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Pologne : visite historique du patriarche russe Kirill

le 16 Août 2012 à 11:56 | Lu 238 fois

Le patriarche de l'Église orthodoxe russe se rend pour la première fois en Pologne. L'Église catholique polonaise se félicite de cette «porte entrouverte» sur une réconciliation.


Pologne : visite historique du patriarche russe Kirill
L'événement peut être qualifié sans conteste d'«historique». La visite de quatre jours que le patriarche de l'Église orthodoxe russe Kirill commence jeudi en Pologne est en effet sans précédent. Elle répond à une invitation du métropolite Sawa, chef de l'Église orthodoxe polonaise, mais sera surtout l'occasion de renouer avec l'Église catholique polonaise. Il a fallu trois ans de négociation pour voir aboutir ce projet, qui sera couronné vendredi par une déclaration commune appelant à la réconciliation entre les deux peuples, lors d'une cérémonie au château royal de Varsovie. «Jean-Paul II en rêvait», rappelle l'ancien chef de la diplomatie Adam Rotfeld, qui copréside le «Groupe polono-russe pour les questions difficiles».

L'épiscopat polonais, qui espérait une réédition de la lettre des évêques polonais adressée en 1965 à leurs homologues allemands pour «pardonner et demander pardon», a dû néanmoins modérer ses ambitions. «La réconciliation suppose que l'on reconnaisse ses erreurs», remarque Adam Rotfeld. Or, ce ne semble pas être le cas cette fois. Reste à espérer, à l'instar du président de l'épiscopat polonais, Mgr Jozef Michalik, qu'«il suffi(se) parfois d'entrouvrir une porte»…

Ces retrouvailles seront-elles un prélude à un sommet au Vatican ou à Moscou? Selon Adam Rotfeld, le pape Benoît XVI en a émis le vœu. Face à l'érosion des valeurs chrétiennes, à la concurrence des sectes et à la montée en puissance de l'islamisme favorisée par le printemps arabe, les deux Églises - «poumons de la chrétienté», selon la formule de Jean-Paul II» - seraient tentées de faire front commun.

Front commun
L'enjeu religieux et éthique de cette visite se double d'une dimension politique que Roman Kuzniar, conseiller diplomatique du président Bronislaw Komorowski, peine en réalité à mesurer. Certes, l'Église orthodoxe russe n'est pas une institution autonome, et ce projet n'a pu se réaliser sans l'accord du Kremlin. Sauf que cette visite intervient alors que le processus de normalisation des relations polono-russes, engagé en avril 2010 à Katyn, est au point mort. Deux raisons à cela: l'ambiguïté de la Russie dans l'enquête sur le crash de Smolensk, qui, la même année, a coûté à la vie à l'ex-président Lech Kaczynski. Maladresse ou mauvaise volonté, Moscou refuse de rendre à la Pologne les débris de l'appareil.

Et puis il y a le durcissement politique à Moscou depuis la réélection de Vladimir Poutine et le mouvement de contestation qu'elle a suscitée. «J'ignore s'il faut interpréter la visite de Kirill comme un geste d'ouverture, avoue Roman Kuzniar. Varsovie attend, mais Moscou garde jusqu'ici le silence. Force est de constater que la diplomatie russe a changé d'orientation. Il y a trois ans, Poutine pariait sur l'Europe. Il semblait avoir compris que, pour entretenir de bonnes relations avec l'Union européenne, il ne pouvait plus contourner la Pologne. Depuis, il a fait un pas en arrière et regarde à présent vers l'est en rêvant d'une Union eurasiatique.»

«Un instrument du Kremlin»
À Varsovie, la visite du patriarche russe soulève autant d'intérêt que de polémiques. Désavouée par l'Église, son alliée jusqu'ici, la droite nationaliste de Jaroslaw Kaczynski (PIS) persiste à décliner la théorie du complot. Kirill, «un collaborateur du KGB», se voit réduit par les ténors du PIS à «un instrument du Kremlin». La gauche libérale remarque de son côté qu'un «pardon mutuel aurait plus d'éclat» si le patriarche «avait réagi différemment à l'égard des Pussy Riot», ces trois jeunes femmes emprisonnées pour une prière punk contre Poutine dans la cathédrale de Moscou.

Après une rencontre avec le présidium de la Conférence épiscopale, Kirill doit s'entretenir jeudi avec le chef de l'État Bronislaw Komorowski. Samedi et dimanche, il sera dans la région de Bialystok pour y rencontrer la communauté orthodoxe de Pologne.


Par Arielle Thedrel
Par Marcin Zralek