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Plongée dans le monde luxueux et sans lois d'Obiang fils

Rédigé par Khary DIENE le 19 Juin 2017 à 13:23 | Lu 2193 fois

Playmates, Bugatti à deux millions de dollars et sacs remplis de billets: la vie de Teodorin, fils du chef d'Etat équato-guinéen est un film. Mais il est dans le viseur de la justice française.



Plongée dans le monde luxueux et sans lois d'Obiang fils
 Le procès de Teodorin Obiang accusé de s’être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable, doit s’ouvre  

Le domaine situé au 3620 Sweetwater Mesa Road, sur les hauteurs de Malibu, en Californie, appartient à un prince autoproclamé, au train de vie tout à fait royal. Une longue allée bordée d’arbres part de la porte principale, passe par un parking orné de fontaines et débouche sur une demeure de 1.400 mètres carrés pourvue de huit salles de bain et autant de cheminées. Le terrain donne sur l’océan Pacifique et compte une piscine, un court de tennis et un parcours de golf de quatre trous, et les voisins sont des stars d’Hollywood du nom de Mel Gibson, Britney Spears et Kelsey Grammer.

Prince du pétrole
Petit et râblé, les cheveux lissés en arrière et le nez chaussé de culs de bouteille, le prince ne donne pas vraiment une image de royale élégance. Sa garde-robe vient pourtant de chez Versace, Gucci et Dolce & Gabbana, et il ne regarde pas à la dépense quand il s’agit de se gâter. Il a déboursé 30 millions de dollars (20,2 millions d’euros) en liquide pour son domaine, et investi des sommes folles pour meubler son intérieur: 59.850 dollars de tapis, 58.000 dollars pour un home cinéma, et jusqu’à 1.734,17 dollars pour deux verres à vin, selon un rapport du Sénat américain. Quand il rentrait chez lui —généralement à l’arrière d’une Rolls-Royce avec chauffeur ou de l’une de ses dizaines d’autres voitures— ses employés devaient faire une haie d’honneur pour saluer le prince. Et se remettre en rang pour recommencer à chacun de ses départs.

C’est pourtant un prince bidon, certes descendant d’une famille dirigeante, mais sans la moindre goutte de sang royal. Son vrai nom est Teodoro Nguema Obiang Mangue —Teodorin pour les intimes— et c’est le fils du dictateur de Guinée équatoriale, un pays de la côte ouest de l’Afrique. Nation grande comme un timbre-poste, ne comptant que 650.000 habitants, la Guinée équatoriale n’aurait qu’une portée internationale dérisoire si elle ne possédait pas de pétrole. En abondance. C’est même le troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne après le Nigeria et l’Angola, avec une production d’environ 346.000 barils par jour, et c’est à la fois un important fournisseur et un soutien fiable des États-Unis. Au cours des quinze dernières années, ExxonMobil, Hess Corp. et d’autres entreprises américaines ont investi collectivement plusieurs milliards de dollars en Guinée équatoriale, qui exporte plus de son brut aux États-Unis que dans aucun autre pays.

Si les revenus du pétrole ont rempli les poches de l’élite, quasiment rien n’a filtré jusqu’à la majorité pauvre du pays; depuis le début du boom pétrolier, la Guinée équatoriale s’est propulsée à la tête des pays aux plus hauts revenus par habitant du monde —tout en demeurant l’un de ceux où le niveau de vie est le plus bas. Presque quatre cinquièmes de ses habitants vivent dans une pauvreté crasse; la mortalité infantile a augmenté au point qu’aujourd’hui, quelque 15% des enfants de Guinée équatoriale meurent avant l’âge de cinq ans, ce qui en fait l’un des endroits les plus mortellement dangereux pour les jeunes de la planète.

Le père de Teodorin, le brigadier général Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 68 ans, s’est emparé du pouvoir lors d’un coup d’État en 1979 et a clairement fait connaître son intention de transmettre le pouvoir à un successeur désigné. Obiang a engendré un nombre indéterminé d’enfants avec de nombreuses femmes, mais c’est Teodorin, 41 ans, clairement son préféré, qu’il prépare à prendre le relai. Cette perspective est effrayante à la fois pour les citoyens de son pays qui souffrent depuis longtemps, et pour la politique étrangère des États-Unis. Comme me l’a dit un ancien employé des renseignements américains qui connaît bien Teodorin, «c’est un idiot instable et irresponsable».

Roi de la corruption
Il est aussi fantastiquement corrompu, à en croire des milliers de pages de documents provenant de diverses enquêtes fédérales et du Congrès sur les Obiang couvrant la dernière décennie. Ministre de l’Agriculture et des Forêts dans le gouvernement de son père, Teodorin tient sous son emprise la deuxième plus grande industrie de son pays. Les enquêtes montrent qu’il gère son ministère à la façon d’une entreprise, dirigeant de nombreuses compagnies d’exploitation du bois en même temps que l’Agence censée les réguler. Des documents d’une enquête secrète menée conjointement par le département de la Justice américain et l’Agence des douanes et de l’immigration (ICE) citent des sources affirmant que Teodorin complète son modeste salaire ministériel de 5.000 dollars par mois (3.300 euros) avec un «grand "impôt révolutionnaire" sur le bois» qu’il exige de grandes entreprises internationales d’exploitation du bois, à verser «en espèces ou en chèque» à une de ses entreprises forestières.

Les enquêteurs soupçonnent qu’une grande partie de ses actifs provient «d’extorsion, de vols de fonds publics ou d’autres pratiques corrompues» selon un rapport de 2007 du département de la Justice détaillant l’enquête, sur laquelle j’ai déjà écrit pour le site Internet du Harper's en 2009. Teodorin n’a pas seulement amassé une vaste fortune, il en a canalisé la plus grande partie vers les États-Unis; un rapport détaillé publié l’an dernier par le sous-comité permanent du Sénat en charge des enquêtes a découvert qu’il avait utilisé des sociétés écrans pour échapper aux lois contre le blanchiment d’argent et envoyer plus de 100 millions de dollars aux États-Unis.

Alerte à Malibu
Tous ces millions ont permis à Teodorin de s’offrir une vie de luxe et de débauche, à en croire une série de procès peu médiatisés intentés contre lui par une dizaine d’anciens employés de son domaine de Malibu. Ces derniers se plaignent d’avoir été escroqués sur leurs salaires, leurs heures supplémentaires et leurs dépenses relatives à leur travail, pour des biens allant de l’essence au papier toilette, tout en étant obligés de supporter une ambiance sordide sortie tout droit du film Very bad trip: il y avait des «beuveries», selon un document de l’ICE, avec des escort-girls, des Playboy girls et même un tigre.

«Je ne l’ai jamais vu faire quoi que ce soit qui s’apparente à du travail», peut-on lire dans un dossier de plainte déposé au nom de Dragan Deletic, l’un des anciens chauffeurs de Teodorin. «Il passait ses journées entières à dormir, faire du shopping et faire la fête.»

(Sans entrer dans les détails, un avocat de Los Angeles de Teodorin, Kevin Fisher, a qualifié les accusations de «salaces» et «extrêmes», et ajouté: «Les allégations n’ont pas été vérifiées et les gens qui les font ne sont pas sous serment, ils sont donc à mes yeux sujets à caution.»)

Après des années de querelle, la plupart des affaires sont aujourd’hui réglées et les employés ont signé des accords qui les empêchent de parler de Teodorin. Mais avant cela, j’avais interrogé de nombreux plaignants et leur avocat, Jim McDermott, et lu les dossiers. Je me suis aussi penché sur des milliers de pages d’investigations américaines et étrangères impliquant Teodorin. Tout est extraordinairement accablant.

Les Etats-Unis regardent ailleurs
La principale question qui se pose ici est pourquoi le gouvernement américain —après s’être donné le mal de produire cette tonne de renseignements pour dénoncer la corruption flagrante de Teodorin et son apparent abus du système bancaire américain— n’a pas jugé bon de lever le petit doigt pour y remédier.

«Je suis surprise qu’il soit encore autorisé à séjourner dans le pays étant donné toutes les informations contenues dans le rapport du Sénat et révélées par d’autres enquêteurs et journalistes», s’est étonnée Linda Candler, ancienne procureure du département de la Justice spécialisée en investigations criminelles internationales.

En effet, les experts judiciaires affirment que Teodorin devrait être interdit d’entrée sur le territoire américain depuis 2004, année où le président George W. Bush a émis la proclamation 7 750 qui empêche les responsables étrangers corrompus de recevoir des visas américains. «Aucun pays ne va créer de la richesse si ses dirigeants exploitent l’économie pour leur enrichissement personnel», a déclaré le successeur de Bush, Barack Obama, dont l’administration s’est engagée à mettre «vigoureusement» en application la proclamation 7 750.

«Nous avons la responsabilité de soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d’isoler les autres.»

Et pourtant, aucune poursuite officielle n’a été lancée contre Teodorin, malgré une enquête dont le but déclaré, selon l’un des documents du département de la Justice, était de tarir le flot d’argent des Obiang déversé aux États-Unis et «obtenu par la kleptocratie». Pourquoi?

Les responsables américains ont refusé de discuter publiquement des affaires en cours ou de parler en mauvais termes de la Guinée équatoriale; voilà qui rappelle la bonne vieille tradition américaine d’éviter de heurter un important partenaire pétrolier —le même genre de chouchoutage qui a produit des résultats brillants par le passé avec l’Arabie saoudite et d’autres alliés du Moyen-Orient riches en pétrole mais pauvres en démocratie. L’année dernière, l’administration Obama a tout de même empêché l’Unesco, l’agence culturelle de l’ONU, d’accepter 3 millions de dollars proposés par Obiang pour doter un prix scientifique à son nom —mais uniquement après qu’une manifestation d’indignation publique soulevée par les médias n’attire l’attention sur un prix qui n’avait auparavant pas gêné les États-Unis le moins du monde.

L’administration américaine est sinon restée très discrète sur l’atroce passif de corruption et de violation des droits de l’homme de la Guinée équatoriale, et n’a pas su imposer des sanctions à Teodorin ou à l’État dont il doit hériter. Fin 2010, des années après le début de l’investigation du département de la Justice, les enquêteurs cherchaient encore à identifier des témoins experts capables de leur parler des premiers jours du régime d’Obiang.

À ce jour, les seules actions conséquentes entreprises contre le clan Obiang aux États-Unis sont dues aux efforts de McDermott, l’avocat des plaignants, et des juges de la Cour Supérieure de Californie.

«Dans notre système de politique internationale, il y a beaucoup de léchage de bottes, surtout s’il y a du pétrole en jeu», m’a confié McDermott. «Mais dans les affaires qui ont été jugées pour l’instant, notre tribunal d’État, qui n’octroie de traitement de faveur à personne, pas même à Teodorin, a assumé ses responsabilités. C’est toute la beauté de l’Etat de droit.»

En Guinée équatoriale, les Obiang font la loi

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Unique ancienne colonie espagnole d’Afrique subsaharienne, la Guinée équatoriale a obtenu son indépendance en 1968. Le premier dirigeant du pays était Francisco Macias Nguema, dictateur cinglé qui se surnommait lui-même «l’Implacable apôtre de la liberté» et «le Miracle unique de la Guinée équatoriale». En 1979, alors que son régime avait déjà massacré quelque 50.000 opposants réels et imaginaires, le Miracle unique fut renversé et exécuté par son neveu, Obiang père.

Teodoro n’avait alors que 37 ans, mais il présentait déjà des dons dans l’art de la dictature après avoir dirigé la garde nationale de Macias et la prison de Black Beach, notoire chambre de tortures pour prisonniers politiques. Au cours des trente dernières années, Obiang a été par trois fois «élu» lors de scrutins bidon. La dernière fois, en 2009, il a remporté 95,4% des suffrages (son plus mauvais score, le meilleur ayant été de 97,85% en 1996).

Autrefois, les États-Unis ne manifestaient que très peu d’intérêt pour la Guinée équatoriale, et y avaient même fermé leur ambassade en 1995 après que le régime d’Obiang avait proféré des menaces contre l’ambassadeur John Bennett, qui protestait contre les violations des droits de l’homme. Mais peu de temps après, dans un malheureux retournement de situation, des entreprises américaines ont découvert de vastes réserves de pétrole et de gaz dans les eaux équato-guinéennes, et depuis, les gouvernements américains successifs font machine arrière, lentement mais sûrement.

L’étape décisive eut lieu en 2003, quand, au terme d’une campagne de lobbying intense par l’industrie pétrolière, Bush approuva la réouverture de l’ambassade américaine à Malabo, capitale de Guinée équatoriale (l’ambassade rouvrit officiellement trois ans plus tard).

«Grâce à l’intensification des investissements américains, les relations entre les États-Unis et le gouvernement de Guinée équatoriale ont été qualifiées de positives et constructives», note la fiche pays du département d’État.

Les relations sont peut-être bonnes, mais l’évaluation officielle américaine du pays est bien moins optimiste. Le dernier rapport mondial sur les droits humains du département d’État évoque des mauvais traitements en Guinée équatoriale, notamment la «torture de détenus et de prisonniers politiques par les forces de sécurité, des conditions mettant la vie en danger dans les prisons et des arrestations arbitraires». L’enquête «Liberté dans le monde» de Freedom House pour 2011 place le pays dans la catégorie «les pires des pires» gouvernements qui violent les droits politiques et les libertés civiques, avec la Corée du Nord, le Soudan et le Turkménistan.

L’économie de Guinée équatoriale dépend presque entièrement du pétrole, qui l’année passée a généré des revenus bien supérieurs à 4 milliards de dollars, créant un revenu par habitant de 37.900 dollars, équivalent à celui de la Belgique. «Le pétrole a été pour nous comme la manne que les Juifs ont mangée dans le désert», a déclaré Obiang. C’est certainement vrai pour lui. Obiang arrive huitième sur la liste de 2006 établie par Forbes des dirigeants les plus riches du monde, avec une fortune personnelle estimée à 600 millions de dollars. Son peuple en revanche s’en sort beaucoup moins bien. Human Rights Watch rapporte qu’un sujet pauvre d’Obiang sur trois meurt avant l’âge de 40 ans.

Luxe, pétrole et volupté
La corruption d’Obiang n’est pas un cas isolé chez les dictateurs rois du pétrole. Les autorités françaises ont mis au jour 39 propriétés en France et 70 comptes bancaires français détenus par la famille du président Omar Bongo, qui dirigea le Gabon pendant 41 ans jusqu’à sa mort en 2009 (peu après, son fils Ali Bongo prit le pouvoir). Denis Sassou-Nguesso, dirigeant du Congo-Brazzaville, a acheté tout un éventail de domaines français avec des dizaines de millions de dollars détournés des revenus pétroliers de son pays.

«Tous les dirigeants du monde ont des châteaux et des palais en France, qu’ils soient du Golfe, d’Europe ou d’Afrique», s’est récemment justifié Sassou-Nguesso.

En Asie centrale, de nouvelles familles dirigeantes fantastiquement riches exploitent elles aussi la fortune pétrolière avec panache, organisant des fêtes d’anniversaire avec Elton John et distribuant des villas de luxe aux amis et à la famille.

La Guinée équatoriale, un Etat criminel
Mais les observateurs d’Obiang affirment que l’échelle des pillages de son régime s’apparente au niveau baroque atteint par des escrocs historiques comme le dictateur zaïrois Mobutu Sese Seko, le plus proche ami africain de l’Amérique pendant la Guerre froide, et le général nigérian Sani Abacha, qui détourna plusieurs milliards de dollars dans des comptes suisses avant de mourir en 1998 de causes indéterminées, en compagnie de deux prostituées adolescentes. Beaucoup de régimes africains ont dégénéré en kleptocraties, mais la corruption de la Guinée équatoriale est si ancrée, écrit l’universitaire Geoffrey Wood, qu’elle est «l’un des rares pays africains que l’on peut classer à juste titre dans la catégorie des États criminels».

Quelques membres du Congrès ont critiqué Obiang —le sénateur du Michigan Carl Levin le compara un jour à Saddam Hussein— et le sous-comité permanent chargé des enquêtes a par deux fois enquêté sur le régime, dans le cadre de son rapport sur Teodorin l’année dernière et en 2004, quand il a découvert qu’Obiang contrôlait personnellement rien moins que 700 millions de dollars de fonds publics, déposés principalement par des compagnies pétrolières américaines à la Riggs Bank de Washington D.C.

La commission d’enquête du Sénat affirme que la Riggs a ouvert de nombreux comptes pour Obiang et aidé le président à planquer sa fortune dans des entreprises écrans offshore. La banque a dû s’acquitter d’une gigantesque amende pour le même genre d’affaires impliquant le dictateur chilien Augusto Pinochet, ainsi que pour avoir violé la loi sur le secret bancaire.

Mais en règle générale, depuis le début du boom pétrolier le gouvernement américain a préféré détourner les yeux, à l’exception de la critique contenue pour la forme dans les rapports annuels sur les droits de l’homme du département d’État et des appels tièdes à une meilleure conduite.

«Nous avons invariablement évoqué nos vives inquiétudes quant aux mauvais résultats du pays en termes de droits de l’homme, dans des réunions avec les représentants du plus bas échelon au plus haut niveau», m’a affirmé par mail un responsable du département d’État.

Des lobbyistes américains pour redorer son blason
Pour s’assurer que la Guinée équatoriale reste dans les limites raisonnables des bonnes grâces de Washington, Obiang a loué les services d’une équipe de lobbyistes américains et de spécialistes des relations publiques parmi lesquels figure Lanny Davis, ancien conseiller spécial du président Bill Clinton et aujourd’hui lobbyiste à Washington. Il a également représenté les conspirateurs du coup d’État hondurien de 2009 ainsi que, brièvement, Laurent Gbagbo, ex-président ivoirien spécialiste des violations des droits humains qui refusa de lâcher le pouvoir après avoir perdu les élections l’année dernière.

«Je lui ai gentiment signalé qu’il serait mieux pour lui de gagner avec 51% des voix qu’avec 98%», a confié Davis au New York Times en parlant d’Obiang.

C’est le genre de sage conseil pour lequel la Guinée équatoriale le paie la somme rondelette d’un million de dollars par an. Le gouvernement s’offre également les services de Qorvis Communications, qui pour 15.000 dollars par mois envoie un flux constant de communiqués de presse par mails, mettant en relief toute l’actualité la plus sympathique possible sur la Guinée équatoriale, du soi-disant soutien à la protection des animaux du gouvernement d’Obiang à la fille du pays, Matinga Ragatz, élue «professeur de l’année» au Michigan. Teodorin verse en outre 55.000 dollars à l’entreprise pour l’aider à lustrer son image, peut-on lire dans des rapports de divulgation du lobbying.

Une fin d’après-midi l’été dernier, j’ai rencontré dans un bar de Washington deux agents des RP de Qorvis représentant Teodorin: Matt J. Lauer et Seth Pietras. Les deux hommes ont dénoué leur cravate à l’unisson après s’être affalés dans un canapé et avoir commandé un verre. Les allégations de violation des droits de l’homme en Guinée équatoriale sont très exagérées, m’ont-ils affirmé, donnant pour preuve leur expérience lors d’un voyage dans le pays.

«On pouvait se promener à pied la nuit et parler avec les gens, et personne ne nous a causé d’ennuis», a avancé Lauer. «Personne ne dit qu’il n’y a pas de problèmes, mais ce n’est pas la Corée du Nord.»

Ils se sont montrés tout aussi outrés de la réputation de kleptocrate flambeur de Teodorin, et m’ont opposé que les hauts fonctionnaires de nombreux pays riches en pétrole vivaient eux aussi dans le luxe, alors que leur client était injustement montré du doigt. Pietras a souligné que Bush avait été un gros buveur et un fêtard dans sa jeunesse avant de s’assagir. Teodorin, justifia-t-il, «en est au stade où il réfléchit à son héritage». Si c’est vraiment le cas, alors il va falloir se prêter à un sérieux examen de conscience.

Par Ken Silverstein

Traduit par Bérengère Viennot