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Poésie: Amadou Moustapha Dieng, le berger des muses

Des petits poèmes d’amour destinés aux filles, qu’il écrivait pour ses camarades de classe, moyennant une pièces de 10 FCFA ou une crème glacée, Amadou Moustapha Dieng, écrit maintenant pour toute une Nation. L’ombre d’un fleuve, son tout premier recueil de poème, fait l’éloge du Sénégal, des valeurs patriotiques et de l’amour. Dans cette interview, le journaliste - poète explique également la façon dont, par la poésie, il est parvenu à comprendre le divorce de ses parents, alors qu’il était encore jeune.


Rédigé par leral.net le Jeudi 16 Mai 2013 à 09:43 | | 0 commentaire(s)|

Poésie: Amadou Moustapha Dieng, le berger des muses
Comment vous définissez vous en tant que poète ?

Comme je me définis, je dirais que je suis un quêteur de mot. Je suis un berger des muses. Je suis grosso modo quelqu’un qui a osé taquiner la plume. Quêteur de mot d’abord, c’est par rapport à mon écriture. Puis que, beaucoup de poètes disent que c’est l’inspiration qui les fait écrire, moi, je dis que c’est la respiration qui me fait écrire.

J’explique. Il faut que je sois en contact avec une réalité et que cette réalité là, soit aussi perceptible à mes sens. C’est comme si je prenais la quintessence de cette réalité là à travers mes sens poétiques. C’est comme si je les introduisais en moi-même, pour les travailler dans mon laboratoire interne, ensuite je les ressors. Cette ‘’respiration’’ là, comme je l’appelle. Je prends de la réalité, Je l’emmagasine en moi-même, je retravaille cela pendant même des mois, des jours où des années. Donc, c’est pour cela que je dis quêteur de mots parce que je crois en fait, en cette harmonie là. Ce lien qui existe entre l’immatériel et le matériel. Le mot souvent sert à rendre une émotion, Je lui donne un sens, un volume, une quintessence pour que je puisse le sortir.

« L’ombre d’un fleuve », c’est l’intitulé de votre recueil de poèmes. Pourquoi ce titre ?

Vous savez, il faut toujours expliquer les titres. Je pensais même n’avoir pas à répondre à cette question. Mais, je vais quand même tenter. L’ombre d’un fleuve n’était pas le titre initial. Le titre a migré de nom en nom pour justement tomber sur l’ombre d’un fleuve. Auparavant, on parlait d’Hymne à la patrie, ensuite ce fut ‘’Natangué’’ (prospérité). J’avoue que j’ai déposé le manuscrit sous le nom de ‘’Natangué’’. C’est au moment d’éditer, qu’on m’a demandé de proposer trois autres titres, dont l’ombre d’un fleuve. Ça, c’est l’historique. L’ombre nous protège du soleil, mais aussi est plus ou moins dangereux. L’ombre, la pénombre, c’est le noir. Le fleuve, c’est la représentation du Sénégal, là on peut dire une métonymie : la partie pour le tout. Le fleuve Sénégal c’est comme si c’est le fleuve qui avait donné son nom au pays le Sénégal. C’est un alliage de mots pour dire en fait que le pays était guetté par l’ombre. Il fallait donc écrire pour sortir le pays de l’ombre. Ce que j’appelle ombre, c’est toutes ces crises qui ont failli emporter la quiétude, la paix, la solidarité et l’entente du Sénégal.

Comment la poésie peut-elle sortir le pays de l’ombre ?

Pour moi l’essentiel, c’est le Sénégal et comme c’était en poésie, il ne fallait pas dire aux politiciens halte ou écrire des textes du genre pamphlet ou bien des proses ou des textes d’opposition. Il fallait les rappeler à l’essentiel. Et comme j’entendais dans tous ces discours là « l’essentiel, c’es le Sénégal ». Je me suis dit, allons voir ce que c’est que ce Sénégal là. Pour dire que, si c’est le Sénégal qui leur importe, voici ce Sénégal là. Et leur dire en vous comportant ainsi, vous risquez de détruire ce Sénégal là. C’était en fait, une façon d’ouvrir l’œil de la personne sur ce qu’elle a de plus essentiel. Et que cette personne là, mue par des intérêts politiciens ou bien d’autres intérêts cachés, en tout cas, non exprimés, va jusqu'à mettre en péril ce qu’elle a de plus cher : le Sénégal. Apres ces moments obscurs, j’ai jugé nécessaire de rappeler les Sénégalais, ce que signifie le Baobab, le Lion, nos Héros et toutes ces valeurs qui doivent nous unir pour un même but.

Par la poésie, vous vous adressez à votre mère pour parler d’un sujet sensible : le divorce.

Dans cette œuvre poétique, j’ai beaucoup parlé de ma famille. Dans « Ame pieuse », où je rends hommage à ma mère pour la façon dont elle nous a éduqués, mes frères et moi. Si je suis devenu ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à elle. Un deuxième poème « Dis-moi tout mère », je demande à ma mère de se confier à moi. Car, j’ai grandi, je peux tout comprendre et tout entendre. Puisque, depuis toutes ces années, elle a gardé le secret pour elle. Il était temps, et par le biais de la poésie, je l’interpelle sur la question.

Cela a été une grande émotion pour moi, quand après avoir lu le poème, ma mère est venue me voir dans ma chambre pour me dire tout.

« Notre besoin de Senghor », C’est le titre d’un de vos poèmes. A quel point avez-vous besoin de ce poète, père spirituel de votre mentor Amadou Lamine Sall ?

Nous sommes tous des enfants de Senghor. Cela, c’est parce que, le Poète Président a su dissoudre dans la conscience populaire du Sénégal quelque chose d’essentiel. C’est le goût du beau, c’est l’esthète, le raffinement, l’élégance qui sont encore des choses qui existaient au Sénégal. Mais, il a su ressortir ces choses là dans la perspective de bâtir une Nation. C’est un immense poète. Ce que je retiens de Léopold Sédar Senghor, c’est sa poésie ; que je lisais d’abord à l’école, que je relis actuellement. En tant que poète, quand je lis Senghor, je me dis que cette plume là, a trempé dans un encrier qui n’est pas anodin. Il dit des choses qui sont extrêmement profondes.

Entretien réalisé par Amadou Kagal Ndiaye/BaobabAfrique.com






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