alternative aux lieux habituels de vente, en l’occurrence dans les artères centriques de la ville, les plages, etc.

Cette initiative qui avait comme objectif de canaliser, contrôler et éviter les affrontements avec la Police municipale et les migrants, a été perçue dans un premier temps comme une possible solution. Une mesure politique certes, mais surtout de recherche de paix sociale dans le secteur et la zone. Avant même de concrétiser ces initiatives déjà prises, les commerçants espagnols ont dénoncé ceux qu´ils ont appelé «un coup fourré» avec la dernière énergie. Ils considéraient l´initiative comme une légitimation de la vente des «produits falsifiés» au détriment des «commerçants allochtones» légalement établis. La même rage de combattre «le faux» et «l´étranger» est en train d´être observée dans le quartier de Fort Pienc où les Chinois ont fait pignon sur rue avec leurs marchandises taxées de «mauvaise qualité». Il n´est d´ailleurs pas rare de rencontrer des militants, du parti raciste de Vic (Plateforme pour la Catalogne), distribuer des propagandes racistes contre les chinois et leurs produits dans les grandes gares de Barcelone !

L´acharnement des commerçants espagnols pour combattre durement cette mesure avec le soutien de certaines autorités politiques en quête d’un électorat de droite déboussolé et souvent sélectionné sur mesure, mais propre à crier au scandale, n´a pas aujourd’hui encore stoppé les grincements de dents. Des manifestions de commerçants et de réunions politiques au plus haut niveau de l’administration catalane sont hélas parvenu à annuler cette ordonnance municipale. Aucune chance n’a pas été donnée à la médiation pour voir la viabilité ou non de l’initiative. Pour les tenants des discours les plus virulents, l´administration locale catalane a ainsi évité une «ghettoïsation» de vendeurs ambulants. Pour les Sénégalais, les Catalans ont tout simplement manqué de montrer à la face du monde que devant de grandes tensions, ils pouvaient donner des solutions qui pourraient peut-être inspirer aux autres nations européennes. Et pourtant les «Gens de voyages», autrement dit les Gitans, ont réussi à avoir des traitements à l´amiable dans le sud et le Nord de la France. Pourquoi donc les «ambulants africains» ne pourraient avoir la même chose en Espagne ?

Il y a deux semaines, c’était à Alicante et les villes voisines où les Sénégalais et les Sénégalaises, établis depuis des années, que le torchon a brûlé. Pourtant, les Sénégalais étaient et continuent d’être bien vus dans leurs activités de vente ambulante là-bas tant que la «prospérité» des Espagnols, dans ces dernières années de gloire économique, n´était pas remise en cause. La preuve de cette convivialité c’est cette volonté notable et le rôle actif des associations sénégalaises dans les différentes localités de s´engager dans la gestion des tensions. Les Sénégalais saluent, au passage, la venue récente (courant août 2012) à Alicante de l´actuel Ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur pour une action de médiation. Cette vision du gouvernement qui a surpris, aura certes eu un impact positif dans la gestion des tensions n’aurait pas eu lieu sans le travail, il faut le reconnaître, du diplomate sénégalais. Faudrait-il dire que c’est une première en Espagne ? Les Sénégalais osent espérer que le contact avec la «diaspora sénégalaise» établie en Espagne sera renforcé pour une collaboration efficace en tenant en compte les rôles et responsabilités de chaque acteur.

Une semaine après Alicante, c’est encore à Mallorca que les vendeurs ambulants se sont heurtés avec les touristes étrangers dans un lieu très transité. Quelque que soit les causes de cette nouvelle bataille, cela ne donne pas bonne presse au collectif déjà indexé à tort ou à raison.

Il est évident que les plus de 50.000 Sénégalais qui vivent et travaillent en Espagne que la plupart ne sont pas tous des vendeurs ambulants. A cause de la crise, le panorama est inquiétant pour beaucoup d’autant que la majorité travaillait dans d´autres secteurs qui aujourd’hui se retrouvent affectés par la crise. Certains même se sont retournés vers la vente ambulante qu´ils n´ont jamais d´ailleurs exercée ; ou encore à la recherche de ferrailles (une sorte d´activité de survivance) qu´ils revendent dans des villes comme Barcelone. Ces situations complexes ont naturellement des conséquences sur la convivialité avec les «autochtones» et même sur les réseaux qui ont toujours assumé l’accueil et l’orientation des «nouveaux arrivants» jusqu’à leur «insertion» dans les circuits formels et informels de travail.

Devant cette situation de crispation, de désolation, de frustration, et parfois de conflits et de tensions, tous n’ont pas la même préparation ni le soutien psychologique pour résister et surtout trouver des alternatives. Ce qui fait qu’aujourd’hui le collectif sénégalais, malgré son expérience et la solidité de ses réseaux, appelle à une alerte urgente qui mériterait une réflexion d’ensemble qui devrait être prise au sérieux avec l’implication de tous les acteurs.

Comment donc aborder cette question à défaut d´une politique migratoire claire? Une politique qui aborde les migrations à temps dans les pays de départ, de transit et de destination. Les Sénégalais ne peuvent pas hasarder à dire qu’elle n’existe pas, mais ils peuvent dire avec certitude que si elle existe, elle est méconnue de la diaspora. Supposons que cette politique n’existe pas, ou est en voie de définition, la sagesse politique appelle à oser aborder la question en impliquant les différents acteurs et en premier chef les migrants et leurs structures représentatives. Nous insistons sur le terme “représentatives”, car des structures légales et informelles il y a en des plusieurs, mais des «structures qui représentent», pas beaucoup ! Encore que la notion de «représentativité» est très fortement discutée, même dans les plus grandes démocraties.

L´optique «migration et développement» où la «transnationalisation» (avec toutes ses significations) peut demeurer un axe fondamental de réflexion à prendre en compte sérieusement si elle est bien explorée et exploitée par les Sénégalais. La plupart des Sénégalais, et avec moi, sommes convaincus que si la Diaspora est conviée, au niveau individuel et collectif, elle pourrait apporter sa contribution qui sera une pièce utile dans le processus de développement de notre pays d´origine. Nous ne discutons pas ici sur le concept «Développement», car sa définition varie selon les cultures et les contextes. Ici, nous l´employons pour signifier «une prospérité économique et socio-culturelle». Il faut reconnaitre que les conditions de départ dans notre pays d’origine n’ont pas beaucoup changées même si les tendances statistiques et de «politiques politiciennes» augurent des lendemains meilleurs. Les questions des Droits et leur portabilité impliquent les pays de départ comme ceux d’accueil ; donc des négociations au plus haut niveau doivent être envisagées si elles ne sont pas déjà en marche. La question de «retour au pays» qui n’était pas dans l’Agenda de la plupart des agents migrants est aujourd’hui au cœur du débat. Pour cela, la question de transfert d’argent (1 milliard de FCFA par jour !) et son utilisation rationnelle pour le bénéfice des émigrants et de leurs familles restées au pays, même s’il s’agit de fonds privés, mérite une profonde la réflexion. Plusieurs Sénégalais nous ont rapporté les excès de prélèvements dans leur billet d´avion. Par exemple lorsque d´un Sénégalais achète un billet par online, il est souvent surpris de voir les ponctions suivantes : 19,54 € payés au service des migrations sénégalaises; 24,40 € sont pris comme frais de service passager; 6,10 € comme frais de sécurité … et pour boucler la boucle 54 € pour frais de «développement des infrastructures aux Sénégal» (voir en bas Tableau inclus)!

Information sur les prix Ticket voyage Barcelone-Dakar-Barcelone

Total: 522,06 EUR
Contenu Devise
Adultes
Tarif EUR
170,00
Surtaxe de Combustible (YQ) EUR
184,00
Portugal - Taxes de sécurité (PT) EUR
12,74
Portugal - Frais de service passagers (YP) EUR
21,15
Sénégal - Tarif de usager services immigration (VH) EUR
19,54
Espagne – Frais de sortie (JD) EUR
14,00
Espagne - Taxes de sécurité (QV) EUR
3,84
Sénégal – Frais service passagers (ZE) EUR
24,40
Sénégal - Frais de sécurité (DF) EUR
6,10
Sénégal - Frais de développement des infrastructures (HP) EUR
54,00
KQ (KQ) EUR
2,29
Taxes émission de billet (XP) EUR
10,00
Nombre de passagers
x1
Total par type de passager EUR
522,06
Note: Des impôts additionnels vous peuvent être imputés au niveau local.

Source : TAP-Air Portugal, 2012.




Comment alors comprendre que de telles taxes exorbitantes soient payées par tout Sénégalais de l´Extérieur qui prend un billet d´avion pour Dakar ? Où exactement va cet argent ponctionné; et pourquoi, par-dessus le marché, la décision de ponction n´a jamais été discuté ouvertement avec les émigrés ? Quelles sont les infrastructures par ailleurs déjà réalisées sur la base de cette ponction que nous considérons, jusque là, arbitraire ? Si on imagine les millions de Sénégalais qui voyagent chaque année au Sénégal et si l´on multiplie ces montants par les effectifs passagers, les chiffres de l´argent ponctionné peuvent donner le tournis.

Chers lecteurs, nous allons nous quitter par un dicton satirique des Haalpulaar (ceux qui ont en commun la langue Peule) qui ont l´habitude de dire: booji jaama daacitake e goto. En Somme : «Aucun peuple ne doit laisser le cri de détresse au mains d’une seule personne!». Un émigré avertit en vaut deux !

Par Amadou Bocar Sam Daff
Président du Coordination des Associations sénégalaises de la Catalogne( CASC) et membre fondateur de la Fondation des Emigrés des Sénégalais (FES)



1.Posté par Anti-Mafia-Mouride le 23/08/2012 08:46 | Alerter
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Les Sénégalais doivent S'ELOIGNER des talibés Mourides qui MENACENT DE MORT des commerçants français devant le Château de Versailles car certains d'entre eux veulent faire le boulot que la police française ne veut pas faire ( en échange de ce cadeau économique de la police française aux talibés Mourides, le Khalife des Mourides ferme les yeux sur la dé-islamisation des lois et des moeurs Sénégalaises ) :

http://www.dailymotion.com/video/x9dz7m_la-multinationale-des-vendeurs-a-la_news

( documentaire en 3 parties )

2.Posté par audrey le 23/08/2012 08:59 | Alerter
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Bonjour,
Je vous prie de m’excuser. Je n’ai malheureusement pas trouvé comment vous contacter autrement que par commentaire.
Je souhaitais vous faire découvrir le service Paperblog, http://www.paperblog.fr dont la mission consiste à identifier et valoriser les meilleurs articles issus des blogs. Vos articles sembleraient pertinents pour certaines rubriques de Paperblog.
En espérant que le concept de Paperblog vous titille, n’hésitez pas à me contacter pour toutes questions ou renseignements...

3.Posté par sow le 23/08/2012 09:05 | Alerter
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quand on vit dans un pays on respecte ses lois et reglement sinon on rentre chez soi.Une ville du monde nacceptera ce que les ambulants font a Dakar occuper toutes les voies pourchasser et tyranniser les touriste-jeter des dechets nimporte ou=Lordre a un prix

4.Posté par Bingo le 23/08/2012 10:41 | Alerter
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Merci de cet article bien documenté. Maintenant il me semble que nul ne saurait reprocher aux espagnols leur manque d'hospitalité. le problème des ambulants est le même que ce soit à Dakar, à Mbour, à St Louis, dans beaucoup de villes, les populations n'en veulent plus. Actuellement vous ne pouvez pas être assis à une terrasse à siroter tranquille, même dans un restaurant (à Mbour) la vendeuse de poisson vient vous démarcher !! authentique! en disant "mais la serveuse peut garder ça au frais pendant que tu finis".
Il y a de la part de certains ambulants un déni de responsabilité ou de limite ou de respect.
Il y a quelques jours à peine ce sont des jeunes de Gibraltar qui ont eu une réaction violente anti-ambulants, il y a quelques mois c'est les riverains de Colobane, des réactions d'une violence terrible à côté des réactions espagnoles ou françaises. Mais il y a une raison, c'est l'overdose, le manque de respect, le mépris total du bien commun, de l'entretien de l'espace, la technique du grignotage, l'occupation, c'est une colonisation, qui en cas de souci, se cache derrière les arguments "c mieux que voler, nous sommes analphabètes, c parce que nous sommes noirs (ou pauvres ou de la brousse)" . merci d'accepter cette participation,

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